Chapitre 7
Être un jeune en situation de handicap psychique accompagné par un DITEP est la conséquence d’une séquence particulière d’événements. D’abord, des troubles graves du comportement à l’école ; ensuite, des tentatives échouées d’accompagnement du jeune et de sa famille, les troubles psychologiques des jeunes étant reconnus comme composante principale des troubles ; enfin, des formes diverses de précarité sociale et économique. Le retentissement sur la vie sociale et scolaire de ces éléments conjugués constitue le handicap. Pourtant, beaucoup de jeunes dont les comportements sont inadaptés à l’école ne sont pas orientés en ITEP. Ceux qui sont orientés en ITEP présentent un agencement particulier de caractéristiques qui participent, pour certains jeunes, à transférer dans le champ du handicap des verdicts d’abord économiques et sociaux. Il s’agira alors, dans ce chapitre, de comprendre ce que masque l’étiquette « en situation de handicap psychique » pour certains jeunes accompagnés par les DITEP.
Au cours de ces 50 dernières années, la nécessité de rendre, au moins en apparence, l’individu acteur de son existence a progressivement fait disparaître les causes de l’inadaptation au profit d’une compensation de ses conséquences. Les difficultés de scolarisation de certains élèves déviants, présentant à l’école des troubles du comportement et/ou des troubles des apprentissages scolaires, ont toujours été problématiques pour l’Éducation nationale. Elle n’a finalement jamais trouvé de solution pérenne, qui résiste aux transformations idéologiques et historiques, permettant de trouver une façon de scolariser ensemble des élèves aux dispositions et aux comportements hétérogènes. Comme le précise la loi de 2005, le handicap psychique, pour les enfants en DITEP, s’apparente à des troubles du comportement rendant difficile une scolarisation et une socialisation ordinaires. Les troubles du comportement, souvent mal définis, sont envisagés sous le joug de leurs conséquences sur la vie sociale et la vie scolaire et, sous certaines conditions, font entrer certains jeunes dans le champ du handicap. Ce passage est rendu possible par un double amalgame périlleux : d’abord, avec celui des autres handicaps, sensoriels, moteurs, mentaux, pour lesquels les diagnostics médicaux sont davantage fiables ; ensuite, par un amalgame avec les luttes légitimes des familles des adultes atteints de troubles psychiques cristallisés, pour obtenir la reconnaissance d’un droit à compensation des conséquences d’une maladie psychique, pour la participation à la vie sociale.
Il s’agit alors de comprendre les fonctions et effets cachés de cette procédure de labelling (Becker, 1985) que représente le statut de handicapé psychique pour les jeunes d’ITEP, en montrant comment derrière ce vocable de « handicapé psychique » se cachent diverses formes de handicap – ce que Pierre Bourdieu (1996) appelle « cacher en montrant », où il s’agit de montrer un objet social légitimé qui masque des objets plus discriminants. Bien sûr, chacun sait que nommer un handicap ne dit rien de l’extraordinaire diversité des formes que peuvent admettre les types de handicap pour les individus (sûrement autant que d’individus présentant telle ou telle caractéristique) ; mais pour les jeunes en situation de handicap psychique accompagnés par les DITEP, l’étiquette fonctionne comme des masques successifs qui, en enfouissant toujours davantage les racines des difficultés, participent d’une absence de compensation possible alors même que l’ambition affichée de la réglementation de 2005 est de remplir cet objectif de compensation.
À partir d’une caractérisation sociale des jeunes des DITEP sur le département de la Gironde associée à une observation ethnographique des Équipes pluridisciplinaires d’évaluation (EPE) (Brumaud, 2022), je mets au jour des masques qui invisibilisent des caractéristiques et les difficultés des individus et qui rendent caduque, pour certains jeunes, la possibilité même d’une compensation, c’est-à-dire la possibilité d’une réinscription durable sociale et scolaire.
L’étude des jeunes des DITEP de la Gironde met au jour quatre types de handicap distincts en DITEP, définis à partir des caractéristiques sociales des jeunes en fonction de déterminants sociaux sur lesquels repose chaque système proximal1 (Brumaud, 2022).
