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Couverture de Vulnérabilités en situation (Edul, 2025) Show/hide cover

Exprimer et narrer le vécu de vulnérabilité en santé

Entre description située et récit biographique

Expressing and narrating the lived experience of vulnerability in healthcare: between situated description and biographical narrative

Introduction

La perspective empruntée dans ce texte pour procéder à l’examen des formes du discours, des manières de dire et d’exprimer les vécus de vulnérabilité en situation, est dite en première personne (Depraz, 2013). Il s’agit, selon cette perspective, d’examiner les régimes de la mise en mots, puis de la mise en récit du vécu des personnes faisant l’expérience concrète d’une fragilité, d’un effondrement, d’une perte momentanée ou durable de l’agentivité. La posture dite en première personne suppose une mise en mots de l’expérience située qui s’élabore à partir d’une donation vive du vécu, se donnant au souvenir par évocation lors de l’expression. Cette posture engage une forme d’immersion narrative – qui s’amorce à partir de ce que Pierre Vermersch (2011 ; 2017) nomme évocation – qui s’opère par contact direct avec les data sensibles déposées en mémoire. Cet aspect de l’activité narrative mérite un examen, car il est de nature à éclairer à nouveaux frais des dimensions expérientielles de la vulnérabilité éprouvées par le sujet sans que celles-ci soient nécessairement thématisées.

L’étude conduite dans ce texte va mobiliser de manière principale deux régimes d’expression : celui de la description microphénoménologique et celui de la narration biographique. Le premier de ces régimes met en lumière de manière microgénétique et située les modes de donation de la vulnérabilité en situation ; celui de la narration biographique a comme propriété de permettre l’expression selon une perspective longitudinale des retentissements des vécus de vulnérabilité dans le cours de l’existence. C’est donc par l’examen des effets générés par la mobilisation de ces régimes narratifs que le vécu de la vulnérabilité est appréhendé, l’hypothèse étant faite que leur articulation au cours de l’expression en première personne permet de mettre en lumière la variation des degrés d’intensité quant à la réduction de l’agentivité et d’interroger les formes de temporalité associées à sa manifestation.

L’étude présentée s’organisera à partir de l’examen des données générées par un entretien qui articule les régimes descriptif et narratif, le premier appréhendant un vécu situé lié à une perception d’insuffisance respiratoire, une partie des données étant associée à l’immersion dans une situation dont l’ambiance diffuse est teintée d’inquiétude, de crainte et de perception d’étouffement. Le second intègre une durée d’expérience plus vaste, par collecte des souvenirs passés se donnant en écho et rappel du vécu situé de l’expérience de vulnérabilité précédemment évoquée, et faisant émerger les perspectives inscrites biographiquement d’une condition d’existence partiellement vulnérable. Par cette étude, une approche comparative des effets de différents régimes d’expression dans l’expérience vécue de la vulnérabilité et, en particulier, des effets de l’inscription d’une situation singulière dans différentes échelles temporelles est formalisée.

La situation de vulnérabilité : perspectives expérientielles et situées

Comment penser les régimes d’expression du ou des vécus de vulnérabilité en situation ? Pour Charles-Sanders Peirce (1879), l’agentivité du sujet en situation est dépendante de la manière dont il définit lui-même cette situation, à partir des effets qu’il peut envisager quant aux actions qu’il entreprend. Cette définition peircienne enracine la situation en relation avec la capacité du sujet à se percevoir agissant. Par ailleurs, une situation de bonne santé peut être caractérisée à partir d’un mode d’existence du sujet non teinté par des indices ou des traces de fragilité, de vulnérabilité, d’instabilité. Cette proposition apparaît compatible avec la définition de la santé proposée par René Leriche (2009 [1936]) : « La santé, c’est le silence dans la vie des organes ». Selon cette proposition, la situation vécue de santé est celle durant laquelle le corps ne parle pas, voire n’existe pas en tant que sujet vivant pour le sujet agissant. En d’autres termes, l’état de santé serait un état à partir duquel le sujet peut oublier son corps : soit, ne pas s’en soucier, le laisser fonctionner sans attention particulière.

Selon ces deux définitions, l’entrée en vulnérabilité dans le domaine de la santé résulte d’une triple rupture d’évidence : modification du rapport au corps devenant présent et parlant ; rupture d’un mode d’existence, du fait de la réduction de l’agentivité ; changement de perception du fait d’une réduction de la capacité d’agir. Elle signe alors la fin de l’insouciance, la fragilisation du volontaire, la confrontation aux manifestations de la vie sensible. Ce sont ces processus qui sont mis en examen dans l’étude présentée dans ce texte : irruption du vécu du corps produisant les perceptions de vulnérabilité en santé ; effet de fissuration du sol de la situation qui, dans la quotidienneté, se donne avec la force de l’évidence ; interrogation sur les modes d’existence du sujet selon une perspective biographique.

