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Couverture de Vulnérabilités en situation (Edul, 2025) Show/hide cover

« J’ai été mis comment ils appellent ça / en isolement »

Expérimentations de positionnement discursif en entretien de recherche en milieu carcéral

‘I’ve been put what do they call it / in solitary confinement’: experimentations in discursive positioning in prison research interview

Introduction

Dans le cadre d’une volonté d’ouverture d’une maison d’arrêt de l’Ouest de la France aux autres institutions locales et notamment à l’université, nous avons pu conduire une série d’entretiens semi-directifs avec des détenus en attente de peine ou condamnés. Sensibilisés aux terrains sensibles (Bouillon et al., 2005) par de précédents projets (ACCompagnants des MAlades DIagnostiquées ALzheimer, ACCMADIAL, soutenu par l’Institut de recherche sur la santé publique, 2018-2020, en particulier), mais épargnés par les difficultés d’accès généralement inhérentes à ce terrain (Rostaing, 2010), nous connaissions les risques psychologiques et sociaux susceptibles d’émerger dans un tel environnement et par rapport auxquels les sciences du langage s’impliquent déjà (Paveau et Péréa, 2012 ; Garric et al., 2023), relativement ici au contexte carcéral contraint et potentiellement violent, au statut des interactants (détenu et chercheur) ou aux intentions des participants. Nous nous attendions, par conséquent, à la mise en place, dans l’interaction, de jeux de positionnement (Rostaing, 2010 ; Verneris, 2020) du détenu et du chercheur pour mener à bien l’entretien. Nous décrirons ici un de ces mécanismes de positionnement effectivement observés dont l’orientation est remarquable dans la mesure où elle illustre comment les détenus, « acteurs faibles » (Giuliani et al., 2008, p. 9) ou plutôt « acteurs affaiblis » (Rostaing, 2008, p. 121) peuvent s’emparer du dispositif et « prendre de la distance au rôle » (ibid., p. 122).

L’extrait dont il s’agit a été choisi en raison d’une situation de vulnérabilité partagée – toute proportion gardée – par le détenu et le chercheur. Le détenu interrogé a été condamné à une longue peine. Retraité, il aborde la situation de vulnérabilité dans laquelle le place son âge avancé d’incarcération, qui, dans la communauté carcérale, est associé aux crimes sexuels. Le lieu de l’entretien (une salle fermée à l’intérieur de la zone de détention), associé à la thématique abordée (la représentation des auteurs de crimes sexuels en prison et, en arrière-plan, le motif d’incarcération du détenu) constituent un terrain et un moment sensibles pour son interlocuteur. Particulièrement mal à l’aise, il va lui aussi jouer un rôle actif de (re)positionnement.

Pour rendre compte de ce mécanisme auquel se prêtent les deux participants ici, nous reviendrons, dans une première partie, sur les caractéristiques de l’entretien en milieu carcéral, lieu de vulnérabilités en interaction. Nous présenterons ensuite le dispositif théorique et en particulier la grille de description de la modalisation discursive, développée par Olga Galatanu (2002 ; 2018) dans le cadre de l’Analyse linguistique du discours (ALD) sur laquelle s’appuie notamment cette étude de cas. Nous montrerons enfin les différentes traces de l’action discursive du détenu, menée avec la coopération du chercheur et, en particulier, la construction d’une position d’expert d’un univers dont il ne se revendique pourtant pas, voire celle, plus valorisante encore, de médiateur culturel entre deux univers différents, à même de faciliter l’échange.