La première racine du handicap psychique est classique, je la nomme la racine psychique du handicap. Les difficultés de scolarisation de jeunes issus des familles traditionnelles appartenant aux classes privilégiées sont liées à une maladie psychique. Ce premier système proximal est homogène : les jeunes ont des parents mariés ou vivant ensemble, ils travaillent et ont accès à un capital économique élevé, leur fratrie est restreinte, un ou deux enfants. La famille ne présente pas de difficulté sociale. Les parents n’ont pas été placés. Les enfants vivent au domicile et ne bénéficient pas d’un autre suivi que celui effectué par l’ITEP. L’orientation des jeunes à partir d’un circuit sanitaire ou Sessad d’ITEP indique une difficulté psychique reconnue par l’expertise médicale. En effet, la notion de soin est au cœur de l’accompagnement par un Sessad d’ITEP. Le suivi est effectué en ambulatoire par une équipe pluridisciplinaire, à partir du domicile familial et vers un soutien à la parentalité et à la scolarisation. Il est accompagné de la mise en place de soins spécifiques pour l’enfant – orthophonie, ateliers thérapeutiques, psychothérapie individuelle, soutien scolaire – et doit permettre le maintien d’une scolarité ordinaire.
Le passage vers un accompagnement institutionnel des jeunes indique un échec de cet accompagnement et la nécessité d’un suivi global. De même, l’orientation à partir d’un circuit sanitaire ne dit rien de la stabilisation potentielle des troubles psychiques des jeunes ou de l’impossibilité à trouver une forme hospitalière d’accompagnement. Le suivi antérieur à l’orientation par le circuit sanitaire indique tout du moins un trouble de la personnalité reconnu par les médecins.
Dans la continuité de ce constat, la scolarisation des jeunes à l’intérieur de l’ITEP ou une scolarisation partagée entre l’ITEP et l’école corrobore la difficulté de scolarisation en milieu ordinaire comme étant la difficulté principale des jeunes appartenant à ce système proximal. Les jeunes font partie d’une classe sociale privilégiée qui ne présente pas de particularité, ni sociale ni familiale. L’orientation en ITEP peut alors être comprise comme un ajustement entre des troubles de la personnalité, qui se déclinent sous forme de comportements incompatibles avec une scolarisation en milieu ordinaire, et la capacité des parents, dotés de capital social, à trouver une solution adaptée à l’état psychique de leur enfant.
Je nomme la deuxième racine du handicap psychique le handicap socioculturel : famille nombreuse et classe moyenne-populaire composent ce système proximal qui s’apparente à la classe moyenne-populaire silencieuse. L’invisibilité de ce deuxième système m’a d’abord conduite à l’agglomérer avec le premier. Son examen plus précis m’enjoint de le faire apparaître comme un système à part entière. Non pour différencier la classe moyenne-populaire de la classe privilégiée, mais parce que l’absence de caractéristiques identifiables est le marqueur de son invisibilité. Ce système proximal est davantage défini par l’absence d’attribut spécifique plutôt que par des attributs particuliers. Les parents sont mariés ou vivent ensemble, ils habitent sur le secteur de l’ITEP. Ils n’ont pas été placés lorsqu’ils étaient jeunes et sont présents auprès de leurs enfants. Avoir trois enfants et plus représente le seul écart à la norme. Je reprends donc ici l’hypothèse d’un handicap d’origine socioculturelle, tel que François Sicot (2005) le montre dans son étude sur l’intégration des élèves handicapés. Sicot admet que le terme de handicap socioculturel n’est déjà plus guère utilisé en 2005, et qu’il fait controverse. Il montre pourtant qu’un mouvement de fond tend à orienter des familles défavorisées vers une prise en charge en IR (ancêtre des ITEP), sur la base d’une inadaptation au système scolaire due à des problèmes de comportements. Cette orientation est le plus souvent subie. Les parents abdiquent car ils n’ont pas les moyens de véritablement s’opposer à l’institution scolaire et à ses commissions. Cette forme de handicap, décrit dès les années 1960 par Pierre Bourdieu (1964), repose sur l’intériorisation de la responsabilité par les jeunes et leurs familles d’une inadéquation au système scolaire. L’aspect polémique d’un handicap d’origine socioculturelle disparaît d’ailleurs derrière la légitimité du handicap psychique. Pourtant, une partie de la population d’ITEP est encore constituée de jeunes présentant un handicap intimement lié au capital économique et culturel des familles : il ne leur permet pas de négocier une place dans l’espace des récompenses scolaires.