Narrer les vécus de vulnérabilité : entre description icrophénoménologique et narration biographique

Si la théorie pragmatiste avance l’idée que la situation vécue comporte une logique qui régit les formes de l’agir du sujet, la perspective phénoménologique appréhende cette notion à partir d’un sol, celui de la vie sensible (Bégout, 2000). Ce sol, c’est le corps, en tant qu’il incarne le sujet dans les situations concrètes de son existence, de manière silencieuse et tacite. Cette part sensible de l’existence émerge en relation avec le milieu vécu par intégration expérientielle qui conjugue différents plans : sensitif, perceptif, ambiantiel. Ces strates de vécu (Petitmengin, 2010) se donnent dans la situation de manière intégrée et synthétique. Cette donation apparaît pour le sujet sur un mode presque solide, ferme et naturalisé. Elle teinte les situations vécues de ce qu’Alfred Schütz (1987 [1943]) nomme l’évidence du monde naturel, cette évidence étant éprouvée sur un mode plein et complet. Vivre la vulnérabilité, c’est de ce point de vue faire l’expérience de la discontinuité, de l’érosion, de la fissuration ou de la dissolution de ce sentiment d’évidence. Cette perte peut être soudaine ou graduelle, diffuse ou massive, continue, cyclique ou chronique. Elle tend à fragiliser ou à produire un effondrement du sol, qui est celui à partir duquel se déploie la quotidienneté (Bégout, 2009).

Cette rupture dans la transparence de la vie quotidienne peut également être liée à ce que Francisco J. Varela (1995 ; 1999) a nommé breakdown ou perturbation, une expérience de rupture dans la disponibilité à l’action (readiness-to-action) qui caractérise la manière routinière d’habiter le monde. Face à un événement inattendu, il y a un changement relativement soudain du mode d’attention et de la tonalité émotionnelle, ainsi qu’une perte de l’immédiateté de l’action – un nouveau monde est habité (et, en conséquence, un nouveau soi émerge également, un phénomène que F. Varela a appelé l’émergence de micro-mondes et de micro-identités). La perte de transparence et d’immédiateté de la relation avec son propre corps peut faire partie de l’une de ces expériences perturbatrices, dans lesquelles un sens du monde et une manière d’agir qui lui correspond n’étaient pas disponibles auparavant pour le sujet. Cette perte de transparence est également au cœur de la définition de la vulnérabilité présente dans certaines études sur la phénoménologie de la maladie ; comme le souligne Robyn Bluhm (2012), en se référant aux travaux de Havi Carel, la maladie peut être décrite comme une expérience de trahison du corps, de sentiment d’aliénation de son corps. L’expérience du corps sain, à l’inverse, serait de prendre le corps comme donné, transparent. Dans la vie quotidienne, cette transparence se présenterait alors comme une illusion d’invulnérabilité1.

La vulnérabilité advenant avec la maladie comporte d’autres aspects, qui ont été différenciés par Paul Ricœur (2013 [1992]) entre douleur et souffrance. Ces différenciations produites par P. Ricœur conduisent à distinguer le pâtir du souffrir, le premier relevant de la manifestation située de la maladie, le second se manifestant à l’échelle des modes d’existence. Selon cette perspective, le pâtir réfère aux manifestations de la maladie vécues par le corps en situation, le souffrir à des manifestations qui se donnent à vivre à l’échelle de l’histoire du sujet. Pour être appréhendés par le langage, ces deux plans de la donation expérientielle de la maladie supposent des modes narratifs distincts (Breton, 2022). L’examen des phénomènes vécus à l’échelle de l’expérience située doit mobiliser une mise en mots d’ordre descriptif qui fait droit à l’expression microprocessuelle des phénomènes éprouvés. Un deuxième narratif doit être mobilisé pour l’expression du vécu appréhendé de manière longitudinale, soit à l’échelle de l’histoire de vie du sujet.

Il est important de considérer que l’expérience de la maladie, et en particulier l’expérience de la maladie chronique, suscite très rapidement un régime narratif. L’expérience de la vulnérabilité liée à la maladie chronique tend à se présenter dans une temporalité élargie et à toucher plus directement le sens même d’identité de celui qui la vit. De manière plus immédiate que dans d’autres expériences se mettent en jeu dans ce cas une dimension existentielle et, en même temps, un contexte culturel, situé (Synnes et al., 2020). C’est donc un phénomène qui tend à être narré, c’est-à-dire agencé dans une temporalité plus longitudinale et en relation directe avec une histoire et un contexte biographique. La vulnérabilité en matière de santé est donc devenue un objet d’intérêt pour la recherche sur la construction de récits et le travail narratif. Il y a une tradition d’études narratives sur l’expérience de la maladie chronique (Janner-Raimondi, 2020 ; Depraz, 2020b) et, dans la recherche qualitative sur la santé, cette tradition souligne le fait que la maladie est un phénomène biographique autant que biologique (Synnes et al., 2020). Entre douleur et souffrance, l’expression du vécu de la maladie peut donc croiser des régimes narratifs distincts, potentiellement complémentaires au cours de l’expression.

