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Couverture de Vulnérabilités en situation (Edul, 2025) Show/hide cover

Faire face à l’annonce d’une maladie neurodégénérative

Les enjeux de la vulnérabilité pour les personnes diagnostiquées « Alzheimer »

Managing the news of a neurodegenerative disease: the challenges of vulnerability for people diagnosed with ‘Alzheimer’

Introduction

S’inspirant du cadre conceptuel développé dans le champ de la géographie relative aux catastrophes naturelles et au changement climatique, Elisabeth Schröder-Butterfill définit la « vulnérabilité d’un individu [comme] le produit d’un ensemble de risques distincts mais liés, à savoir le risque d’exposition à une menace, le risque de matérialisation d’une menace et le risque d’absence de défenses permettant de gérer la menace » (2013, p. 208). Pour cette anthropologue et démographe, spécialisée en gérontologie, la vulnérabilité, phénomène généralement perçu comme négatif et permanent (en termes de manques ou d’incapacités), est aussi un processus dynamique, parfois réversible, selon la capacité des individus à y faire face, à prévenir les risques et à écarter la menace.

Cette dimension positive et procédurale de la vulnérabilité est aussi à l’œuvre dans les consultations gériatriques. Elle en constitue même un enjeu essentiel, en particulier lors de l’annonce du diagnostic de maladie d’Alzheimer. Le médecin se voit alors confronté à des réactions du patient qui ont comme arrière-plan un état de vulnérabilité qu’il ne peut ignorer. Dans la perspective de l’analyse de conversation d’inspiration ethnométhodologique (AC/EM), nous contrastons deux séquences extraites d’un corpus de consultations gériatriques au cours desquelles un médecin, qui vient d’annoncer à des patients qu’ils sont atteints de la maladie d’Alzheimer, mobilise une implication sémantique liée à un concept métaphorique, celle de « l’escalier cassé d’une maison » (Ortiz Caria et Fornel, 2021)1. Il s’agit pour ce médecin de les convaincre que ses effets peuvent être atténués s’ils se préparent à l’affronter, ce qui suppose au préalable d’en percevoir les conséquences, sur le plan de leur identité personnelle comme de leur identité sociale.

Après avoir présenté le cadre théorique de cette étude, puis le corpus dont sont extraites les séquences analysées, nous nous intéressons à l’environnement séquentiel et au contexte d’énonciation du concept métaphorique « La mémoire-cerveau est une maison ». Cela, afin de mettre en lumière deux caractéristiques de ce discours expert de vulgarisation. Celui-ci peut servir à rassurer un patient dont le trouble est grand après l’annonce de sa maladie (cas no 1) où l’enjeu est d’ordre moral pour le médecin : pour répondre aux difficultés émotionnelles manifestées par celui qui vient d’être diagnostiqué Alzheimer et qui s’avoue vulnérable, un discours d’apaisement s’impose, sur fond de relation d’autorité, qui se déploie plus dans le registre de l’explication que de l’imposition. La seconde caractéristique de ce discours est de contribuer à faire accepter le diagnostic à un patient (cas no 2) qui, considéré comme anosognosique par le médecin, ne reconnaît pas la doctorabilité de son cas (Heritage et Robinson, 2006), c’est-à-dire qu’il n’admet pas que le symptôme qu’il présente soit « digne d’une attention médicale, digne d’être évalué comme une condition médicale potentiellement importante, digne de conseils et, le cas échéant, d’un traitement médical » (ibid., p. 58, notre traduction)2. On soutiendra l’idée qu’en proposant un concept métaphorique3 (Lakoff et Johnson, 1985) de la maladie d’Alzheimer et en exploitant les implications métaphoriques entre deux domaines (la mémoire et son « contenant » le cerveau d’une part, la maison d’autre part), celui-ci est érigé en argument et en « preuve » par le médecin à toutes fins thérapeutiques, afin que le patient, une fois convaincu qu’il est malade, accepte sa vulnérabilité et in fine développe une capacité à faire face à la maladie en acceptant une prise en charge médicale et un soutien des proches.

Cadre théorique de l’étude

La vulnérabilité en sciences humaines et sociales

Dans un article intitulé « Le concept de vulnérabilité et sa relation à la fragilité », E. Schröder-Butterfill (2013) mentionne une définition de la vulnérabilité publiée dans l’Oxford English Dictionary (2012) portant entre autres sur la vieillesse et concernant « une personne nécessitant des soins particuliers, un soutien ou une protection (en particulier de la part d’un service social) à cause de l’âge, du handicap, du risque de mauvais traitements ou d’abandon, etc. » (cité par Butterfill-Schröder, 2013, p. 206, nous soulignons). L’autrice rappelle aussi que selon Sharon Ostwald et Carmel Dyer, la vulnérabilité « apparaît lorsque la personne âgée présente une dégénérescence physique ou mentale qui ne peut pas être (ou n’est pas) compensée par des modifications de l’environnement physique ou un complément de soutien social ou médical » (2011, p. 208).

Contrairement à la fragilité conçue comme un processus irréversible par les tenants d’un modèle biomédical ou socio-économique dans le champ de la recherche gériatrique et de l’action sanitaire et sociale, la vulnérabilité serait de nature relationnelle, entraînant une disqualification de l’image de soi et une perte d’affiliation sociale que la personne et son entourage peuvent combattre, d’où l’importance des coping capacities comme le soulignent Hervé Michel et al. (2017). S’appuyant sur le travail d’Elisabeth Schröder-Butterfill et de Ruly Marianti (2006), les auteurs font ainsi reposer la vulnérabilité sur la capacité des personnes âgées à l’affronter. « Par capacité à faire face, nous désignons un ensemble de ressources et de relations qui permettent aux personnes de se protéger elles-mêmes par rapport à des problèmes majeurs ou de se remettre des conséquences de ces problèmes » (Schröder-Butterfill et Marianti, 2006, p. 18). À propos de cette capacité à faire face à la vulnérabilité, H. Michel et al. précisent :

La notion de capacité à faire face des personnes âgées peut être définie plus précisément comme la capacité à disposer et surtout à mobiliser des ressources personnelles (liées au niveau d’éducation, de compétences, de santé, de revenu) et des ressources relationnelles (les soutiens familiaux – qui peuvent effectivement soutenir mais également desservir les personnes âgées –, les soutiens de voisinages, les soutiens des associations au plan local et enfin les soutiens institutionnels tels qu’ils existent ou non dans le système de protection sociale du pays concerné). [Michel et al., 2017, § 44]

Le sociologue du travail social et des politiques publiques, Marc-Henry Soulet, propose une définition, largement reprise, de la vulnérabilité qui tient compte de cette double orientation : « La vulnérabilité souligne un déficit de ressources ou le manque de conditions-cadres affectant la capacité individuelle à faire face à un contexte critique, en même temps que la capacité de saisir des opportunités ou d’utiliser des supports pour surmonter cette épreuve afin de maintenir une existence par soi-même » (Soulet, 2014, p. 63, nous soulignons).

