La romantisation du monde (artistique) constitue l’idéal philosophique des théoriciens d’Iéna : faire en sorte que le monde porte les germes (écopoétiques) d’une renaissance. La création, en tant qu’énergie performative et potentialité, les manifestations de sa transmission, étroitement liées aux questions plurielles et protéiformes de traductions, de réceptions et de rewriting,offrentde nouvelles perspectives, questionnent le rapport dialogique avec l’Autre, qu’il soit interlocuteur direct, indirect ou simple médium. Espace de créations, de recréations, de singularités, de médiations et de remédiations, subversif et sacré, l’art sous toutes ses formes, envisagé par le romantisme, vise à réenchanter le Soi et l’Autour-de-Soi, à faire de l’hétérogénéité et du chaos apparents un lieu offrant infinitude et sublime.
Dans tout ce qu’il contient de contradictions, d’ambiguïtés et de magie oxymorique, le romantisme allemand a su inspirer bon nombre d’artistes contemporains qui ont puisé en lui la force de créer, de traduire, de transmettre tout un champ esthétique, émotionnel et psychanalytique. Ainsi constitue-t-il un continuum artistique en perpétuelle mutation qui fait de ses représentants des médiateurs et des passeurs universels. Qu’il s’agisse de simples récits, de contes, de romans ou de nouvelles, d’écrits théoriques, d’arabesques picturales, de Lieder ou d’opéras, les genres auxquels recourent les romantiques se caractérisent par une recherche constante de soi-même, en tant qu’individu et qu’être social. La correspondance entre les arts, leur relation synesthésique et sensuelle à la nature, la notion de frontière entre réalité et fiction, de passage de la veille au rêve, l’importance de l’enfance comme étape décisive en matière de transformations, de métamorphoses et, éventuellement, de trauma, placent symboliquement le romantisme au cœur du concept de représentation et d’altérité.
Aussi nous sommes-nous interrogée ici sur le sens du terme de « médium » en ce qu’il s’associe à celui de « relation » : libre et autonome entre l’artiste et l’œuvre originale (recréation), entre l’artiste et le récepteur (transmission et réception), entre les arts (intermédialité) ou d’un art vers un autre (transmédialité). Les enjeux poétologiques, didactiques et sémiotiques sont, à ce titre, convoqués puisqu’ils font partie intégrante du geste transmédial et proposent une analyse de la société. Bien souvent, les artistes partent des fractures sociales, des failles individuelles et collectives pour pousser le récepteur – spectateur ou auditeur – à réfléchir sur sa condition et sur son rapport à lui-même et au monde.
La démarche transmédiale présuppose une intention artistique qui fait de l’œuvre originale un produit hybride : elle renouvelle cette œuvre (sans chercher à la dénaturer), l’ancre dans une sorte de non-lieu puisqu’elle la décontextualise (sans la déraciner) et fait surgir des émotions nouvelles, existentielles et éphémères (donc non inscrites dans une quelconque finitude).