L’entretien en milieu carcéral : des vulnérabilités en interaction

Une relation asymétrique

L’incarcération est en soi un facteur de vulnérabilité. La prison est le lieu du temps et de l’espace contraints (Foucault, 1975). Au-delà de la durée de la peine, l’institution instaure un temps suspendu (Cunha, 1997) en même temps qu’une cyclicité temporelle (Lhuilier, 2000) dont le détenu ne peut s’extraire. C’est aussi le lieu du discours contraint, en dépit de l’augmentation de scènes d’expression infra-institutionnelles (Rostaing, 2008). Dans ce contexte, le consentement éclairé à participer à un entretien de recherche peut même être questionné (Pomies, 2022). Les sociologues ont soulevé la gêne pour le chercheur à profiter ainsi d’une situation asymétrique (Rostaing, 2010), mais aussi la dimension sensible d’un point de vue personnel de son intervention sur ce type de terrain. Chargé de ses propres représentations sur la prison et la population carcérale (Vacheret et Lafortune, 2011 ; voir aussi, pour la population générale, les études de la Fondation Jean-Jaurès, 20181 en particulier) et conscient de subir un étiquetage négatif de la part du détenu (Boumaza et Campana, 2007), le chercheur tente par conséquent une « démarche de reconnaissance [par] une posture positive à l’égard des interviewés afin qu’ils ne se sentent pas jugés ou critiqués » (Rostaing, 2017, § 37). Dans le cas présent, le contrat de communication (Charaudeau, 1991 ; 1993 ; 2006) était fixé au début de chaque rencontre, à l’issue d’une séquence de remerciement préliminaire : un entretien confidentiel, dont rien ne filtrerait vers l’administration ou la justice, dont aucune diffusion ne serait faite hors du cadre de la recherche, sans jugement de la part du chercheur, qui ne veut pas connaître le motif de l’incarcération. Comme dans la plupart des entretiens, des indices biographiques ont néanmoins été posés. À la première question sur son arrivée en prison, le détenu dont il est question ici avait ainsi répondu : « J’étais bouleversé et [explicitation des causes de son boulversement] ».

Présentation du corpus

Cette étude de cas s’appuie sur des données extraites du corpus EXpériences de Vie et Résilience en Prison (Ex-VRP). Il s’agit d’un corpus d’entretiens semi-directifs avec des détenus, constitué lors de quatre visites, effectuées entre avril et juillet 2021 par six chercheurs des universités de Bretagne-Sud, de Nantes et de Tours. Il rassemble 23 entretiens de 11 à 90 minutes avec des personnes volontaires pour les accorder, en attente de jugement, condamnées à de petites peines (trafics de drogue, délits routiers) ou en attente de transfert vers un autre établissement. Ces entretiens, semi-directifs, ont été structurés en quatre temps :

  1. le détenu en tant qu’individu dans une organisation – arrivée en maison d’arrêt, organisation d’une journée ordinaire, gestion de l’espace et du temps, interactions, etc. ;
  2. le détenu et la justice – la question de la peine ;
  3. le détenu (moi et ici) et ses relations (moi et les autres) – avec les codétenus, le personnel pénitentiaire, les intervenants extérieurs, les proches ;
  4. la résilience comme processus installé dans le milieu carcéral – le passage de la liberté à la vie carcérale, le vécu émotionnel (agacement, colère, frustration, etc.), le regard sur l’expérience carcérale.

Le passage étudié ici est extrait d’un entretien d’une heure 14 minutes et 11 secondes avec Job (pseudonyme que l’interrogé a lui-même choisi), un homme condamné quelques années auparavant à une longue peine de réclusion criminelle et de passage en maison d’arrêt avant un placement dans une nouvelle centrale. Il s’agit d’un détenu âgé (retraité) et non récidiviste (voir Chantraine, 2004, sur les rapports subjectifs à l’enfermement en fonction du parcours carcéral des détenus). Long d’une minute 47 secondes, l’extrait étudié se situe dans le troisième temps de l’entretien, au moment d’aborder les relations interpersonnelles avec les autres détenus. Il a été choisi parce qu’il représente un pic de vulnérabilité pour chacun des participants, dans la mesure où y émergent la question de l’acte pour lequel le détenu a été condamné et les relations entre la nature de cet acte justifiant une détention et la représentation d’un détenu au sein de la « communauté carcérale » (Clemmer, 1958 [1940]). Cet extrait compte, après transcription avec le logiciel Transcriber dans une perspective de traitement lexicométrique, 18 605 occurrences, 1 711 formes, dont 49,5 % d’hapax.

