Un examen critique de la recherche sur la désinformation anglophone et francophone Vers une histoire conceptuelle. Partie II
S’appuyant sur l’histoire conceptuelle de la mis-/disinformation, de la désinformation et des termes français connexes développée dans la Partie I, ainsi que sur le constat d’une forte instabilité définitionnelle, la Partie II examine les enjeux épistémologiques des hypothèses ontologiques qui structurent actuellement la recherche anglophone et francophone. À partir d’une revue comparative des littératures récentes (incluant des recherches francophones élargies à plusieurs traductions et quasi-synonymes tels que fausses informations, fausses nouvelles et information erronée/inexacte), l’article cartographie : (1) la distribution des approches théoriques, empiriques et méthodologiques, (2) des regroupements de mots clés qui signalent ce que les chercheurs traitent implicitement comme les référents du phénomène et (3) les « unités médiatiques » les plus souvent analysées (par exemple : publications/posts, images, vidéos, articles, messages). Dans l’ensemble des corpus, il identifie un « vide » partagé : une attention limitée à la stratégie persuasive, à la performance et à l’agentivité de la forme dans l’expression multimodale. L’article soutient que cette lacune n’est pas accidentelle, mais encouragée par un cadrage « infocentrique » qui réduit des actes communicatifs complexes à de l’« (fausse) information » et importe ainsi des modèles de transmission et des hypothèses cognitivistes/comportementalistes qui aplatissent le sens, la rhétorique et l’interprétation. En resituant le discours actuel sur le « désordre informationnel » dans des histoires critiques de la théorie de la communication (du modèle de Shannon et Weaver et de Lasswell aux critiques de Peters et Carey, ainsi qu’aux débats francophones en infocom/SIC), l’article conclut en appelant à des recherches qui dépassent la « fausse information » comme catégorie maîtresse et théorisent plutôt comment les phénomènes trompeurs sont assemblés, stylisés et rendus crédibles dans des pratiques médiatiques situées.

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