La troisième racine du handicap psychique est le handicap familial. Des familles fragiles et une scolarisation presque ordinaire des jeunes caractérisent ce système proximal. Les parents des jeunes appartenant à ce système proximal sont absents, ils n’ont pas eu de vie commune. Leur fratrie est composée d’un ou deux enfants, un seul des parents réside sur le secteur de l’ITEP. La situation familiale est accompagnée d’un suivi administratif, marqueur d’une difficulté familiale concernant le soutien à la parentalité. Les jeunes ont suivi une scolarité presque ordinaire et sont scolarisés à l’extérieur de l’ITEP où ils suivent une voie lycée et formation professionnelle. Ils ont été orientés à l’ITEP à partir d’un circuit sanitaire, Sessad d’ITEP ou ITEP. Ce système proximal s’organise autour de jeunes maintenus dans une scolarisation ordinaire, dont la famille présente une forme de fragilité, sans que cette fragilité puisse être plus précisément définie. Aucune classe sociale n’est attachée à ce système proximal. L’ITEP, préconisé à partir de circuits distincts, Sessad d’ITEP, ITEP et sanitaire, est un double soutien, à une fragilité familiale et à une scolarisation de droit commun. Je parle de scolarité presque ordinaire en référence à la scolarisation la plus courante en France : la majorité des jeunes suivent une filière générale menant à l’obtention d’un baccalauréat général. Pour ces jeunes, si la scolarisation est en grande partie effectuée dans des filières de droit commun, ils suivent en majorité un circuit professionnalisant conduisant au mieux à l’obtention d’un baccalauréat professionnel. Sans minorer la qualité de ces filières, une valeur péjorative d’échec leur est associée. La possibilité d’avoir été, d’être et de rester dans une scolarisation presque ordinaire, jointe à l’orientation à partir de différents circuits, rattachent la difficulté principale de ces jeunes à la fragilité du milieu familial.
La quatrième racine du handicap psychique, je la nomme handicap économique. Précarité économique, familiale, sociale et scolaire se conjuguent pour former ce système proximal. À l’instar du premier système, il est homogène. Il s’organise autour de la classe sociale précaire composée d’individus sans emploi ou de petits emplois précaires (à temps partiel et sur une courte durée), vivant de diverses allocations (RSA, AAH, etc.). La famille est défaillante. Les parents sont absents, ils ont été placés quand ils étaient jeunes, ils habitent hors du secteur de l’ITEP dans lequel est accompagné l’enfant qui vit hors du domicile familial, c’est-à-dire dans une famille d’accueil, une maison d’enfants à caractère social, ou un lieu de vie. L’orientation est effectuée à partir d’un circuit social et les jeunes bénéficient d’un suivi judiciaire en plus de l’accompagnement en ITEP. Les jeunes n’ont jamais été scolarisés – ou seulement jusqu’en maternelle – et sont sans scolarité : en galère, en attente d’une orientation médico-sociale, en stage. Ce système articule quatre formes de précarité – économique, familiale, sociale, scolaire – interagissant les unes avec les autres. La disparition des différentes formes de précarité, familiale, sociale et scolaire à mesure que le niveau économique des familles augmente, autorise à parler d’un handicap économique.