Cette complémentarité potentielle fait l’objet d’un examen au cours de la section suivante, l’objet de l’étude proposée étant de caractériser la singularité de la description microphénoménologique et de la narration biographique ainsi que leurs complémentarités pour l’expression des vécus de vulnérabilité en santé. L’étude est conduite à partir d’une courte enquête réalisée auprès d’une personne adulte faisant l’épreuve de la gêne respiratoire, celle-ci étant sollicitée pour exprimer son vécu au cours d’entretiens qui croisent les approches du récit de vie et celle de la description microphénoménologique. Cette enquête, d’ordre narratif, permet de caractériser les temporalités relatives à l’irruption du vécu de vulnérabilité et d’en examiner, de manière longitudinale, les retentissements pour le sujet qui les éprouve. Ces éléments permettent ensuite de structurer différents scénarios dont l’enjeu est de comprendre les formes d’inscription biographique des vécus de vulnérabilité dans l’histoire du sujet, ainsi que leurs modes de donation, en tant que présence latente, et/ou en tant que dynamique d’effondrement momentané ou durable.

Récit en première personne et données narratives d’une situation de vulnérabilité : irruption du corps, réduction de l’agentivité et réminiscence biographique

Les données examinées proviennent d’un entretien conduit en 2017, d’une durée de 35 minutes environ. Il s’agit d’un entretien de recherche conduit dans des locaux universitaires, la visée du chercheur étant annoncée dans le contrat (recueillir des données expérientielles sur le vécu de la vulnérabilité en santé) ainsi que la méthode de guidance (mobilisation d’une approche narrative fondée sur le séquençage des unités temporelles et sur la description du vécu à partir de ses dimensions aspectuelles). Cet entretien, conduit selon une perspective microphénoménologique (Depraz, 2020a), a été proposé dans le cadre d’une recherche sur la bronchopneumopathie chronique obstructive (Bremond et al., 2021). Durant cet entretien, une femme de 45 ans est conduite à décrire l’irruption d’un phénomène associé à l’insuffisance respiratoire advenant alors qu’elle participe à un moment festif. La situation explorée durant cet entretien concerne un vécu de vulnérabilité durant lequel le vécu du corps envahit le champ de la perception, ce qui provoque une rupture d’adhérence avec l’ambiance qui fonde la situation, et ce qui transforme le rapport au temps en induisant une interrogation d’ordre existentiel et biographique (Ricœur, 1983).

Dans cet entretien, la personne interviewée évoque et décrit un épisode de crise de toux qu’elle a vécu lors d’une fête d’anniversaire, alors qu’elle dansait, et durant lequel elle s’est sentie obligée de s’arrêter, du fait d’un essoufflement qui s’est intensifié de manière graduelle. Cette crise s’inscrit dans le cadre d’une histoire de maladie antérieure, une bronchite diagnostiquée quelques semaines plus tôt et une pneumonie quelques années auparavant.