Si le champ médical se saisit peu du concept de vulnérabilité, lui préférant celui de fragilité ou de dépendance, on rencontre souvent ce concept dans le champ des sciences sociales, depuis l’ouvrage de Jean-Louis Fabiani et Jacques Theys (1987) intitulé La Société vulnérable ; ce concept a largement été développé dans de nombreux travaux relevant de champs disciplinaires divers des sciences sociales. On trouve par exemple dans le domaine de l’éthique une définition de la « personne vulnérable » qui désigne un individu « dont l’autonomie, la dignité et l’intégrité sont menacées » (Kemp et al., 2000, p. 1).

Plus proches des préoccupations de cette contribution, les travaux de Serge Paugam (2012) en sociologie de la vieillesse et du vieillissement montrent que la faiblesse ou l’absence progressive de liens sociaux peut entraîner une situation de grande vulnérabilité chez les personnes avançant en âge. Pour le sociologue, une façon de remédier à cette situation vient du développement de la protection (permettant de compter sur), et relèverait des soutiens familiaux, communautaires, professionnels, etc., auxquels peuvent recourir les personnes vulnérables afin de prévenir les accidents (chutes, malaises), tout en renvoyant à la prise en charge par des tiers d’activités de la vie quotidienne qu’elles ne peuvent plus réaliser seules (ménage, toilette, déplacements, gestion des finances). On retrouve cette idée dans le champ de la sociologie du care qui montre une distribution des rôles garante d’une solidarité familiale intergénérationnelle différente selon le genre, la position de l’aidant dans la filiation, la culture familiale, les « capabilités » de la personne dépendante ou le régime de protection sociale (Coenen-Huther et al., 1994 ; Attias-Donfut et al., 2005 ; Haberkern et al., 2013 ; Attias-Donfut et Litwin, 2015 ; Demagny et al., 2014). Selon S. Paugam, la reconnaissance (qui entraîne que l’on compte pour), étant donné le rapport à l’autre qu’elle induit, constitue une autre façon de réduire la vulnérabilité d’un individu en lui fournissant une preuve qu’il existe socialement, et contribue à le valoriser. En lien avec l’éthique du care, cette deuxième dimension peut s’exprimer dans le soutien affectif apporté par l’entourage de la personne âgée (Gucher et al., 2015). Des travaux sur les aidants publiés en sociologie praxéologique et/ou expérientielle invitent toutefois à modérer la dimension affective de la relation de care. Loin d’adopter vis-à-vis de celui dont il prend soin « une sorte de bienveillance diffuse et générale » (Paperman, 2006, p. 286), l’aidant peut se comporter comme un travailleur du care (Clément et al., 1996 ; Pennec, 1999 ; Membrado, 1999 ; Billaud et Brossard, 2014 ; Tessier, 2016).

L’analyse de conversation d’inspiration ethnométhodologique (AC/EM)

L’analyse de conversation d’inspiration ethnométhodologique (AC/EM) constitue un cadre analytique utile pour rendre compte de cette triple dimension, pratique, relationnelle et affective de la relation, qui se retrouve dans le cas des personnes diagnostiquées Alzheimer où la prise en charge des questions du quotidien nécessite l’intervention progressivement plus prégnante de l’entourage et dépend donc de la qualité des liens sociaux et familiaux préexistants. Ce courant, qui s’inscrit dans un paradigme praxéologique, s’appuie sur l’observation méthodique des conduites ordinaires des personnes qui agissent dans et par le monde social en poursuivant des intérêts pratiques et en donnant réciproquement du sens à leurs actions. Décrire celles-ci dans le détail de leur effectuation, se focaliser sur la praxis donc, revient à analyser les « propriétés rationnelles des expressions indexicales et des autres pratiques, en tant qu’elles sont des accomplissements contingents et continus des pratiques organisées et ingénieuses de la vie de tous les jours » (Garfinkel, 2007, p. 64‑65).

La démarche empirique qui caractérise l’AC/EM, fondée sur une approche phénoménologique, impose de décrire et d’analyser les pratiques ordinaires méthodiquement accomplies par les participants dans une situation donnée à partir d’un examen approfondi des données linguistiques. Montrer le caractère ordonné et séquentiel de l’interaction dans sa temporalité et sa contextualité propres, en tenant compte du détail des circonstances, suppose l’examen minutieux d’un cas singulier ou d’une collection (Fornel et Verdier, 2018). Sur le plan sociologique, on pourra alors établir comment ces pratiques concourent à l’établissement d’un ordre interactionnel ancré lui-même dans un certain ordre social. Pour échapper à la tentation d’un recours à des structures sociales préexistantes (avec le risque de réification que cela peut entraîner), l’accent est mis sur la façon dont les participants s’adaptent (ou non) à ce qu’ils interprètent comme le contexte pertinent de l’activité en cours ; et leurs actions contribuent à leur tour à configurer le contexte tant interactionnel que social. Il est ainsi caractéristique de la « mentalité analytique » de l’analyse de conversation qu’elle plaide en faveur d’une réévaluation de l’opposition micro/macro.

Une telle approche implique la mise en œuvre d’une démarche ethnographique et le recueil de données filmées permettant l’étude systématique des situations étudiées. Le seul recours aux données de terrain pour valider des hypothèses préalablement formulées se trouve écarté au profit d’un questionnement issu en premier lieu de l’examen attentif de ces données audio-visuelles et visant à rechercher des « ethnométhodes » accomplies par les interactants. L’étude des enregistrements audio-visuels guidée par un « principe de disponibilité » (Mondada, 2008) offre ainsi la possibilité de découvrir des aspects insoupçonnés des interactions. Ces enregistrements permettent de décrire et d’analyser l’organisation endogène d’événements de parole en évitant les risques de reconstruction ex post, comme on l’observe souvent dans le cas d’études ethnographiques s’appuyant sur la prise de notes (Ortiz Caria et Noûs, 2019).

