Le mémorial du 11-Septembre à l’épreuve de la fiction Une contre-histoire du lieu de mémoire dans The Submission d’Amy Waldman
Si le mémorial est entendu comme un lieu procurant à la population un espace public où se rassembler avec l’intention partagée de se souvenir d’une tragédie, encourageant ainsi la création d’un récit collectif du passé, celui-ci, dans son institutionnalisation, court aussi le risque de se transformer en alibi, permettant à l’État de se décharger du fardeau moral d’une mémoire négative en reléguant la tâche à un monument, aussi réussi soit-il, plutôt que d’encourager une pratique mémorielle active sur le plan tant individuel que collectif. Le roman d’Amy Waldman, The Submission, se lit ainsi comme une charge ironique pointant du doigt le cynisme de l’administration étasunienne au moment de choisir son mémorial du 11-Septembre. Inspirée de faits bien réels, l’uchronie d’A. Waldman pose un regard sans complaisance sur les contradictions et les ambiguïtés d’une nation se refermant sur elle-même et dont les enjeux de la mémoire collective, de la commémoration nationale, doivent être remis en question. Cet article propose d’analyser comment la romancière, après avoir mis à l’épreuve la question de la mémorialisation des événements traumatiques et du mémorial en particulier, utilise la fiction et le contrefactuel pour raconter une autre histoire, qui saura peut-être, en dernière analyse, trouver sa place dans l’Histoire, comme un autre « lieu de mémoire ».

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