Le premier masque conjugue plusieurs éléments. Une individualisation toujours plus à l’œuvre de l’origine des difficultés des jeunes considère la famille comme espace pertinent de résolution des difficultés rencontrées dans l’espace scolaire. Ce faisant, cette individualisation cache l’environnement social dans lequel sont nécessairement prises les familles et l’échec de l’école à scolariser tous les enfants. En nommant handicap psychique ce qui relève le plus souvent de problèmes de comportement, ce handicap réhabilite l’idéal républicain d’une école pour tous.
Sous l’effet du développement des outils de la psychologie au cours du 20e siècle, la famille a longtemps été considérée comme coupable des incapacités intellectuelles et comportementales des enfants. Dans les textes récents, le handicap psychique désigne la famille comme capable de décisions éducatives adaptées et la dédouane ainsi d’une culpabilité d'avoir un enfant handicapé. Nul n’est désigné responsable et les parents sont, au moins en apparence, les victimes d’une situation qu’ils n’ont pas choisie. Mon travail ethnographique montre au contraire que les membres des EPE des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), dans le cours de leur travail ordinaire (et parce qu’ils doivent procéder à une évaluation à partir d’un dossier), évaluent de façon plus souterraine la part de responsabilité des parents dans les troubles psychiques des enfants. Cachés derrière la respectabilité affichée des familles, les EPE cherchent à comprendre, via l’étude du dossier du jeune, si l’éducation familiale est responsable des troubles du comportement des jeunes qui se manifestent à l’école ou si au contraire elles subissent les conséquences de ces mêmes troubles.
J’appelle évaluation rationnelle du dossier l’évaluation qui consiste à examiner attentivement l’ensemble de ses pièces constitutives – certificats médicaux (Cerfa), évaluation scolaire (GEVA-Sco), évaluation sociale, projet de vie formulé par la famille, bilan psychologique, bilan éducatif – pour tenter de répondre à la question suivante : en quoi accorder ce qui est demandé dans le dossier compense-t-il les difficultés du jeune ? Les membres de l’EPE procèdent donc attentivement à cet examen avec comme toile de fond l’idée que l’ITEP ne peut pas être une orientation de première intention, que la compensation doit permettre une scolarisation au mieux ordinaire et que les comportements des jeunes ne doivent pas mettre l’organisation de l’institution scolaire en péril. Sur cette base, et parce que cet examen rationnel n’est pas toujours suffisant pour statuer sur le dossier, les EPE procèdent à un examen raisonnable du dossier qui répond à la question suivante : quelle est la part de responsabilité des parents dans les troubles psychiques des enfants entraînant comportements déviants et inadaptation au système scolaire ordinaire ? Le premier palier de cette évaluation est réalisé à partir de la participation concrète des familles à l’élaboration du dossier. L’échelle est large et tous les cas de figure existent : de l’appropriation globale où les parents sont à la barre et utilisent les experts nécessaires à la constitution du dossier de leur enfant aux parents signant un dossier prérempli par divers professionnels accompagnant la famille. La constitution du dossier incombe exclusivement aux familles. La capacité des parents à répondre de façon adaptée est un indicateur caché mais puissant de cet examen raisonnable du dossier. Les parents ne doivent être ni trop présents parce que tout-puissants, ni trop absents sinon laxistes ou incapables. Deux schémas s’opposent alors. Dans le premier, les parents ne sont pas responsables des troubles psychiques des jeunes : ils subissent ces troubles et les difficultés d’éducation sont comprises comme des conséquences des difficultés psychologiques présentées par les jeunes. Dans le second, les troubles psychiques des jeunes sont imputables à l’éducation familiale finalement comprise comme autant de causes des troubles psychologiques des jeunes.