À partir de données audio ou vidéo transcrites selon une granularité déterminée par le niveau de détail recherché (degré de finesse des transcriptions) et selon ce que requiert l’étude du phénomène retenu (Schegloff, 2000), l’AC/EM décrit et analyse l’organisation séquentielle des actions et les catégorisations produites par et pour l’(inter)action. Elle promeut une démarche naturaliste qui part de l’examen approfondi des pratiques sociales saisies de manière locale et située, et qui cherche à identifier les éléments du contexte pertinents pour les acteurs. Sont donc mis au premier plan l’étude séquentielle des actions conversationnelles qui s’enchaînent au cours d’un événement de parole ainsi que l’examen des catégories occasionnées dans et par l’(inter)action. Une telle perspective inclut également fréquemment la description et l’analyse des postures corporelles et des ressources multimodales mobilisées par les participants ainsi que des éléments du contexte matériel. Le corps est alors un support sémiotique permettant l’articulation et la synchronisation d’un ensemble d’actions (regards, gestes, postures, orientations, expressions d’affects). En tant que champ sémiotique, ce média est ainsi sujet à de multiples et constants processus interprétatifs s’élaborant mutuellement et organisant réflexivement et temporellement l’action en cours (Fornel et Verdier, 2018). Cette dimension multimodale concernant la situation étudiée a fait l’objet d’une contribution antérieure (Ortiz Caria et Fornel, 2021).

Corpus de l’étude

Les séquences que nous étudions dans cette contribution sont extraites d’un corpus filmé dans deux services de gériatrie : 61 consultations gériatriques dans un centre hospitalier universitaire (CHU) parisien entre octobre 2008 et juin 2009 et 11 consultations gériatriques dans un centre hospitalier bourguignon (Ortiz Caria, 2019). Les données primaires et leur traitement en données secondaires relèvent en grande partie d’une sélection issue du repérage et de la transcription de consultations impliquant trois gériatres et 13 patients présentés en primo-consultation comme souffrant d’un déclin mnésique (cinq patients) ou déjà suivis pour une maladie d’Alzheimer (huit patients). Ces données vidéo ont été transcrites sur le plan verbal et souvent multimodal selon le degré de granularité requis par l’analyse (Schegloff, 2000).

Dans cette contribution, les deux séquences sélectionnées sont tirées du corpus parisien de primo-consultations menées par un médecin, le Pr A., chef du service de gériatrie au CHU. Pour les productions verbales, nous avons suivi les conventions de transcription présentées en annexes et développées par le laboratoire Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations (ICAR ; Groupe ICOR, 2013). Cette option a été retenue ici dans le but de décrire la manière dont le Pr A. se saisit le plus souvent du problème de la vulnérabilité et s’efforce d’en discuter certains aspects avec le patient après l’annonce d’un diagnostic de maladie d’Alzheimer.

Analyse de deux séquences d’annonce d’un diagnostic de maladie d’Alzheimer

Environnement séquentiel et contexte d’énonciation

Le problème de la vulnérabilité d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer n’est pas ignoré par le médecin. Il est au contraire sensible à ce problème et s’efforce de le prendre en compte lors de l’annonce du diagnostic, comme le montrent les analyses présentées ci-dessous de l’environnement séquentiel et du contexte d’énonciation de ces séquences enregistrées après l’annonce (extraits 1 et 2).

Le premier extrait concerne M. Ravier4, tuyauteur indépendant puis chaudronnier, retraité d’une grande entreprise française. Il est accompagné en consultation de son épouse. C’est la première fois que le couple rencontre le médecin sollicité pour établir la nature des problèmes de mémoire que rencontre M. Ravier. Lorsque l’extrait débute, le PA. vient de terminer l’examen clinique et s’engage dans la séquence d’annonce du diagnostic par un signal de structuration « alors » (l. 1562) qui marque la transition (extrait 1).

1562

DOC

alors la maladie dont vous s- dont vous souffrez c’est c:’est

1563

pas d- une très bonne nouvelle hein c` que je vais::: c` que

1564

j` vais vous dIre c’est qu` vous avez une maladie d’alzheimer

1565

(2.2)

1566

DOC

v` vous en doutiez un peu

1567

(1.2)

1568

PAT

<je savais ((en pleurant))>

1569

DOC

°°°oui°°°

1570

(4.4) ((le patient pleure))

1571

PAT

je l` savais

1572

(3.1) ((le patient pleure))

1573

DOC

c’est vot` méd`cin qui vous l’avait dit/

1574

(0.3)

1575

PAT

non non j` m’en suis j- j- j- j-

[j` me suis::::

1576

ACC

[non il avait il

1577

[eu::::h

1578

DOC

[oui: oui oui

1579

PAT

j` m’en suis rendu compte moi-même

1580

(1.5)

1581

PAT

que:::: j’étais p`us comme avant

1582

(1.9)

1583

PAT

p`is j’en étais sûr hein/

1584

(0.5)

1585

PAT

la preuve j` me suis pas trompé

1586

(0.6)

1587

DOC

mmh

1588

PAT

j’en ai même pas parlé <à ma femme ((en pleurant))>

1589

(2.9)

1590

DOC

alors cette maladie/ f- vous imaginez une grande

1591

maison\

L’annonce du diagnostic est ici une activité monologale où le médecin introduit rapidement qu’il a identifié chez M. Ravier la présence d’une maladie. L’usage du verbe souffrir (l. 1562) renforce le caractère grave de cette pathologie que le clinicien ne nomme pas immédiatement. En qualifiant ensuite son tour à venir par une préface contenant une construction complexe (et comportant une négation) « c’est c: pas d- une très bonne nouvelle hein c` que je vais::: c` que j` vais vous dIre » (l. 1562‑1564), le Pr A. projette l’ouverture d’un thème problématique (Jefferson, 1984), ce qui retarde encore l’annonce du diagnostic de maladie d’Alzheimer. Le formatage non préférentiel du tour comportant des allongements syllabiques et de multiples interruptions (troncature, syntagmes verbaux syntaxiquement incomplets, recyclage de certains segments) souligne l’hésitation, voire la gêne du médecin à délivrer son diagnostic, ce qu’il finit par faire au moyen d’une simple affirmation (Peräkylä, 1998).