Parmi les faits émergents dans l’entretien, la question du positionnement des sujets

Dans la situation de communication construite dans ce projet, le détenu est sollicité par le chercheur, « en position d’infériorité de savoir vis-à-vis du “tu” légitimé dans sa demande » (Charaudeau, 2001). Autrement dit, celui-ci est interrogé par le savant comme étant le sachant, comme celui dont la coopération est indispensable à la production de connaissances. Pour poursuivre dans la perspective de visées produite par Patrick Charaudeau (2001), ce détenu peut y répondre avec des visées d’incitation (sur les mesures carcérales, par exemple, comme c’est le cas à plusieurs reprises dans le corpus Ex-VRP), en tant qu’acteur dépourvu d’autorité, avec des visées d’information, s’il se représente comme légitime dans sa position de savoir, avec des visées d’instruction, « s’il se trouve en position d’autorité de savoir et de légitimation pour transmettre du savoir » (Charaudeau, 2001) ou, enfin, avec des visées de démonstration s’il veut établir la vérité et en apporter la preuve selon une certaine position d’autorité de savoir (savant, spécialiste, expert).

Une classification hiérarchique descendante (CHD) de la retranscription de l’enregistrement montre que trois univers sémantiques ou lexicaux structurent l’ensemble de cet entretien. Elle permet à ce stade de comprendre les choix effectués, en termes de construction thématique : ces univers lexicaux concernent les activités routinières et l’environnement du détenu (classe 3, construite par seulement 13,4 % des segments du texte), contre 39,6 % des segments attribués à la classe 2, relative à son vécu plus spécifique en lien avec son dossier judiciaire, son état de santé et ses convictions ; cette classe 2 est articulée avec une réflexion sur la condition carcérale (la classe 1, la plus développée, avec 47 % des segments).

Diagramme en trois colonnes, pour chaque classe. Voir texte pour les classes.

Source : Valérie Rochaix

Ce résultat indique que, outre les axes fixés pour l’entretien semi-directif, le détenu ne produit pas un témoignage strictement personnel et descriptif de la vie carcérale, mais prend aussi la parole pour relier son vécu spécifique à la condition carcérale (dernier nœud de la CHD). Il montre aussi que la question de la peine y est saillante. Une recherche par segments caractéristiques indique, en plus, qu’il ne s’agit pas seulement de sa propre peine, mais également d’un point de vue plus général sur le système.

Segment "ben il y q des choses qui peuvent êtres am améliorées sans que ça demande de moyens ni ni d argent c est juste le changer peut_être la formation des des des par exemple dans le relationnel avec euh les personnels", avec un score affiché de 79.86, et les mots "choses", "améliorées", "demande", "moyens", "argent", "changer", "personnels" mis en évidence en rouge.

Source : Valérie Rochaix

Le choix de la voix passive et de tournures impersonnelles, qui manifeste une intention de distanciation et d’objectivation, associé à des adverbes évaluatifs (« juste », fig. 2) ou de subjectivité (« peut-être », fig. 2) dans le segment le plus spécifique de la classe 1, confirme l’intérêt d’analyser la visée choisie par le détenu, en lien avec la place que lui accorde le chercheur.

Cadre théorique et méthodologique

L’entretien comme espace interactif

Dans le cas des entretiens de recherche menés sur des terrains sensibles, en particulier ceux effectués en milieu carcéral, les sociologues ont observé qu’« à chaque fois, il faut s’ajuster à la situation, réinventer son rôle, réaffirmer sa place » (Bouillon et al., 2005, p. 14‑15). Sur le fondement d’un lien entre relation sociale et relation interlocutive, « construite dans et par l’activité langagière », Robert Vion (1996, p. 105‑109) propose, dans le prolongement des catégorisations de P. Charaudeau (1991), une distinction entre places institutionnelles, qui définissent le cadre interactif, places modulaires, relatives à l’introduction d’un module ou type de texte dans l’interaction2, places discursives, liées aux tâches discursives particulières à accomplir (récit, argumentation, description, etc.), places subjectives ou intersubjectives, liées à la dynamique de l’échange, l’image de soi et l’image d’autrui, plus ou moins stables dans l’interaction et enfin, places énonciatives, à propos desquelles le sujet peut mettre en œuvre un type de place qui influence jusqu’aux places institutionnelles.

Outre les indices que constituent les activités définitoires entreprises par le détenu par rapport à la place énonciative qu’il prend, notamment pour reconstruire jusqu’au cadre institutionnel de l’entretien, les modalisations d’énoncé et d’énonciation mises en œuvre nous renseignent sur la façon dont chacun agit par ses choix discursifs.