L’examen rationnel et raisonnable de chaque dossier permet aux membres de l’EPE de prendre les décisions d’orientation en ITEP et de faire basculer un jeune de la normalité vers le handicap psychique. L’évaluation raisonnable de la part de responsabilité des familles est masquée par une évaluation plus rationnelle des caractéristiques individuelles. Mes analyses multiples et variées montrent que les familles des catégories sociales les plus privilégiées sont celles qui ont des enfants atteints de diverses formes de pathologie du psychisme. Elles sollicitent l’accompagnement d’un établissement de soin afin de les soutenir dans la coordination du parcours, notamment scolaire, de leurs enfants. L’absence de difficulté familiale et la présence de troubles du psychisme reconnus pour ces jeunes autorisent à dire que les familles des classes privilégiées sont évaluées comme non responsables des troubles. Elles subissent la situation de handicap, sont en mesure de faire valoir leurs attributs positifs et nécessitent aide et accompagnement. Pour ces familles, l’évaluation effectuée par la MDPH préserve et renforce leur respectabilité.
À l’autre bout de l’échiquier, les familles précaires cumulent toutes les formes de précarités : économique, familiale, sociale, scolaire. Dans la plupart des cas, l’appartenance à la classe sociale est une variable ignorée à la MDPH. Pourtant, les familles considérées comme responsables des troubles psychiques des jeunes présentent les mêmes caractéristiques que celles des familles précaires. Pour ces familles les plus en difficulté, l’évaluation souterraine de la part de responsabilité de l’éducation familiale dans les troubles du comportement qui se manifestent à l’école masquée par la capabilité dorénavant affichée de tous les parents renforce l’intériorisation par ces familles de leur responsabilité.
Une grande majorité des familles des jeunes d’ITEP proviennent des catégories sociales les plus défavorisées. Pour autant, l’origine sociale des jeunes n’a plus à être prise en considération puisque les soins, l’accompagnement, la compensation prônée par la loi sont prodigués quel que soit le milieu d’origine. À partir du moment où tous les handicaps individuels sont compensables, l’analyse portant sur l’origine sociale est déclarée obsolète.
Les racines sociales du handicap psychique présentées ci-dessus montrent pourtant qu’une partie importante des familles des jeunes d’ITEP sont en situation de précarité économique. Notamment les mères, qui de nos jours encore sont les référentes principales pour l’éducation des enfants. Cette précarité économique a des conséquences sur les autres caractéristiques individuelles. Plus précisément, à la situation de précarité économique s’attachent toutes les autres précarités : sociale, familiale, scolaire. De façon plus juste, il conviendrait alors de parler de handicap psychique-économique. Une des fonctions du handicap psychique n’est alors pas de compenser les conséquences des troubles psychiques des jeunes quel que soit leur milieu social d’appartenance, mais bien de nommer différemment une population dont la caractéristique principale est d’être en situation de précarité économique.
L’épaisseur des masques ainsi assemblés montre comment l’origine économique des troubles des jeunes, relève d’un processus de dissimulation, pas forcément conscient ou volontaire, où il s’agit de cacher en montrant (Bourdieu, 1996) et grâce auquel le verdict économique se transforme en handicap psychique.
La racine économique du handicap psychique induit une juxtaposition partielle de la population handicap psychique versus handicap économique. Dans les faits, fournir un emploi stable et suffisamment rémunérateur aux familles afin de prévenir l’apparition de ce handicap d’origine essentiellement économique est un levier hors du champ de compétence des ITEP. Cette compensation à visée préventive du handicap devrait, en outre, intervenir en amont de l’entrée en ITEP, précisément pour que la porte du handicap ne soit pas franchie. Cette impossible compensation est masquée par la stabilisation sémantique de la catégorie handicap psychique qui dissimule l’hétérogénéité des handicaps. Cette absence de compensation, pour les jeunes handicapés psychiques-économiques, s’observe dans leur carrière scolaire. Ces jeunes quittent l’école très jeune, en maternelle ou au début du primaire, et leur long parcours en ITEP ne compense pas cet initial défaut de scolarisation. Ils sont également décrits, dans les établissements, comme en galère, sans scolarité effective ou en attente d’une réorientation médico-sociale. L’accompagnement en ITEP ne compense pas la difficulté principale de ces jeunes et rate inévitablement le but d’une potentielle réinscription scolaire.