Après avoir laissé un long silence s’installer (l. 1565), qui offre au patient le temps d’encaisser la mauvaise nouvelle, le médecin reprend la parole, cherchant à savoir s’il avait envisagé auparavant le diagnostic qu’il vient de lui livrer (l. 1566). Après une longue pause (l. 1567), le patient confirme et se met à pleurer (l. 1568). Cette séquence, empreinte de beaucoup d’émotion, et contenant de longues pauses associées à des pleurs, est aussi l’occasion pour le médecin de vérifier que ce dernier reconnaît bien ses troubles de mémoire comme pathologiques et son cas comme doctorable. Si M. Ravier n’est, à ce moment-là du moins, pas en mesure de formuler une théorie diagnostique « sur un mode non pas complètement symétrique au diagnostic médical, mais qui porte cependant une appréciation de la gravité des troubles [et] de leur caractère […] pathologique […] » (Béliard, 2008, p. 149), il a néanmoins identifié des changements dans son comportement et pensé à la maladie d’Alzheimer, sans pour autant en parler à son médecin traitant, ni échanger à ce sujet avec son épouse, redoutant la conclusion diagnostique présentée par le médecin. Une fois établi que médecin et patient partagent la même interprétation des problèmes de mémoire de ce dernier et après une pause longue durant laquelle M. Ravier sèche ses larmes (l. 1589), le gériatre oriente son discours de façon à exposer les premiers éléments d’une description métaphorique de la maladie d’Alzheimer (l. 1590).

En reconnaissant la nécessité d’une prise en charge médicale de son cas, le patient semble rendre possible la transition thématique vers la description métaphorique de sa pathologie par le Pr A. L’extrait 2 montre qu’une telle acceptation n’est pas nécessairement requise pour ouvrir cette séquence métaphorique. Ce second extrait concerne M. Schmidt, qui consulte lui aussi pour la première fois le Pr A. La rencontre a lieu à la demande des enfants du patient qui relaie leur inquiétude au moment d’exposer les motifs de la consultation. Il annonce ainsi au début de la consultation qu’on lui attribue des oublis. Accompagné ce jour-là de son fils, le patient, veuf depuis deux ans et comptable retraité, a également une fille. Il se présente au médecin comme étant d’origine marocaine, né à Casablanca, de langue maternelle française, de confession juive et résidant en France depuis plus de dix ans. Au début de l’extrait, le médecin a exposé les conclusions qu’il a tirées de l’examen clinique, ce qui a entraîné un long échange avec M. Schmidt et son fils au cours duquel le premier a contesté le diagnostic de maladie d’Alzheimer qui vient de lui être annoncé.

1511

PAT

moi je crois êt- tout ça ne provient que de la solitude

1512

(1.0)

1513

DOC

°°non°°

1514

(1.3)

1515

DOC

la solitude ça aggrave (0.9) mais i` y a quelque chose

1516

d’autre

1517

(2.8)

1518

PAT

i` n` me semble pas que j’oublie/ je:: n` sais pas je ne vais

1519

pas:: tout à l’heure m’adresser au bureau de tabac pour

1520

prendre un paquet d` cigarettes et je n’attendrai pas la

1521

monnaie que je compt`rais avant de l` mettre dans ma poche

1522

(1.7)

1523

PAT

je n` sais pas::=

1524

DOC

=mais la mémoire c’est des choses très diverses et p`is vous

1525

avez encore de la mémoire entendons nous bien hein/ (0.7)

1526

c- c- cette maladie elle a des formes très très diverses

1527

(0.7) i` y a des formes très sévères et p`is i` y a des

1528

formes légères vous vous avez une forme légère c`t à dire

1529

que (.) vous restez eu:h à quatre vingt dix neuf

1530

[pour cent::: autonome hein

1531

PAT

[(ah ben alors c’est déjà pas mal) ah ben c’est bon

1532

DOC

mais on voit qu` vous êtes fragile et on voit qu’i` y

1533

a des choses que vous n` faites plus que vous oubliez

1534

(0.7) et et:: et il faut qu` vos enfants vous filent

1535

un petit coup d` main/

1536

(2.0)

1537

PAT

.H pf::::: (je n`sais pas pour moi c’est)

1538

(1.5)

1539

PAT

moi d- moi dans mon esprit je n’oublie rien du tout

1540

(0.9)

1541

DOC

[ben oui

]

1542

PAT

[je peux v

]ous dire quel est mon solde que j’ai dans

1543

mon compte à la banque tout d` suite

[à la virg-

] avec la&

1544

DOC

[non non mais

]

1545

PAT

&virgule près

[((rires))

1546

DOC

[j` vais d- j` vais vous faire un exemple vous

1547

savez/ le cerveau vo- votre cerveau on va dire qu` c’est

1548

comme une grande maison=

Pour le patient, l’origine de ses oublis réside dans la solitude engendrée par la perte de son épouse deux ans plus tôt (l. 1511), ce qu’après une pause (l. 1512) le médecin réfute (l. 1513). Après une pause plus longue (l. 1514), ce dernier reprend la parole en accordant à la solitude un effet aggravant et en refusant d’y voir une cause déterminante de la maladie d’Alzheimer (l. 1515‑1516) : selon lui, le diagnostic qu’il a posé ne fait pas de doute. La très longue pause qui suit (l. 1517) peut constituer un moment laissé au patient pour encaisser la mauvaise nouvelle. Mais celui-ci enchaîne en mettant à nouveau en doute l’existence de problèmes de mémoire et tente de démontrer qu’il est encore capable d’effectuer sans difficulté des actes de la vie quotidienne comme les calculs pour une transaction commerciale (l. 1518‑1521). Après une nouvelle pause longue (l. 1522) et pour répondre au doute exprimé par le patient (l. 1523), le médecin concède le caractère encore minime et labile des troubles et souligne que la maladie en est encore à un stade précoce (l. 1524‑1530), ce que son interlocuteur interprète comme une parole rassurante (l. 1531). En minimisant l’impact du diagnostic, le patient incite toutefois le médecin à tempérer son propos, évoquant alors les manifestations de fragilités (oublis, perte d’autonomie) que la consultation a permis de mettre en lumière (l. 1532-35). Tandis qu’après une longue pause (l. 1536), le patient exprime encore des doutes quant aux arguments fournis par le médecin pour justifier son diagnostic (l. 1537 et 1539) et maintient son point de vue optimiste qu’il tente ensuite de prouver en assurant conserver des compétences mnésiques (il est ainsi capable de rappeler le solde exact de son compte, l. 1542‑1543 et 1545), le médecin, l’interrompant, s’engage dans la séquence de métaphorisation de la maladie d’Alzheimer (l. 1546‑1548).

