Formes et figures de l'ascétisme (2025, Edul)

Ascétisme et intermédialité chez Samuel Beckett

Auteurs

Jordan Scheubel (auteur)
Publié 10-10-2025
Pages 221-234
Résumé

 Résumé : L’esthétique minimaliste de Samuel Beckett ne rime pas avec l’absence de l’œuvre d’art, dont on ne retiendrait dans ce cas que la dimension d’impossibilité, mais bien plutôt avec son amoindrissement. Ainsi l’œuvre d’art n’est-elle pas rien ; elle est un rien, un moindre rien. Suivant cette logique, la critique beckettienne n’a pas manqué d’insister sur le caractère ascétique des poèmes, récits et drames de l’auteur. La réduction du corps et plus généralement de la matière physique, qui devrait se produire au profit d’un contact, même furtif et précaire, avec l’idée saisie par l’esprit, se conforme cependant à une quête toujours inachevée, toujours s’inachevant. Du mot au « non-mot », du mot à l’image ou à l’idée, c’est un infini cheminement qui se poursuit, une marche sans horizon, maladroite et risquée, car condamnée à l’échec. 
On observe ainsi au cœur de l’entreprise beckettienne un paradoxe opposant d’une part le désir de se rapprocher de la fin de l’œuvre d’art en la réduisant à sa forme la plus élémentaire et d’autre part l’énergie de continuer sans cesse son épuisement, notamment en multipliant les genres et les médias. Épuiser, c’est en ce sens à la fois enlever et ajouter. Les passages du récit à la scène, de la scène à la radio, de la radio au cinéma puis à la télévision, outre qu’ils illustrent l’intermédialité foisonnante du corpus de l’auteur, sont effectivement par ailleurs une autre marque de l’épuisement beckettien. Ce qui est ici proposé, c’est l’examen de ce rapport inédit et paradoxal entre ascétisme et intermédialité – rapport par lequel une posture éthique ferait écho à l’enjeu esthétique de Samuel Beckett. 

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