Exprimer la vulnérabilité en première personne : perspective située

Comme cela a été dit précédemment, durant l’entretien dont il est question pour cette recherche, les régimes de la description microphénoménologique et de la narration biographique se croisent. Dans un premier temps, la personne interviewée a été invitée à décrire, selon un régime de description expérientielle et microprocessuelle, son vécu situé dans la situation qui constitue l’épisode d’essoufflement lors de la fête. Le régime descriptif, en mettant l’accent sur le ressenti du corps, se focalise sur l’expérience de la vulnérabilité dans laquelle le corps cesse d’obéir (ou, comme le dit H. Carel, ce moment où le « corps trahit ») (Bluhm, 2012). La description du ressenti corporel se présente au cours de l’entretien sous cette forme de « trahison » et de perte relative d’agentivité qui en découle1. Toujours au début de l’entretien, l’interviewée évoque des éléments de son histoire biographique en décrivant cet épisode d’essoufflement, replaçant ce moment particulier de vulnérabilité dans une histoire de maladie (extraits 1 et 5). Cet épisode apparaît alors comme un élément dans le contexte plus large d’une bronchite qui dure depuis deux semaines et, simultanément, dans une histoire encore plus longue de maladie pulmonaire, une pneumonie contractée deux ou trois ans plus tôt. Lorsque l’interviewée évoque l’histoire de sa maladie, le régime du récit biographique est mobilisé dans l’entretien. Ce passage du régime descriptif au mode narratif d’orientation longitudinale et biographique n’est pas induit par les actes de guidance durant l’entretien. Il survient presque à l’encontre de la visée du chercheur, dont l’accompagnement orientait le discours de l’interviewée vers une modalité de mise en mots du vécu d’ordre descriptif. Prenant acte d’un franchissement de l’expression située à l’appréhension biographique du vécu chez la personne interviewée, les relances encouragent alors dans la seconde partie de l’entretien l’exploration de ces aspects biographiques du vécu de l’insuffisance respiratoire. Ici, plutôt que de supposer à l’avance que le récit biographique compromettrait le régime descriptif, il a été choisi d’explorer la manifestation de la vulnérabilité en conjoignant les deux plans : le descriptif et le biographique. L’entretien évoque ainsi des souvenirs qui ne correspondent pas directement au souvenir du vécu de référence (la situation d’essoufflement lors de la fête). Il est possible d’observer, ici, que le régime descriptif et le régime narratif restent congruents, c’est-à-dire que les deux régimes permettent la mise en mots d’une expérience de vulnérabilité qui semble être une « totalité » pour l’interviewée ; l’expérience se produit, en même temps, comme un épisode singulier, capable d’être décrit dans sa dimension corporelle, et narré comme une figure dans un arrière-plan, un épisode dans lequel les souvenirs sont mélangés pour composer un tissu de caractère plus biographique.

Dans cet entretien, l’expérience de la vulnérabilité est donc saisie de deux manières distinctes, en fonction du régime d’expression adopté. La présentation et l’examen des données sont réalisés selon une logique concentrique, qui s’amorce à partir de l’examen du vécu dans une situation de référence, le périmètre de ce vécu étant ensuite élargi pour intégrer la perspective longitudinale du parcours de vie. Dans les paragraphes qui suivent, la notion de « vécu de référence » indique donc la situation concrète, le biographique étant associé au parcours de vie.

Première cartographie des données narratives

Dans sa description du vécu de référence, il est possible de distinguer trois phases, qui adviennent de manière successive durant une période temporelle qui s’étend sur une durée de 20 minutes environ :

  1. l’interviewée rapporte avoir une quinte de toux en dansant et avoir du mal à respirer ;
  2. progressivement, elle s’arrête de danser et quitte la pièce pour aller à la cuisine ;
  3. elle quitte la cuisine et sort prendre l’air, où elle fume une cigarette.

Le passage de la première à la deuxième étape apparaît à l’interviewée comme un moment de rupture, dans lequel sa perception du corps et de l’environnement change de façon substantielle, voire radicale. Chacune de ces séquences est explorée au cours de l’entretien en visant la description de l’expérience sensorielle et du vécu corporel. C’est au cours de cette description qui réfère à la situation concrète que l’interviewée oriente la mise en mots vers des vécus liés à son histoire personnelle, en évoquant des moments éprouvés de gêne respiratoire situés en dehors de la situation de référence, ces moments s’imposant lors de la mise en mots et semblant nécessaires au narrateur pour compléter la description du vécu dans la situation de référence.

Phase 1 : identification de la situation de référence

H. B. :

Donc je te propose de revenir au moment de la toux qui précède la séquence de la danse. Cette séquence de toux, elle se passe combien de temps avant ?

C. :

En fait, là, c’est compliqué à te dire parce que c’est… C’est certainement une bronchite à la base, et une bronchite qui datait d’il y a peut-être déjà quinze jours, trois semaines où je [ne] me sortais pas de cette toux. Donc je suis allée voir le médecin qui m’a dit que c’était une rhino… voilà… mais que c’était le temps qui faisait ça et que… voilà… il n’y avait rien de spécial à faire. Donc le médecin… c[e n]’était pas du tout inquiétant.

La description du vécu associé à la situation concrète suppose, pour la personne interviewée, d’être située dans une séquence d’une durée de deux à trois semaines, qui s’amorce avec l’irruption des symptômes de la bronchite, et durant laquelle la visite chez un médecin constitue un des moments saillants.

Phase 2 : les sensations corporelles remplissent le champ de conscience

H. B. :

Ok. Si j’en reste encore de nouveau sur… tu sens que le corps est fatigué, que le cœur palpite… Tu te dis quelque chose sur ce moment-là ?

C. :

Eh bien, sur ce moment-là, je me dis que je dois avoir une sacrée bronchite, voilà… enfin… je [ne] sais pas…

H. B. :

Tu te dis que tu vas avoir ou que tu dois… ?