Ainsi, contrairement au premier cas, c’est la divergence d’interprétation – les oublis n’étant pas perçus comme pathologiques par le patient – qui conduit le médecin à s’engager dans l’activité de description métaphorique. L’émergence de la séquence métaphorique survient donc dans les deux cas après l’annonce du diagnostic par le patient et l’acceptation, ou non, de celui-ci. L’analyse du placement séquentiel et du contexte d’énonciation de ces séquences confirme également que la réponse d’un patient à l’annonce du diagnostic d’Alzheimer dépend de la construction de l’identité personnelle et sociale. Alors que le premier cas (extrait 1) montre un patient enclin à reconnaître la pathologie de ses troubles mnésiques et à endosser son rôle de malade, le second cas (extrait 2) renvoie à un patient présentant du point de vue du corps médical un symptôme d’anosognosie, caractéristique de la maladie d’Alzheimer, phénomène souvent observé par les médecins en charge du dépistage de cette pathologie et qui signifie que le patient ne se reconnaît pas comme étant malade.

Dans cette perspective, la fonction pragmatique de la métaphore de la maison-mémoire, présentifiant des symptômes qui, à un stade précoce, sont peu visibles ou équivoques, diffère. Elle vise, dans le premier cas, à rassurer un patient émotionnellement très affecté par la mauvaise nouvelle qui vient de lui être annoncée et, dans le second cas, à convaincre un patient résistant au diagnostic de maladie d’Alzheimer qu’il souffre bien de cette pathologie.

Fonction métaphorique d’une implication métaphorique : l’escalier cassé d’une maison

Le traitement de la question de la vulnérabilité selon ses modalités de manifestation est ici approfondi à partir de l’activité du gériatre qui les minimise pour rassurer le patient lorsque celui-ci accepte sa nouvelle condition de malade, ou les met en exergue pour convaincre le patient de son état de santé cognitif et mnésique involutif quand celui qui vient d’apprendre le diagnostic ne reconnaît pas la doctorabilité de son cas.

Rassurer le patient

Dans l’exemple de M. Ravier qui reconnait que son problème est d’ordre médical à l’annonce du diagnostic, le médecin rend intelligible une pathologie qu’il a diagnostiquée à partir d’un examen clinique avec une métaphore de la mémoire comme maison. Nous ne détaillerons pas ici la description déjà réalisée pour expliquer la maladie d’Alzheimer (Ortiz Caria et Fornel, 2021), pour nous concentrer sur les éléments du discours visant à rassurer M. Ravier (extrait 3).

Source : Alexandra Ortiz Caria

1590

DOC

alors cette maladie/ f- vous imaginez une grande

1591

maison\

1592

(0.9)

1593

i` y a plein d` pièces\

1594

(1.2)

1595

i` y a plein d` pièces qui sont en bon état:/ (.) et

1596

puis: i` y a l’escalier au milieu qu` est cassé\

1597

(1.0)

1598

alors ça d`vient compliqué d` passer du rez d` chaussée

1599

au premier\

1600

PAT

oui exactement

1601

DOC

mais i` y a plein d` pièces qui marchent bien\

1602

(0.5)

1603

DOC

v` voyez c` que j` veux dire <c’`t à dire que> (0.8)

1604

vot` mémoire elle est p- °elle est::° elle est pas

1605

bonne (0.3) on voit très bien:: °°que°° vous vous

1606

rapp`lez plus trop::: euh °°est ce qu’on est sam`di

1607

est ce qu’on est lundi tout ça°° .h mais tout l`

1608

reste ça marche (0.3)

[c’`t à dire vous restez::&

1609

PAT

[mmh

1610

DOC

&(0.2) vous-même et vous restez et donc (0.3) tout c`

1611

qui faut qu’on essaye de faire ensemble c’est avec

1612

l’orthophoniste c’est de trouver un moyen que on f-

1613

bricole un escalier d` fortune et qu’on arrive quand

1614

même à passer du rez d` chaussée °au premier et du

1615

°°premier au rez d` chaussée°°=

1616

PAT

=mmh

1617

(0.9)

1618

DOC

a`ors c’est vrai que (0.3) euh en même temps:: ça vous

1619

empêche de faire un certain nombre de choses et et vous

1620

avez très bien fait de vous di:re (0.3) voilà faut qu`

1621

j’arrête de conduire

1622

(0.9)

1623

PAT

oui oui=

1624

DOC

=mais à part ça: (0.5) ça empêche pas tout l` reste

1625

(0.7) ça empêche pas que:: [vous restez: (0.4) vous-même

Comme nous l’avons vu précédemment, après une longue pause qui donne au patient la possibilité de laisser libre cours à son émotion puis de se reprendre, le Pr A. ouvre une nouvelle séquence avec l’adverbe « alors » donnant un effet de relance (l. 1590), et s’engage dans une activité de description métaphorique – la mémoire est une maison qualifiée de « grande » (l. 1590‑1591) – qui lui permet de poser un cadre de référence commun. En soulignant que les pièces de la maison sont comme des aptitudes cognitives, intellectuelles et motrices qui demeurent en bon état, le Pr A. propose au patient une première forme d’apaisement (l. 1593 et l. 1595‑1596). L’emploi de l’énoncé « ça devient compliqué » (l. 1598) lié à l’escalier endommagé, implication métaphorique des problèmes de connexion entre zones neuronales qu’entraîne la maladie d’Alzheimer, qui ne permet pas le passage fluide d’un niveau à l’autre de la maison, sans toutefois l’en empêcher, explicite le problème mais contribue aussi à minimiser la gravité de la situation (l. 1598‑1599). Le médecin dédramatise à nouveau l’état de santé du patient en mettant l’accent sur une implication métaphorique du concept de la métaphore « La mémoire-cerveau est une maison » : les pièces étant « en bon état », les facultés cognitives restent opérationnelles et disponibles. En précisant à deux reprises que les pièces de la maison ne sont pas endommagées (l. 1595 et 1601), le médecin met en avant le maintien de nombreuses compétences cognitives. Sur le plan du discours, cette tentative de dédramatisation est marquée par la locution « plein de » (l. 1601), modificateur argumentatif qui augmente la valeur argumentative (Ducrot, 1980)5 de l’énoncé relatif à l’existence de pièces « qui marchent bien » et qui se voit renforcé prosodiquement au moyen d’un accent d’insistance.