La modalisation discursive comme trace du rôle de chacun dans l’entretien

Notre analyse, portant sur le positionnement du détenu en lien avec celui du chercheur lors de l’entretien de recherche, se fonde en effet également sur une analyse de la modalisation discursive, entendue comme « l’inscription dans l’énoncé, par une marque (forme) linguistique (modalité), de l’attitude du sujet parlant (communiquant) à l’égard du contenu de cet énoncé et à l’égard de la fonction qu’il est censé avoir dans l’interaction verbale dont il participe » (Galatanu, 2018, p. 87, repris de Galatanu, 2002, p. 19).

Les unités mobilisées – la modalité (forme linguistique convoquée pour exprimer l’attitude du sujet parlant ou valeur modale, présente dès le stade lexical) et la modalisation, comme processus d’inscription de cette valeur – positionnent ce modèle dans une interface entre sémantique et pragmatique.

Pour rendre compte de cette articulation, O. Galatanu propose une grille d’analyse qui organise ainsi fonctions, valeurs et formes modales.

Tableau 1. La modalisation discursive (sources : Galatanu, 2002, p. 20 ; Galatanu, 2018, p. 89)

L'explication des valeurs modales (cf. 3) a été ajoutée au tableau par nos soins.

L'explication des étiquettes nominales et verbales (cf. 4) a été ajoutée au tableau par nos soins.

Re « à propos de la chose » (cf. 5), la modalité de re regroupe ici les étiquettes nominales et leurs modificateurs vs dicto « à propos de ce qui est dit », relatif aux verbes à usage modal, aux adjectifs opérateurs de phrase et aux adverbes modalisateurs de phrase.

En plus des valeurs modales véhiculées par les mots convoqués, les formes modales choisies participent à la subjectivation vs l’objectivation du discours, « les étiquettes nominales étant les plus objectivantes, alors que les modalités de dicto, verbe à usage modal, adjectif opérateur de phrase (“bon, tu pars”) et adverbe modalisateur de phrase (“parfaitement, il prend l’avion ce soir”) avec le sujet énonciateur identique au sujet modal sont les plus subjectivantes » (Galatanu, 2018, p. 89).

Ainsi, les zones de valeurs modales axiologiques construisent le même continuum, de l’ontologique, objectivant vers les valeurs désidératives, les plus subjectivantes.

Cette hypothèse d’un lien entre valeurs, formes modales et subjectivation permet d’explorer le positionnement des interactants, et du détenu notamment, par rapport à la valeur que ce dernier accorde à son discours dans le cadre de l’entretien et, par conséquent, à la façon dont ses propos construisent son rôle dans la recherche qui l’a initié.

Analyse

L’extrait analysé (restitué ci-dessous) entre le chercheur (INT) et le détenu (JOB) compte 42 tours de parole. Interrogé sur ses relations avec les autres détenus, Job explique qu’il en a peu et justifie cela par une vulnérabilité spécifique, due à des codes propres au monde carcéral. Cette relation de cause à effet provoque une séquence, consacrée au statut des personnes incarcérées pour crimes sexuels (ce qui n’est pas le cas du détenu ici), qui manifeste de façon remarquable un des jeux de positionnement possibles dans ce contexte d’entretien.

1

INT

vous avez des relations avec les autres détenus ou pas

2

JOB

alors là non /

3

INT

non

4

JOB

non on est coupé on est

5

INT

oui c’est ce que vous disiez que vous

6

JOB

on a #

7

INT

que vous vous en avez pas #

8

JOB

je pense qu’on est dans une / moi j’pense

9

INT

oui

10

JOB

que c’est c’est dû à au fait que c’est pas dû au fait parce que dans les autres [acq] maisons d’arrêt j’étais avec les autres donc euh y’a qu’ici depuis que je suis arrivé ici je suis euh [r] mais je sais pas je suis mais j’étais mis en comment ils appellent ça en isolement qu-