Pour autant, ces jeunes handicapés psychiques-économiques préoccupent les pouvoirs publics. L’Agence régionale de santé (ARS), la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et l’Association des ITEP et de leur réseaux (AIRe) parlent de publics frontières et focalisent leur attention sur ces jeunes dits « incasables », pour lesquels un accompagnement toujours plus souple et plus fluide, au plus près de leurs besoins, est nécessaire (dispositifs « Zéro sans solution » ou « Un jeune, une solution »). Cette vision, nécessairement a posteriori, à partir des effets plutôt que des causes, reste aveugle à la compensation à mettre en œuvre. Pour ces jeunes, ce handicap psychique-économique ne peut pas être compensé par un accompagnement social, médico-social ou sanitaire. Proposer une compensation réaliste nécessite de mettre l’accent sur la racine sociale et notamment économique de ce handicap. La toute première compensation consisterait alors à prévenir l’apparition de ce handicap en assurant une politique de redistribution sociale fondamentalement égalitaire.
J’emprunte à Alain Blanc (2023), Henri-Jacques Stiker (2005 ; 2007) et Charles Gardou (1997) la notion de liminalité. Cette notion caractérise une personne en attente d’un passage d’un statut social à un autre : sur un seuil. Dans les sociétés traditionnelles, par exemple, lors de rites de passage, l’enfant quitte, un temps, son statut d’enfant avant d’atteindre celui d’adulte. Le temps du rite, l’enfant est considéré en état de mort sociale. Cette mutation implique un entre-deux, un temps, une position d’attente : plus tout à fait enfant, pas encore adulte. Pour les enfants en passe de devenir adultes, cette situation est transitoire. Blanc, Stiker et Gardou montrent que pour les personnes en situation de handicap, la position de l’entre-deux se pérennise. Elles restent bloquées sur le seuil, entre le non-être et le nulle part.
Les jeunes handicapés psychiques-économiques ne sont pas reconnus comme tels. Cette absence de reconnaissance de l’origine économique de leurs troubles et l’impossible compensation qui l’accompagne autorisent à parler d’un maintien en état de liminalité. Des jeunes anormaux, des familles déviantes et défaillantes, une compensation chimérique signifient pour les jeunes un exil sur le seuil d’une vie potentiellement ordinaire. Le passé de placement des parents, les difficultés sociales et familiales témoignent d’ailleurs d’une reproduction intergénérationnelle à l’œuvre. Cette reproduction est connue des établissements, des associations et des pouvoirs publics, mais elle n’est pas pour autant réellement comprise. Elle est regardée, analysée comme une tare familiale et sociale, sur laquelle il convient d’agir. Ce processus est d’autant plus puissant qu’il s’accompagne d’une évaluation de la responsabilité de la famille dans les troubles psychiques des jeunes. Cette évaluation renforce toujours plus l’idée de cette responsabilité familiale et éloigne tout lien entre la situation de handicap et la situation économique. Les difficultés économiques sont dissimulées, elles ne sont ni compensables ni compensées par les moyens de l’ITEP. La nécessité dans laquelle se trouvent les familles des jeunes d’ITEP conduit à un exil au seuil d’une vie ordinaire pour leurs enfants. En restant ainsi sur le seuil, c’est-à-dire dans une forme d’emploi essentiellement précaire, ou sans emploi, paralysés par la nécessité et sous perfusion d’aide sociale, les jeunes d’ITEP d’aujourd’hui seront les pourvoyeurs prévisibles des établissements sociaux et médico-sociaux de demain. La transmission éducative à l’intérieur des familles, invoquée comme la cause de cette transmission intergénérationnelle et comme le lieu où il convient d’agir, ne permet pas à elle seule de comprendre la puissance de cette reproduction. Pour être compris, ce processus doit être élargi au-delà de la cellule familiale et placé au niveau des multiples déterminations qu’elle subit, comme autant de verdicts cachés qui, ayant les mêmes causes, produisent inévitablement les mêmes effets.