La séquence qui suit présente un caractère très différent : le médecin introduit de manière beaucoup plus hésitante une deuxième description qui concerne alors les symptômes déjà observés. Initiée par une formule de vérification « v` voyez c` que j` veux dire » (l. 1603) de nature phatique, elle est continuée par une description du patient assez floue qui n’est pas exhaustive (l. 1603‑1608 et l. 1610). Produit dans un format syntaxique et prosodique différent aussi de la première séquence, comportant des allongements syllabiques, une diminution du volume de la voix, des troncatures, des marques d’hésitation, un lexique comprenant des termes vagues comme « tout ça » (l. 1607), ce tour de parole semble indiquer non seulement le caractère embarrassant de l’action en cours, mais également, à nouveau, le caractère routinier de la description métaphorique de la maladie d’Alzheimer qu’il a proposée dans la séquence précédente.

Après avoir confirmé la persistance chez le patient de son identité personnelle malgré les troubles mnésiques qui ont été mis en évidence, le médecin recycle les implications métaphoriques d’un élément du concept métaphorique « La mémoire-cerveau est une maison », à savoir l’escalier endommagé, en précisant les objectifs que l’orthophoniste et lui-même doivent se fixer, non pas pour réparer cet escalier, mais pour en bricoler un « de fortune » qui permettra le passage d’un niveau à l’autre de la maison (l. 1610-1615). En filant la métaphore, le médecin vise sans aucun doute à le rassurer sur la possibilité de disposer des facultés restantes, tout en se gardant de parler de guérison. À l’achèvement de cette séquence et après une ratification immédiate du patient (l. 1616), une pause assez longue s’installe (l. 1617) avant que le médecin ne reprenne la parole et opère une transition thématique qui clôture l’activité de description métaphorique.

Soulignant que la maladie n’est pas sans effet sur la vie quotidienne du patient, le médecin valorise sa décision de ne plus conduire, et ce d’autant plus qu’elle constitue une preuve supplémentaire de la reconnaissance par ce dernier de la doctorabilité de son cas (l. 1618‑1621). Une fois ce tour de parole ratifié par le patient (l. 1623) après une pause assez longue (l. 1622), le médecin reprend son discours apaisant, en évacuant la question de la maladie (« mais à part ça », l. 1624) et en le réassurant sur la préservation de son identité personnelle, que ce soit au travers de ce qu’il avait l’habitude de faire auparavant (« ça empêche pas tout l` reste », l. 1624) ou de sa singularité (« ça empêche pas que:: vous restez: (0.4) vous-même », l. 1625). Son argumentation vise à montrer les ressources relationnelles et médico-sociales dont il dispose pour faire face à la maladie et à atténuer le sentiment de vulnérabilité qu’engendre l’annonce du diagnostic.

Ce premier cas illustre une situation courante, qui voit le spécialiste confronté à un patient désemparé et dont la vulnérabilité apparaît pendant la consultation. Il s’agit pour lui, en utilisant cette métaphore, de démontrer au patient qu’un soutien médical et une prise en charge par l’entourage familial pourront contribuer à réparer les dysfonctionnements d’une « mémoire-cerveau » comparée à une maison à deux niveaux.

Convaincre le patient

Dans le cas du second patient, dont la résistance à accepter le diagnostic est perçue comme un symptôme supplémentaire de la maladie d’Alzheimer (anosognosie), l’emploi de la métaphore « La mémoire-cerveau est une maison » (avec son escalier cassé) a une tout autre fonction : il ne s’agit pas de rassurer M. Schmidt, mais de le convaincre de la réalité du diagnostic. Examinons l’extrait suivant.

Source : Alexandra Ortiz Caria

1546

DOC

[j` vais d- j` vais vous faire un exemple vous

1547

savez/ le cerveau vo- votre cerveau on va dire qu` c’est

1548

comme une grande maison=

1549

PAT

=mmh

1550

DOC

avec beaucoup d` pièces=

1551

PAT

=o::ui

1552

(0.9)

1553

DOC

quatre vingt dix n- la- toutes les pièces qui- l::’essentiel

1554

des pièces sont en parfait état mais (0.2) i` y en a une qui

1555

est un peu cassée (0.2) on va dire par exemple c’est

1556

l’escalier pour monter au premier étage il est abîmé=

1557

PAT

=oui

1558

(0.3)

1559

DOC

donc

1560

(0.8)

1561

DOC

i` y a plein d` choses qui marchent hein faut surtout pas que

1562

vous ayez l’idée qu` je suis en train d` vous dire que vous

1563

êtes gâteux::: que:

[(0.3) c’est pas du tout ça mais i` y a&

1564

PAT

[non

1565

DOC

&(.) i` y a un truc qui marche pas bien c’est la mémoire des

1566

choses récentes très récentes

1567

(0.9)

1568

DOC

et ça on en a quand même beaucoup besoin dans la vie d` tous

1569

les jours

1570

(1.0)

1571

DOC

et donc (0.9) ça n- alors (0.5) après on va voir comment moi

1572

j` peux vous aider (.) avec des médicaments:: ou avec de la

1573

rééducation d` la mémoire ou des choses comme ça (0.7) mais

1574

(0.9) i` faut dire les choses et j` suis un peu obligé d`

1575

vous l` dire comme ça::: vite fait un peu à la brutale

1576

pa`ce que (.) pa`ce que:: v- comme vous oubliez qu` vous

1577

oubliez pour vous vous m` dites mais:: c’est qui c`ui là

1578

qu’i` m` raconte j’y crois pas un seul instant

1579

(1.2)

1580

PAT

non mais je vous crois

1581

(0.8)

1582

PAT

mais toujours est il que la vérité moi moi dans m- MOI euh

1583

personnell`ment je trouve

[que je suis:

1584

DOC

[le problème

1585

monsieur schmidt c’est qu` vot` vérité: (0.5) elle est

1586

un (.) p`tit peu différente de la réalité=

En chevauchement avec le tour de parole que M. Schmidt avait achevé en riant, le médecin introduit à nouveau la métaphore de la maison comme cadre de référence commun qu’il préface par une formulation indiquant sa valeur d’illustration (« j` vais vous faire un exemple », l. 1546‑1548), socialement moins stigmatisante.

