Les artistes contemporains qui créent ou adaptent via un autre médium une œuvre issue de la période romantique allemande s’engagent la plupart du temps à faire réagir le récepteur, à le faire sortir, au moins pour le temps d’un spectacle, d’une exposition ou d’un concert, d’une forme de torpeur dans laquelle la société contemporaine le plonge au quotidien. À la fois solitaire et voyageur cosmopolite enthousiaste, idéaliste et profondément meurtri, égocentré et tourné vers l’Autre, fasciné par le progrès et mettant en garde contre ses déviances et ses excès, le romantisme possède en son sein la dualité oxymorique qui constitue encore au 21e siècle le lieu de nombreuses inspirations. Aussi les contes favorisent-ils cet aspect, étant donné que de leur manichéisme naissent des possibilités et des potentialités artistiques infinies. Leur atemporalité peut donner lieu à l’insertion d’événements historiques, sociaux, économiques ou politiques qui n’existaient pas au départ. Ils servent de base – une base souvent connue et reconnue de tous, et transmise de génération en génération par l’éducation et l’enseignement – à d’autres récits, à d’autres réflexions. Ils se transforment au gré des intentions des artistes.
Médiateurs et passeurs, les artistes contemporains ne sont plus seulement là pour plonger le spectateur dans un univers féerique, merveilleux et éphémère : ils s’engagent, à travers des reprises, des créations et des recréations romantiques engagées, à délivrer des messages – en particulier sur l’homme et sa condition, sur les dangers de la surconsommation. Ils mettent en garde contre les problèmes écologiques et soulignent l’importance des enjeux climatiques et environnementaux. Si ces messages peuvent paraître à la mode, le recours au romantisme conduit à la volonté de repenser notre rapport à l’Autre et au monde en usant du Witz et en mettant en avant le besoin de « romantiser » le monde par les arts, à la manière des frères Schlegel.
Transposer dans le champ audiovisuel, pictural ou scénique le récit romantique représente un des outils de communication les plus universels, voire populaires. Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur le cinéma outre-Atlantique ou le marketing. Dans ce cas, le recours au romantisme s’éloigne de la volonté des artistes notamment francophones puisqu’il va de pair avec l’univers capitaliste précisément dénoncé par ces derniers. Les questions de la culpabilité, de la finitude, de l’altérité sont posées. Elles s’appuient sur des raisonnements anthropologiques et existentiels qui font de l’artiste contemporain un dandy rimbaldien ou, pour rester dans le romantisme allemand, novalissien encore plus tourmenté que l’original. Le fossé entre la nature et la ou les cultures, entre la magie et le réalisme, entre l’enfance et l’âge adulte semble se creuser encore davantage à l’heure actuelle et devenir, paradoxalement, de plus en plus une source d’énergie artistique.
L’urgence à montrer, à faire prendre conscience, à dénoncer, à critiquer fait des œuvres romantiques un jalon inépuisable pour un monde toujours en devenir, incertain, voire hostile. Aussi voit-on des artistes engagés à la fois dans leurs créations et dans la réalisation scénique de celles-ci, comme ces metteurs en scène soucieux de l’empreinte carbone de leurs spectacles : « Les scénographes confient […] à 57,8 % choisir leurs matériaux en fonction de leur impact sur l’environnement. Ils sont encore plus nombreux (65 %) à avoir préféré un matériau à un autre par choix écologique, et bien que son coût soit plus élevé »1.