11

INT

mais ça peut pas être pour vous protéger aussi de X

12

JOB

si si # si si

13

INT

# ouais

14

JOB

j’allais juste vous le dire mais c’est c’est parce que sans doute euh

15

INT

# ouais

16

JOB

euh la cour de promenade / comment on appelle ça parce que j’ai 65 ans

17

INT

ouais

18

JOB

65 ans veut dire pointeur /

19

INT

d’accord

20

JOB

vous savez y’a y’a des connota- y’a des / com- pointeur violeur

21

INT

ouais ouais ouais ouais ouais

22

JOB

je sais pas si vous avez déjà entendu p- po- parler

23

INT

non pointeur non ça m’dit rien

24

JOB

pointeur violeur |acq] c’est les / entre détenus c’est les

25

INT

d’accord

26

JOB

dès que vous êtes âgé vous êtes un

27

INT

OK donc ça peut être pour vous protéger

28

JOB

oui

29

INT

qu’on vous isole

30

JOB

vous êtes dans une catégorie que les les détenus plus jeunes euh n’aiment pas

31

INT

d’accord

32

JOB

ça a toujours été comme ça en prison apparemment moi je ne connaissais pas ça avant [acq] / mais ben celui qui est violeur il est ben il faut l’isoler parce que # c’est pas bon

33

INT

# oui j’avais déjà entendu ça oui

34

JOB

c’est pas mon cas mais euh

35

INT

oui en tout cas on des gens qui vous connaissent pas pourraient le penser / le croire parce que vous êtes # âgé

36

INT

# X

37

JOB

# oui oui oui oui / oui oui ben oui parce que je quand j’étais à [ent=commune] ça a été la première des choses

38

INT

X

39

JOB

ça a été me demander vous devez vous j-justifier / faut presque montrer sa fiche pénale pour que les que les les jeunes croient

40

INT

pour prouver aux jeunes que

41

JOB

voilà ben oui non mais si vous dites ben non [r] je je + si vous arrivez à leur dire que + que ça a rien à voir ils vous foutent la paix mais c’est pas évident au début

42

INT

d’accord

La place institutionnelle de sachant reprise par le détenu

Dans l’interaction, le détenu construit un lien entre son isolement et son âge (il est retraité) puis entre l’âge des détenus et leur représentation sociale au sein de la communauté carcérale. Ce lien est conforme aux normes sociales spécifiques à cet univers, qui hiérarchisent la valeur des individus en fonction de la nature du crime commis et impliquent l’exclusion de certains d’entre eux :

Tout en haut, les tueurs de policiers, gendarmes. Ensuite, les braqueurs. Et à la fin, ceux qui sont rentrés pour un viol et, encore pire, un viol sur mineur. On les appelle les « pointeurs ». Ces derniers sont la pire espèce. Ils sont insultés, criblés de crachats, frappés par des dizaines de détenus. […] Quand on est catalogué « pointeur », il faut éviter de croiser les regards de ceux qui ne cherchent que ce prétexte pour mal vous parler et vous agresser, verbalement et physiquement. C’est pour cela que beaucoup de détenus ne sortent quasiment jamais de leur cellule. [Témoignage extrait de la page « Code des détenus » de l’Observatoire international des prisons3]

Du point de vue textuel, cette séquence est le terrain d’un exercice définitionnel qui s’appuie sur :

  • des formes métalinguistiques (« veut dire », tour 18 ; « appellent », tour 10 ; « appelle », tour 16) ;
  • une série de reformulations désignationnelles avec des mécanismes de juxtaposition de synonymes, et de reprise coréférentielle d’un mot commun (violeur) et de sa dénomination, au sens de Georges Kleiber (2001), propre au milieu carcéral (« pointeur », tour 184), explicité par la relation X veut dire Y dans le contexte C, celui des détenus, avec un procédé de focalisation sur ces derniers (« c’est les / entre détenus c’est les », tour 24) ;
  • avec des négations métadiscursives et des autocorrections (« c’est dû au fait que c’est pas dû au fait que parce que », tour 10) ;
  • avec, également, des mécanismes désignationnels qui s’appuient sur des associations contextuelles (« 65 ans veut dire pointeur », tour 18) ;
  • et, donc, une démarche de catégorisation ou de spécification avec la construction d’un lien argumentatif abstrait normatif (DC, donc) [Carel et Ducrot, 1999] tel que : âgé DC pointeur DC « dans une catégorie que les jeunes n’aiment pas » (DC isolement / pas de relation avec les autres détenus), qui répond à la question initiale.