Comme dans l’extrait précédent, une construction présentative (avec l’ajout d’une comparaison) « votre cerveau, on va dire qu` c’est comme une grande maison avec beaucoup de pièces » (l. 1547‑1548 et 1550) permet d’introduire l’image de la maison comme métaphore du cerveau. Ce tour marque le début de l’entreprise de contre-argumentation qu’a suscitée la position divergente du patient sur le diagnostic qui vient de lui être délivré. La ratification immédiate de ce tour par M. Schmidt (l. 1549) conduit le médecin à poursuivre sa description métaphorique, mais contrairement au cas précédent, il n’introduit pas les pièces de la maison par une construction présentative d’existence de type il y a, privilégiant le syntagme prépositionnel plus économique « avec beaucoup d` pièces » (l. 1550). On notera aussi le même usage d’un modificateur argumentatif beaucoup de associé à pièces.

Ce tour de parole est ratifié par le patient au moyen d’un marqueur d’accord minimal produit avec un allongement syllabique (l. 1551). Après une pause assez longue (l. 1552), on assiste à la reprise de l’activité de description métaphorique (l. 1553‑1556). La configuration complexe de ce tour semble répondre particulièrement à la mobilisation du schéma du destinataire6. En effet, face au patient, comptable retraité qui s’est souvent vanté de ses compétences algébriques, le médecin initie son tour par une quantification « quatre-vingt-dix-n- » (l. 1553) avant de s’interrompre et d’opérer plusieurs autoréparations. Cette quantification tronquée est sans doute trop forte et risquerait de conforter l’optimisme déjà affiché par le patient. Elle a surtout le défaut de ne pas faciliter l’introduction prochaine de l’élément métaphorique (l’escalier endommagé) à valeur restrictive qu’il faudrait dès lors associer au 1 % restant. Sitôt ébauchée, la quantification est abandonnée. Recyclant la métaphore de la maison, le médecin utilise alors un syntagme nominal comportant un quantificateur universel « toutes les pièces » (l. 1553) qu’il répare par un nouveau syntagme nominal plus restrictif « l::’essentiel des pièces » (l. 1553‑1554). L’emploi de ce syntagme est selon nous moins à interpréter comme une référence à des facultés cognitives et mnésiques qui seraient indispensables ou nécessaires que comme une façon d’en indiquer le fonctionnement global satisfaisant. Filant la métaphore après une courte pause, le médecin mobilise une implication métaphorique, en faisant alors référence à l’une des pièces de la maison qu’il décrit comme étant « un peu cassée » (l. 1555) avant de préciser que cette pièce correspond à l’escalier, élément architectural clé puisqu’il permet de passer d’un niveau à un autre et de relier entre elles les diverses pièces d’une maison. L’utilisation de l’énoncé « on va dire par exemple », permet au médecin de conférer à son propos un caractère d’illustration qui renforce le caractère plausible de la métaphore convoquée. Qualifiant cet escalier par l’adjectif « abîmé » (dans la transcription : l. 1556), il laisse son patient se représenter lui-même la difficulté que peut constituer un escalier endommagé dans une maison ; il n’indique pas ici que le passage d’un niveau à l’autre est compromis, contrairement à la précision qu’il a apportée dans le cas précédent (extrait 3).

Une fois ce cadre référentiel commun ratifié (l. 1557) et après une courte pause (l. 1558) puis la production d’un connecteur argumentatif (« donc ») projetant une conclusion (l. 1559), le médecin abandonne la métaphore de la maison, recyclant après une pause plus longue (l. 1560) l’énoncé précédent « l::’essentiel des pièces sont en parfait état » (l. 1553‑1554) en le remplaçant par une construction complexe composée d’une proposition présentative « i’ y a plein de choses » (qui présente l’intérêt d’introduire un syntagme pantonymique) et d’une relative (l. 1561). Cette reformulation indique qu’il est confronté à une double tâche. Tout en cherchant à faire comprendre et accepter (au moyen du concept métaphorique de la « mémoire-cerveau » comme maison) par le patient sa pathologie neurodégénérative et les symptômes qui lui sont associés, il veut aussi éviter les effets négatifs que cette acceptation peut entraîner sur l’image qu’il pourrait avoir de lui-même.

Dans le tour suivant (l. 1561‑1563), le médecin utilise le terme « gâteux » socialement très stigmatisant et connoté négativement (dans son sens ordinaire et non médical, lorsqu’il sert à désigner des personnes âgées qui perdent la tête) et exhorte le patient à ne pas interpréter cet adjectif comme lui étant attribué, ce que du reste ce dernier ne paraît pas avoir fait, étant donné la ratification qu’il produit en chevauchement (l. 1564). Il peut alors revenir à sa tâche essentielle, le convaincre de la doctorabilité de son cas et, au-delà, de sa vulnérabilité. Le médecin recycle alors la métaphore de l’escalier manquant en mentionnant des problèmes liés à l’oubli de faits récents (l. 1565‑1566), avant de clôturer sa contre-argumentation7 par le rappel de l’importance de disposer au quotidien de cette compétence mnésique (l. 1568‑1569).

Expliquant après une pause assez longue (l. 1570) l’utilité d’un traitement médicamenteux et d’une rééducation cognitive (l. 1571‑1573), le Pr A. soulève le problème que présente pour lui les réticences du patient à accepter le diagnostic : ce serait l’anosognosie qui l’empêcherait de donner du crédit à ce que dit le médecin et lui ferait mettre en doute la légitimité de ce dernier à délivrer un tel diagnostic (« mais (0.9) i` faut dire les choses et j` suis un peu obligé d` vous l` dire comme ça ::: vite fait un peu à la brutale pa`ce que :: v- comme vous oubliez qu` vous oubliez », l. 1573‑1577). Bien qu’après une longue pause (l. 1579) le patient ait introduit un énoncé d’acceptation « je vous crois » (l. 1580), il s’oriente à nouveau, après une nouvelle pause assez longue (l. 1581), vers une remise en question de la validité du diagnostic en se fondant sur ses propres impressions (l. 1582‑1583), tour que ne lui laisse pas achever le médecin en l’interpellant par un terme d’adresse patronymique. Prenant appui sur le terme de « vérité » employé au tour précédent par le patient pour faire référence à ce qu’il ressent (l. 1582), le Pr A. lui indique qu’étant donné sa maladie, la perception subjective qu’il a de son état (« votre vérité ») doit être distinguée de la réalité (l. 1584‑1586). Par ce tour, il donne une explication médicale à la résistance du patient, fondant son argumentation biomédicale sur l’autorité et la légitimité qu’il revendique de pouvoir poser un diagnostic indépendamment des démentis du patient.