C. :

Non, que je dois avoir une vraie vraie bronchite, et pas seulement une petite dose… Et puis, après, j’étais allée voir le médecin qui m’avait dit que j[e n]’avais rien. Et, en même temps, tu te poses la question de savoir quand même si tu [n’]as pas quelque chose à tes poumons. Voilà. Enfin… Je [ne] sais pas si je suis très…

H. B. :

Si, tout à fait. En sentant ces sensations, tu… c’est quoi ? C’est l’émergence d’un doute ou… ?

C. :

Oui. Oui, c’est… Tu te questionnes, tu te dis : est-ce que c[e n]’est pas autre chose qu’une bronchite, ou une rhino, ou je ne sais quoi ? Est-ce que c[e n]’est pas plus grave, en gros ?

Dans cet extrait, le champ de conscience se trouve rempli par un contenu associé au vécu de la gêne respiratoire. La manifestation de ce remplissement s’opère à partir d’un étonnement survenant du constat de l’intensité des symptômes, et du contraste entre l’éprouvé en situation et ce qui avait été retenu des dires du médecin précédemment consulté. Cet étonnement se propage ensuite sous la forme d’un doute, puis d’un questionnement portant sur la gravité de la situation vécue, gravité qui n’est pas caractérisée dans ses composantes par la personne.

Phase 3 : l’expérience du corps transforme la situation vécue

H. B. :

Mais est-ce qu’il y avait eu un épisode particulièrement intense de toux qui précède, je ne sais pas, de quelques minutes ou de quelques heures l’événement que tu as signalé ?

C. :

C’est difficile à dire parce que la toux était assez constante. Mais, là, elle était d’autant plus forte et d’autant plus dérangeante que j’étais en train de danser et que, du coup, elle m’empêchait de…

H. B. :

D’accord.

C. :

… de m’amuser, en gros.

[…]

H. B. :

Comment tu fais pour percevoir que le corps n’est pas dans la cadence ?

C. :

Parce que tu peines à respirer et tu [ne] peux pas continuer… ton corps, il [ne] veut plus.

Le remplissement du champ de conscience s’intensifie au rythme de l’absence d’interruption de la toux. Cette intensification a pour effet d’empêcher la participation du sujet au monde ambiant, jusqu’à venir interrompre l’activité, celle de la danse durant le moment de fête. Ce phénomène dégrade la dynamique énactive (Varela, 1995) en rendant le couplage sujet/monde problématique. Le vécu de vulnérabilité se caractérise alors sur le mode de la fragilisation de la relation au corps, qui s’accompagne de la fragilisation de la relation avec le monde ambiant.

Bien que l’interviewée veuille continuer à danser (et rester en congruence avec l’atmosphère festive qui la traverse), elle ne le peut pas, car son corps ne le permet pas. L’ambiance éprouvée (Bégout, 2000), vécue initialement comme une enveloppe à tonalité festive, se désagrège du fait de la centration sur soi qui génère une perception d’extériorité avec le monde ambiant.

C. :

Parce qu’une fois que j’arrête de danser, je [n’]ai plus de raison d’être dans le salon vu que tout le monde dansait dans le salon.

[…]

Hormis, après, rester sur une chaise, mais là, c[e n]’était pas l’objectif… Donc je préfère carrément… Soit je suis dans la fête et je bouge avec les autres, soit je sors […]. Et en sortant du salon, là, mon corps, du coup… je me sens mieux. Il [n’]y a plus trop la musique. Il [n’]y a plus les gens. Donc je suis avec moi-même, ce qui n’était pas le cas avant, vu que j’étais entourée de monde, avec des spots, de la lumière, du bruit. Là, voilà, je suis aussi moi-même avec moi-même, et mon corps est… voilà… directement confronté à mon corps. Et donc, à ce moment-là, précisément, je sens un point.

La perte de confiance résultant de l’irruption du corps en tant que phénomène éprouvé a pour effet de rompre la participation avec la dynamique de la situation et le monde ambiant. Il en résulte une perception d’extériorité synonyme de rupture d’évidence, celle-ci étant renforcée par les ressentis corporels vécus comme désagréables ou inquiétants.

Exprimer la vulnérabilité en première personne : la situation est-elle nécessairement débordée par l’histoire ?