Du point de vue énonciatif, cet exercice mobilise une alternance pronominale (« on est coupé », tour 4 ; « j’étais avec les autres », tour 10 ; « dès que vous êtes », tour 26) qui indique surtout un positionnement hésitant du locuteur vis-à-vis de la communauté discursive qu’il décrit (« comment ils appellent ça », tour 10 ; « comment on appelle ça », tour 16), dans laquelle il s’inclut plus ou moins : « c’est les / entre détenus c’est les » (tour 24) ; « ça a toujours été comme ça en prison apparemment moi je ne connaissais pas ça avant » (tour 32). L’adverbe agit ici comme un marqueur de polyphonie énonciative s’il introduit la voix de ceux qui connaissent depuis toujours la prison (Anscombre et al., 2009), mais aussi de désengagement, en plaçant le locuteur comme observateur de la vie carcérale et de ses normes.

En dépit de cette instabilité, la séquence définitionnelle construit le détenu comme sachant, de façon non conforme aux places institutionnelles que chacun occupe hors de l’entretien. Ce mécanisme n’est, en l’occurrence, pas initié par le chercheur, mais ses interventions l’encouragent. Interpellé par le détenu sur ses connaissances sur le sujet (« vous savez, y’a […] des connotations », tour 20 ; « je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler », tour 22), le chercheur s’exprime soit pour enregistrer les informations données, par une répétition des locutions d’accord dans un registre peu soutenu (« OK », tour 27 ; répétitions de « ouais », tours 13, 15, 17 et 21), soit par une répétition stricte des énoncés du détenu, soit pour manifester sa méconnaissance (« ça m’dit rien », tour 23) ou connaissance approximative du domaine. Le chercheur participe ainsi au fait d’être positionné par le détenu comme étranger à la culture carcérale, ignorant des termes spécifiques à ce champ de pratiques et des règles qui l’organisent. Il ne maîtrise ni l’espace ni le registre de l’entretien. Face à lui, le détenu déploie « le point de vue des personnes concernées au premier chef, au travers de leur expertise d’usage, cette “somme de compétences acquises” au quotidien, “de savoir être et de savoir-faire” (Bonnet, 2006) » (Garric et Léglise, 2012, p. 1). Face aux traces de savoir en construction (les questions métalinguistiques en particulier, portant sur les dénominations adéquates ou leurs définitions) dans le discours du détenu, les prises de parole du chercheur contribuent à « reconnaître [son] expertise d’usage [et ainsi] un statut d’“expert de [son] quotidien” (Sintomer, 2008) » (Garric et Léglise, 2012, p. 2). Cette observation est conforme à l’entreprise de valorisation du détenu signalée supra lors de nombreux entretiens de recherche.

Les mécanismes de référenciation manifestent cependant une certaine instabilité de cette entreprise : dans cet extrait, caractérisé par une alternance de plans d’énonciation (Benveniste, 1966) impliquant ou non les interactants avec des pronoms et reprises pronominales, dont le référent est alternativement un des participants ou un tiers généralisé, on note le caractère stigmatisant du passage allant des tours de parole 26 à 39. En effet, dans les tours de parole 26, 30 et 39 de Job, vous a pour référent un tiers théorique pointeur, qui devient progressivement le sujet parlant. Ils sont enchâssés avec des tours de parole du chercheur (tours 27, 29 et 35) où vous réfère au détenu. Ce dernier est donc progressivement construit comme objet de discrimination.

Un mécanisme d’objectivation du discours qui participe à ce positionnement

Le détenu construit dans cet extrait un lien argumentatif. En reprenant les connecteurs argumentatifs abstraits normatif et transgressif (PT, pourtant)5, il peut être représenté ainsi :

Âgé DC violeur DC en danger, présenté comme normatif en contexte« celui qui est violeur, il faut l’isoler » (tour 32)Et Âgé PT pas violeur PT en danger, qui exprime sa propre vulnérabilité« vous devez vous justifier » (tour 39)

