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Couverture de Déluge ou simple averse ? (Edul, 2025) Show/hide cover

Conclusion

Plutôt que d’offrir une conclusion au lecteur, ce qui ne se fait guère en sciences humaines et sociales, nous souhaiterions proposer une double ouverture : de fait, nous avons organisé cette journée d’étude sur la pluie dans l’imaginaire européen à un moment particulièrement compliqué du fait de la pandémie mondiale. Arriver à réunir tous les participants et un public dans une salle de l’Université de Lorraine au début de l’été 2021 a représenté une gageure en soi : cela n’a été possible qu’avec beaucoup de chance, un peu de calcul de probabilités et l’aide précieuse de plusieurs personnes, en particulier Sylvie Camet et Marie Macedo. Pour y arriver, il a aussi fallu réduire la voilure et renoncer à certaines collaborations : la littérature allemande est ainsi absente, à notre grand regret, tout comme des représentants de la Belgique comme Simenon, par exemple, qui ne cesse d’évoquer la pluie.

Des temps moins troublés devraient permettre une représentation plus large des différents genres littéraires, mais aussi une interdisciplinarité plus ambitieuse en ouvrant largement les portes aux spécialistes des arts à la suite de la musicologie : études cinématographiques et photographiques, histoire de la peinture… La pluie n’a pas inspiré que les écrivains : il y a eu des expositions, assez récentes d’ailleurs, que ce soit à Épinal1 ou au musée des arts premiers du Quai Branly2 à Paris en 2012, ce qui invite d’ailleurs à songer que la pluie est peut-être davantage objet d’études sous d’autres latitudes, dans d’autres cultures.

Cela amène à une seconde ouverture : il vaudrait la peine de se pencher sur la place de la pluie dans l’imaginaire oriental, en prenant l’Orient au sens très large pour y inclure l’Asie du Sud-Est comme l’Afrique. La mousson indienne a inspiré nombre d’auteurs depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours ; le cinéma du Japon et la peinture japonaise offrent un très grand nombre de représentations de la pluie : on peut citer les estampes de Kawase Hasui, par exemple, ou de Takeji Asano.

La pluie en Orient offre d’ailleurs deux points de vue différents à étudier : il y a d’une part le regard des Européens qui se retrouvent dans un pays qui n’est pas le leur et supportent difficilement une pluie qui ajoute au mal être et à la sensation de se liquéfier, comme dans le Voyage au bout de la nuit de Céline. D’autre part, il faudrait prendre en compte le point de vue de ceux qui ne sont pas de passage dans ce pays, mais qui y sont nés. Le corpus est donc immense, qui promet un élargissement et un renouvellement des perspectives sur la pluie : si cette thématique peut sembler aux marges, en réalité elle permet de rassembler de grands auteurs, de Virgile à Pessoa sans oublier Verlaine.