La section précédente a permis de présenter le vécu de vulnérabilité à l’échelle de la situation, et ainsi de caractériser trois phénomènes : le remplissement du champ de conscience, l’irruption du vécu du corps et la perte de contact avec le monde ambiant. Cette dimension du vécu peut être qualifiée de profonde en tant qu’elle comporte un périmètre réduit et un niveau de détail qui permet d’accéder aux strates du vécu dans la situation éprouvée : horizons de perception, régimes de participation, mode de présence… Le régime de la description génère la caractérisation des composantes de la vulnérabilité sur cette dimension profonde du vécu au cours de l’entretien : centration de la perception sur le corps, changement de la tonalité ambiantielle du vécu, remplissement de la conscience par les perceptions corporelles. Ces processus peuvent sembler advenir dans la situation à partir des perceptions situées. Cependant, cette dimension latérale semble elle-même sous-tendue et étayée par une seconde dimension, d’ordre longitudinal.

C. :

En dessous les côtes, mais j’ai eu une grosse pneumonie trois ans avant. Donc les points me font peur. Et la pneumonie, bon, là… voilà… c’était suite à une grippe, il y a eu des complications, ça m’a provoqué une pneumonie. Et donc, là, en revanche, ça m’avait… J’avais aussi une grosse toux avec des glaires terribles, c’était… Et là, j’avais déjà un point, mais celui-là était en continu… en continu et c’est encore une autre chose. Mais, du coup, le fait… […] Non. Après, il s’est arrêté, sauf que, là, quand j’ai ressenti cette sensation du point que je n’avais pas ressenti depuis ma pneumonie, ça m’a rappelé des souvenirs de ce qui avait pu se passer des années précédentes […] de ma pneumonie, deux ans avant.

[…]

Que c’est pas tout à fait la même chose, parce qu’il [n’]était pas situé au même endroit et qu’en plus, le point de la pneumonie, c’était une douleur, une brûlure beaucoup plus importante. J’avais vraiment le sentiment d’une grosse brûlure. Là, je n’avais pas la brûlure. J’avais un point, mais pas de brûlure.

L’irruption de ce souvenir rend manifeste l’enchâssement des temporalités associées au vécu de vulnérabilité, la dimension contemporaine de l’expérience semblant se donner en relation avec un sol constitué, celui d’une expérience passée se proposant alors comme le socle référentiel. Cette perspective vient complexifier le statut du vécu de référence dont le périmètre temporel ne peut être strictement défini à partir des bords de la situation, celle-ci apparaissant fondée selon une dynamique de feuilleté temporel. En effet, le sens de l’expérience située apparaît à la personne, au cours de l’entretien, comme indissociable de son histoire. Un peu plus loin dans son récit, elle indique que le sentiment d’appréhension déclenché par la crise de toux et d’essoufflement (le vécu de référence de cet entretien) est lié à une peur de détérioration de son état de santé. La crise est vécue dans la situation en référence à des moments paroxystiques de bronchite au cours de son histoire, ce qui l’a conduite à craindre qu’elle ne soit pas complètement guérie, voire que la manifestation de la bronchite dans la situation concrète soit la résultante d’un processus d’aggravation ayant évolué à bas bruit. Ces moments paroxystiques déjà passés de la bronchite aiguë apparaissent alors, dans le récit, en résonance avec le vécu éprouvé dans la situation concrète, en se proposant sur le mode du contraste et de la comparaison pour définir une limite atteignable et supportable pour l’épreuve de la gêne respiratoire. Ils comportent un statut ambivalent : ils évoquent la crainte, tout en se donnant en tant que terrain connu lors de l’épreuve d’insuffisance respiratoire dans la situation concrète. La personne sait qu’elle n’est pas confrontée à quelque chose de complètement nouveau ou inconnu.

Régimes narratifs et modes d’expression des vécus de vulnérabilité

Dans le cas de cet entretien, il s’avère que l’utilisation des deux régimes d’expression était nécessaire pour que l’interviewée puisse narrer de manière complète le vécu en situation. Selon P. Ricœur (1983), pour que le narrateur considère que son récit soit complet, celui-ci doit comporter la bonne étendue et contenir les éléments qui apparaissent nécessaires à l’histoire. C’est à partir de ce critère de complétude que l’activité narrative de la personne interviewée peut être analysée : elle amorce la mise en mots via la description, puis mobilise des dimensions biographiques, car sans elles, le récit ne lui apparaît pas comme complet. Il dépasse le cadre de ce texte de tenter de définir et de caractériser les causes de ce sentiment de complétude/incomplétude du récit. Des hypothèses sont possibles, mais cet entretien ne fournit pas à lui seul des éléments suffisants pour choisir entre l’une ou l’autre. Il est possible de comprendre que les éléments biographiques viennent apporter ce qui, du point de vue de l’interviewée, était « manquant » dans la description microphénoménologique. Ces éléments, liés aux souvenirs biographiques de la maladie, peuvent avoir été évoqués pour différentes raisons :

  • parce qu’ils étaient eux-mêmes présents/contenus dans le vécu de référence et qu’ils ont été vécus pendant la situation décrite (soit comme des souvenirs, soit comme une présence en arrière-plan) ;
  • parce qu’ils viennent remplir une fonction au moment de l’entretien (fournir des éléments d’information à l’intervieweur, donner du sens à ce qui est décrit d’un point de vue microphénoménologique ou aux affects qui émergent lors de l’évocation de ce vécu, etc.).