L’examen de la modalisation mise en œuvre dans l’entretien confirme les indices relevés plus haut. En se fondant sur la grille des formes et des valeurs modales de O. Galatanu citée supra, il apparaît que, dans le discours du détenu, les traces de modalisation d’énoncé manquent en termes de modalité de re. Les étiquettes nominales le situent dans la zone déontique (détenus, violeur, « isolement », tour 10) avec des termes relatifs à l’univers juridique. Elles introduisent une surmodalisation axiologique éthique et morale et affective/hédonique négative. On ne note pas de recours à des modificateurs du nom ou du verbe. L’analyse des modalités de dicto indique un positionnement en deux temps avec, d’abord, la convocation de verbes modaux (« je pense », réitéré, tour 8) et des modalités épistémiques atténuées par l’alternance entre formes affirmative et négative (c’est dû au fait / c’est pas dû au fait) puis l’introduction des adverbes de modalisation « sans doute » (tour 14) et apparemment qui oriente le discours vers la zone doxologique. Ces indices attestent d’une modalisation discursive plutôt objectivante. La modalisation éthique et morale et affective/hédonique est plus marquée dans la seconde partie de l’extrait avec la convocation du verbe aimer et l’énoncé évaluatif « c’est pas bon » (tour 32), mais avec des formes assertives. Cette association négative entre être âgé (qui relève de la nature) et ne pas être aimé / que cela [être âgé] ne soit pas bon est dite comme relevant d’une loi naturelle à la prison, indépendante de l’individu.

En s’appuyant sur une articulation d’arguments construite comme objective, le détenu décrit une situation dans laquelle sa vulnérabilité est, elle aussi, objectivée, relative à des questions de vie et de mort.

Le positionnement du détenu vis-à-vis de la communauté carcérale

La modalisation, interne à la signification lexicale de détenu, situe celui qui est désigné comme tel, dans la zone déontique, puisqu’en lien avec une décision de justice. Elle le situe également dans la zone éthique et morale et affective/hédonique, axiologiquement négative pour ce dernier.

Cependant, dans l’interaction, la chaîne référentielle construite pour « détenus » est telle que :

  • « détenus » (tour 1) / « des gens » (tour 35) / « jeunes » (tour 40), par le chercheur ;
  • et, par le détenu, « les autres » (tour 10) / « les détenus plus jeunes » (tour 30) / « celui » (qui est violeur) [tour 32] / « les jeunes » (tour 39) / « leur » (tour 41) et « ils » (tours 10 et 41), anaphores pronominales de les jeunes [détenus].

Du terme propre à la communauté des personnes incarcérées, le détenu passe à une sous-catégorisation entre détenus et distingue les détenus des jeunes détenus – cette dernière catégorie étant en opposition avec la sienne, celle des détenus plus âgés, présentés comme plus vulnérables.

De même, c’est à une question sur ses relations avec les autres détenus que Job répond par on est coupé, j’étais mis […] en isolement. La sanction carcérale, à savoir le fait d’être coupé de la société, est attribuée à la catégorie des détenus les plus âgés et au locuteur en tant que détenu appartenant à cette catégorie, et non en raison de ses actes. Il n’est pas acteur, mais objet de cette contrainte ontologique.

Cette faiblesse ontologique est contrebalancée par la place qu’il s’attribue auprès du chercheur. En plus de se positionner comme sachant, par le fait de construire différentes catégories de détenus et de se positionner comme extérieur à cette catégorie et à cette catégorisation (« c’est les détenus […] apparemment », tours 30‑32), il reprend une place d’acteur apte à gérer cette dernière.

Le détenu comme médiateur interculturel ?

Définitions, reformulations, interpellations de son interlocuteur et modalisation : les traces linguistiques et discursives attestent d’un discours explicatif, voire didactique, avec des procédés d’objectivation (Halté, 1987). Par conséquent, nous proposons, pour ce contexte précis, d’envisager également l’entretien comme la manifestation d’une compétence interculturelle6, au sens de Louis Porcher, entre deux communautés dont les valeurs diffèrent. Communauté est ici non pas considéré comme un groupe linguistique ou national ou civilisationnel, mais comme un « groupe social dont les membres vivent ensemble, ou ont des biens, des intérêts communs » (disponible sur : https://dictionnaire.lerobert.com/definition/communaute [consulté le 14 nov. 2024]). Culturel réfère à ce « qui relève des acquisitions sociales, du milieu dans lequel on vit » (disponible sur : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/culturel/21073 [consulté le 14 nov. 2024]). Interculturel « concerne les rapports, les échanges entre cultures […] différentes » (disponible sur : https://dictionnaire.lerobert.com/definition/interculturel [consulté le 14 nov. 2024]), dont nous avons vu supra qu’elles diffèrent dans et hors de la prison en termes de représentations et de normes. Le détenu, dans cette séquence, manifeste en effet une capacité de :