Dans ce second cas, la métaphore sert d’abord à expliciter un problème d’ordre épistémique vécu par le patient : l’écart entre la connaissance qu’a ce dernier du fonctionnement de sa mémoire et la réalité d’ordre médical. Tout en montrant la part de vérité que contient le sentiment du patient d’un bon fonctionnement de sa mémoire, l’usage de la métaphore vise à lui faire prendre conscience de sa vulnérabilité présente et future. Une vulnérabilité qui, une fois admise, doit aussi permettre de faire accepter sur le plan médical une activité de rééducation et sur le plan relationnel un soutien des proches.

Conclusion

S’agissant d’une maladie qui au stade précoce ne se voit pas, dont les symptômes peuvent être équivoques et dont la présence est alors susceptible d’être mise en doute, on a pu soutenir que l’annonce du diagnostic fait certainement l’objet de moins d’échanges si le clinicien se contente d’explications minimales (Byrne et Long, 1976). De même, s’il s’en tient à des preuves indépendantes de son examen clinique (les résultats d’un bilan sanguin ou d’une IRM par exemple), celles-ci sont moins contestées étant donné leur caractère matériel, et les résultats des protocoles sont accessibles à un patient ne disposant que d’un savoir médical faible (en particulier si le médecin montre les différences entre les taux et les valeurs de référence ou s’il indique où regarder et comment interpréter les images). Si certains médecins s’appuient sur ce type de document, d’autres préfèrent justifier leur diagnostic avec des signes cliniques, qui exigent de mettre en œuvre durant la consultation une « vision professionnelle » (Goodwin, 1994), un « savoir voir » (Cornu, 1996) propre à discriminer, en l’occurrence, les détails pertinents de la maladie d’Alzheimer. Or, en prenant le parti d’énoncer un avis médical fondé sur des observations issues de l’examen clinique et remobilisées lors de l’annonce du diagnostic, ces médecins offrent aux patients les moyens de comprendre les raisons de ce diagnostic et de l’accepter (Peräkylä, 1998), mais ils leur donnent aussi la possibilité de discuter cet avis (Drew et al., 2001). Dans le cadre de la consultation gériatrique dédiée au dépistage de la maladie d’Alzheimer, face à l’inquiétude ou à la réticence engendrée par l’annonce d’une pathologie susceptible d’être vécue comme une « maladie-sentence » (Ngatcha-Ribert, 2004) ou quand le recours à ces signes cliniques ne suffit pas à convaincre le patient, certains cliniciens déploient d’autres stratégies discursives pour que leur diagnostic soit compris et admis. Ainsi, dans un précédent travail (Ortiz Caria et Fornel, 2021) nous avons montré comment, à partir de ressources gestuelles d’ordre métaphorique, le Pr A. fait émerger sur le plan visuel un objet absent, en l’occurrence la maladie d’Alzheimer associée à une maison selon le concept métaphorique « La mémoire-cerveau est une maison » et en particulier l’implication métaphorique de son escalier impraticable : l’absence de connexion entre zones cérébrales qu’il faut essayer de rétablir.

La présente contribution a mis en évidence que les modalités de déploiement discursif de l’implication métaphorique de l’escalier cassé, utilisées de façon récurrente par le clinicien, dépendent en grande partie de la façon dont le patient appréhende la situation de vulnérabilité que son état de malade d’Alzheimer engendre désormais. Un cadre de référence commun est ainsi établi qui rend la compréhension du diagnostic socialement partageable. Le placement séquentiel des actes de description et le format des tours dans lesquels ils s’inscrivent diffèrent cependant selon le profil des patients et le contexte d’énonciation. Il semble que la métaphore de la maison pour symboliser le cerveau du patient et la mention de l’escalier endommagé visent soit à expliquer la maladie d’Alzheimer et à rassurer les patients en minimisant la gravité de la maladie et de ses effets (notamment en mettant en avant le maintien d’une identité personnelle et sociale), soit à venir en contre-argument pour convaincre le patient de la doctorabilité de ses oublis lorsque ce dernier ne veut pas reconnaître le caractère pathologique de ses problèmes cognitifs et mnésiques. Étudier ce processus a permis de montrer comment le médecin s’ajuste au patient, en s’orientant à toutes fins pratiques par rapport au schéma du destinataire, afin qu’il comprenne et accepte le diagnostic ainsi que la mise en place de moyens pratiques, relationnels et parfois médicamenteux pour faire face à la maladie.

Annexe

Phénomènes séquentiels

[ ]

note le début et la fin du chevauchement entre deux locuteurs

=

note un enchaînement rapide entre deux tours de parole (latching)

&

note la continuation du tour par le même locuteur au-delà de l’interruption de la ligne de transcription lorsqu’il y a chevauchement sur le tour

Notation des pauses et des silences

(.)

note une pause inférieure ou égale à 0,2 seconde

(0.6)

note la durée de la pause au dixième de seconde près

Phénomènes segmentaux

:

notent des allongements syllabiques (de manière iconique par rapport à la durée on pourra avoir :: ou :::)

-

note la troncation d’un mot esquissé

`

note une élision non standard

.h

note l’aspiration du locuteur

h.

note l’expiration du locuteur

Prosodie

/ et \

notent les montées et descentes intonatives

// et \\

notent des montées et descentes intonatives très prononcées

CAPITALES

notent une saillance perceptuelle

soulignement

note une insistance

Descriptions et commentaires

((rires))

notent les productions vocales

< >

notent le segment sur lequel porte la description entre (( ))

((se peigne))

décrit une action

Incertitudes du transcripteur

(inaud.)

note une structure segmentale totalement inaudible

(niveau)

note un segment incertain

(parce que ; car ce que)

notent deux variantes également possibles (multitranscription)

Commentaires

((COM : problème de bande))

notent les commentaires du transcripteur

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