Ces hypothèses ne s’excluent pas mutuellement, c’est-à-dire que les souvenirs peuvent, par exemple, venir remplir une fonction de clarification ou de communication avec l’intervieweur au moment de l’entretien et, en même temps, avoir été présents d’une certaine manière dans la situation vécue. Bien que cela soit difficile de discriminer précisément ce qui s’est passé dans le cas de cet entretien particulier, il est possible d’affirmer que, pour la personne interviewée, la narration biographique était nécessaire pour compléter la description microphénoménologique, et/ou que l’évocation de la vulnérabilité dans une situation donnée génère l’éveil d’une constellation de souvenirs associés qui, dès lors, s’imposent au narrateur au cours de l’expression, et/ou que l’expression de la vulnérabilité réactive la sensation de perte d’évidence du monde naturel et suppose pour le sujet de revenir aux premiers moments de fissuration éprouvés. Le déroulement de l’entretien a choisi de suivre ce régime d’expression et de ne présumer d’aucune de ces hypothèses au préalable dans la formulation des relances. Comme l’indique Natalie Depraz (2022), l’objet joue un rôle sur la méthode ; le passage de la description microphénoménologique au récit n’est pas dû à un choix arbitraire du chercheur ou à une simple commodité méthodologique, mais à une exigence de l’expérience analysée, en raison de ce qui est ressenti par la personne interviewée comme une nécessité.

Agentivité, vulnérabilité et mémoire : éléments d’analyse

Face à une relance qui guide vers la description située du vécu de la vulnérabilité, l’interviewée évoque une échelle temporelle plus longitudinale, un parcours biographique qui donne sens à son expérience dans la situation présente. En même temps, la réinscription de ce vécu dans une histoire constitue pour la personne interviewée une source de doute et d’intensification de la perception de vulnérabilité. La situation concrète éprouvée est en effet alors interprétée selon une dynamique d’aggravation, suggérant le risque d’événements encore plus graves à l’avenir. Sur le plan biographique, la vulnérabilité apparaît sur le mode de l’appréhension de l’avenir et des conséquences de la situation actuelle sur son état de santé (extrait 2). Il existe une incertitude quant à la signification de ce qui lui apparaît (s’agit-il d’un symptôme de quelque chose de plus grave ?) et cette incertitude est inscrite dans une histoire de maladie antérieure. En revenant au niveau de la description, l’accent est mis sur cette perception de l’environnement telle qu’elle se produit dans la situation (sans l’interférence explicite de souvenirs ou d’une histoire personnelle).

Vécu de référence et variation d’échelle temporelle

La situation décrite dans l’entretien ne se manifeste pas comme isolable dans une chaîne de moments, comme un instant dans une séquence de situations singulières qui, alignées, composeraient un récit de vie. Cette situation semble contenir en elle-même, dans le cadre du récit en première personne, plusieurs couches temporelles qui se superposent de manière concomitante ; bien que distinctes, ces couches sont inséparables et composent le tissu expérientiel de la narration et de la description. Cependant, bien que les régimes d’expression mobilisent le même vécu de référence, la vulnérabilité se manifeste différemment selon son mode d’expression, narratif ou descriptif. Tout se passe comme si, pour bien décrire la situation singulière, il fallait aussi la situer dans une histoire. Ainsi, le passage d’un régime d’expression à l’autre se fait de manière fluide, et sans être demandé par celui qui conduit l’entretien.

Cette possibilité d’une variation d’échelle temporelle observée dans cet entretien soulève une question d’analyse qui ne peut être pleinement explorée dans cette contribution, mais qui mérite un développement ultérieur : quelle est la place de la mémoire biographique dans l’entretien qui vise à décrire un vécu de référence situé ? Le régime descriptif suppose l’émergence d’un souvenir, mais cherche à circonscrire ce souvenir au vécu de référence dont le périmètre est situationnel, avec pour conséquence d’écarter l’évocation d’autres situations. Cependant, dans cet entretien, la donation d’autres souvenirs advient par résonance biographique, comme si l’intensification de la profondeur de la description du vécu croisait la structure interprétative à partir de laquelle le vécu est signifié et historicisé.