  • ouverture à l’altérité (Porcher, 1999, p. 226) et développement de capitaux interculturels (ici, dans la confrontation des valeurs extra et intra-carcérales, note de l’auteure) ;
  • connaissance de soi – « L’interrogation identitaire de soi par rapport à autrui fait partie intégrante de la démarche interculturelle » (Abdallah-Pretceille, 2003, p. 10) ;
  • négociation des rapports entre ses propres croyances, attitudes et significations et celles de l’Autre (Byram, 1997, p. 12), i. e. mettre fin à l’ethnocentrisme (dans une moindre mesure ici, note de l’auteure) ;
  • compétence d’interaction et d’analyse ; autrement dit, il s’agirait plus de « compréhension » que de « connaissances » sur l’Autre (Dervin, 2004, p. 5).

Le détenu, qui n’inscrit pas ici sa détention comme normale mais comme une rupture biographique (Chantraine, 2005), présente ces normes comme apparemment inconnues auparavant. Il se positionne ainsi comme médiateur interculturel, non pas au sens de participant à une résolution de conflit interculturel, mais comme passerelle entre deux cultures, celle de la prison et celle de la société à laquelle appartient le chercheur. Il éclaire un univers culturel, inconnu du chercheur, il se construit comme un intermédiaire entre ce qu’il postule que ce dernier maîtrise et un lieu dans lequel il est affaibli et manifeste son ignorance.

Perspectives ouvertes par cette étude de cas pour l’analyse du discours

Dans la complémentarité entre approche qualitative et approche quantitative, l’étude de cas permet de formuler des hypothèses à mettre ensuite à l’épreuve sur des données plus massives afin de tester les récurrences effectives. Premièrement, l’analyse de ce court extrait a montré l’émergence simultanée de l’expression d’une grande vulnérabilité, celle d’une catégorie particulière de détenus (les détenus âgés systématiquement associés à des auteurs de crimes sexuels) et un positionnement interactionnel qui reconfigure les rapports de force entre chercheur sachant et détenu, dont la figure est déconsidérée dans l’espace social. Elle incite à représenter l’entretien comme une voie d’accès aux jeux de reconstruction identitaire mise en œuvre lors de cet exercice, pour le détenu, avec la coopération du chercheur, affaibli par le terrain.

Cependant, on peut se demander si celle-ci est propre à ce détenu ou si l’entretien de recherche en milieu carcéral peut effectivement être un moyen pour le détenu d’agir, par sa connaissance du terrain d’étude, et par la nature de ce terrain, sur les places institutionnelles. Ici, le détenu a adopté les modalités du discours explicatif, voire didactique, encouragé par les interactions avec le chercheur. Ce positionnement était prévisible si l’on se référait aux démarches de reconnaissance du chercheur soulignées en sociologie. Cependant, là encore, on peut faire l’hypothèse que tous les détenus n’adoptent pas un tel positionnement, indépendamment de l’attitude du chercheur – ici fragilisé, mais d’autres peuvent être plus expérimentés et habitués à travailler en zone de détention – et ce, notamment, en fonction de leurs visées, de la place qu’ils accordent à l’entretien (Demazière, 2004).

Enfin, nous n’avons pas traité un autre aspect émergent de l’extrait présenté ici, à savoir les ellipses effectuées par le détenu comme par le chercheur dès qu’il s’agit d’indiquer les causes effectives de l’incarcération ainsi que les violences auxquelles est exposé le détenu en raison de sa spécificité. La question de la dicibilité du crime / de la faute lors de ces entretiens reste à explorer ainsi que les mécanismes de détournement mis en œuvre en contexte. Comme nous l’avons indiqué, il est explicité que le motif d’incarcération n’intéresse pas le chercheur, mais celui-ci est en arrière-plan de différentes séquences.

Annexe

[acq]

acquiescement par l’interlocuteur (fonction phatique du langage)

/

pause

#

chevauchement de parole

[r]

respiration

X

parole inintelligible

aaa-

mot tronqué

[ent=]

entité

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