Comme le souligne N. Depraz (2022), l’entretien d’explicitation – ou plus largement la description microphénoménologique elle-même – peut susciter un régime d’expression narratif, plus ou moins proche de celui de l’entretien biographique. Dans ce cadre, il est possible de suggérer une hypothèse complémentaire à celle de N. Depraz, à examiner dans de futurs travaux, qui part d’une conception bergsonienne de la mémoire, à savoir : que la perte relative du sens de l’agentivité qui accompagne l’expérience de la vulnérabilité et de la déconnexion avec le corps peut altérer la structure du moment présent, c’est-à-dire modifier la disponibilité à l’action (readiness-to-action, Varela, 1995) qui caractériserait la forme habituelle de l’attention ; cette rupture dans le mode d’attention faciliterait l’ouverture à l’expérience préréfléchie ou virtuelle (que, dans ce contexte, N. Depraz appelle sédimentée), qui deviendrait plus disponible à travers l’entretien microphénoménologique.

Vécu corporel, irruption du souvenir et accès à la mémoire

Si, selon une hypothèse bergsonienne, le corps et la conscience sont des ancrages dans le présent et sont au service de l’action, la perte du sens de l’agentivité augmenterait donc la propension à l’évocation des souvenirs. Dans le cas de cet entretien, où une douleur est décrite, il semble que la douleur elle-même soit porteuse d’une histoire ; elle est ressentie et vécue ainsi par la personne interviewée, même si c’est de manière préréfléchie. Pour pouvoir la décrire dans son épaisseur vécue, l’interviewée a également besoin de raconter des souvenirs liés à son histoire personnelle, des souvenirs qui étaient contenus (ou contractés) de manière préréfléchie dans la douleur vécue et qui ont pu être narrés lorsqu’ils sont devenus réfléchis, grâce à la description microphénoménologique1. La situation qui caractérise le vécu de référence au cours de l’entretien est donc potentiellement traversée par une perspective longitudinale lorsque l’histoire du sujet s’impose dans le récit, et ancrée en profondeur du fait de la densité de l’éprouvé dans la situation spécifiée. Selon la perspective bergsonienne, cette épaisseur chronologique semble être contenue de manière contractée dans un moment singulier, comme dans la forme de l’image du cône inversé2. Ce qui est vécu à un moment précis est vécu avec l’intégralité de l’existence (il contient, de manière contractée, l’ensemble de l’histoire vécue). L’accès à cette durée sédimentée et préréfléchie peut varier en degré, et mobiliser dans des mesures différentes la description et la narration, dans un va-et-vient entre ces pôles au fur et à mesure que les souvenirs deviennent présents.

Conclusion

Des travaux futurs pourront indiquer dans quelle mesure la méthodologie employée est capable d’avoir un impact sur les modes d’appropriation de ces expériences pour le sujet : la mobilisation d’un régime descriptif pourrait-elle aider le sujet à se déplacer dans le spectre des modes d’appropriation de son expérience de la vulnérabilité, en mettant l’accent sur son expérience présente et sur sa capacité à agir ? Par ailleurs, le régime narratif pourrait-il réinsérer les expériences de crise dans un panorama plus large et resignifier une situation momentanée de vulnérabilité ? L’examen des effets des différents régimes expressifs sur l’expérience du sujet interviewé permettra d’évaluer le potentiel de ces méthodologies en tant qu’outils d’intervention1.

L’articulation entre les régimes descriptif et narratif dans cet entretien montre une complémentarité entre eux, chacun exprimant des aspects différents de l’expérience de la vulnérabilité. Le régime descriptif met en évidence l’expérience de la perte d’agentivité par rapport à son propre corps et permet de mettre en mots une sorte de rupture dans la perception de soi et du monde en situation. Le régime narratif permet l’expression de l’expérience de la vulnérabilité selon une temporalité plus étendue, dans laquelle la situation actuelle prend sens par contraste avec des situations passées ; ici, la vulnérabilité est liée à un doute quant à l’impact de la situation sur sa propre histoire biographique et à une appréhension quant à son déroulement futur, devant lequel le sujet fait l’expérience de l’incertitude et de la perte relative d’agentivité. Le recours aux deux régimes d’expression permet de cerner plus complètement, du point de vue de la première personne, l’expérience de la vulnérabilité dans ses différentes échelles temporelles, déclenchant la possibilité non seulement de décrire la situation dans ses détails et dans ses dimensions préréfléchies, mais aussi d’exprimer le sens de cette expérience par rapport à une histoire, ce qui peut avoir un effet de (re)construction identitaire et de transformation de l’expérience de vulnérabilité. Cette articulation des régimes d’expression soulève également des questions conceptuelles et méthodologiques qui mériteront d’être approfondies, notamment afin de préciser ici les effets de la narration sur la perception de la vulnérabilité et la place de la mémoire dans cette articulation.

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