La racine économique du handicap psychique n’est pas, et ne peut pas être, compensée par l’accompagnement en ITEP. Elle impose de penser ces handicaps, économique et psychique, comme un système unique et intriqué. Cette intrication émane des acteurs du quotidien. Ils dénoncent un éloignement artificiel des catégories handicap psychique et précarité sociale et économique. Ils refusent le processus de cause à effet qui consisterait à penser la pauvreté comme productrice des situations de handicap. De fait, la mise à jour des racines sociales du handicap psychique montre sans ambiguïté l’influence des conditions économiques à l’œuvre pour une grande partie des familles des jeunes handicapés psychiques accueillis en ITEP. Refuser de penser le lien handicap psychique-handicap économique par rejet de tout processus de cause à effet revient à maintenir de façon efficace la reproduction de ce handicap d’origine économique.
L’évolution historique de la législation relative au handicap commence par séparer artificiellement ces deux types de handicaps, par des financements et des lieux d’accompagnements disjoints. Les acteurs des ITEP constatent cet éloignement et le dénoncent car ils perçoivent le côté superficiel de cette disjonction. Cette disparition conduit à focaliser les interventions des ITEP sur l’échelon devenu pertinent : le noyau familial. L’éloignement entre le handicap psychique et le handicap économique est une construction historique ayant généré une situation artificielle. Cet éloignement est parachevé par la loi de 2005 qui substitue l’idéologie de la compensation à la recherche de l’origine du handicap. Qui pourrait s’y opposer ? Pour les jeunes accompagnés par un ITEP, handicap psychique et économique ne sont qu’une seule et même catégorie. Cette intrication est d’autant plus forte que le traitement du handicap que l’on nomme psychique ne compense pas les désavantages, avant tout économiques, des familles des jeunes d’ITEP.
Rendre compte de la complexité du lien handicap psychique-handicap économique implique de le replacer dans son contexte historique et social. Au-delà de l’absence de compensation possible du handicap psychique-économique à partir de la loi de 2005, de nouvelles valeurs émergent dans le champ de l’éducation spécialisée : fluidité, mouvement et innovation. Garantes d’une adaptation en temps réel des services des établissements au plus près des besoins des individus, ces valeurs fournissent l’arrière-plan nécessaire à l’invisibilisation de l’intrication du système handicap psychique-handicap économique. L’aspect positif de ces valeurs, personne ne veut aller contre l’adaptation, en temps réel, du service aux besoins de l’individu, rejette toujours plus loin la visibilité du handicap psychique-économique, et donc l’absence de compensation possible.
Ce système intriqué fonctionne finalement comme un tableau. Sur le fond de la toile sont posées les valeurs actuelles incontestables certifiant que le service s’adapte au plus près des besoins des personnes. Les parents sont conscients, capables de prendre des décisions adaptées pour leur enfant et l’école est en capacité d’accueillir ces enfants. Cet arrière-plan donne sa coloration au tableau et représente une idéologie fondée sur le principe de compensation, dans sa version la plus pure en quelque sorte. Posé sur la toile au premier plan, le handicap psychique. Il est présenté comme un ensemble homogène : des difficultés de socialisation et de scolarisation, des manifestations comportementales inadaptées à l’école, des troubles psychiques plus ou moins avérés, des conséquences indéniables sur la capacité de vivre avec des pairs, des caractéristiques sociales et familiales classiques à bien des égards. Comme analysé plus haut, ce handicap discrimine en fait quatre groupes de handicap d’origine : psychique, familial, socioculturel et économique. Ces groupes aux caractéristiques sociales hétérogènes sont finalement présentés comme un ensemble cohérent si on les observe de loin.
Pour un de ces groupes, pourvu qu’on le regarde assez longtemps, le système intriqué apparaît. Les jeunes handicapés économiques se distinguent des autres jeunes par un assemblage singulier de leurs caractéristiques. La pauvreté n’est pas directement évaluée et sanctionnée. Mais dans la mesure où une augmentation du niveau économique des familles fait en partie disparaître les caractéristiques négatives des individus, alors la pauvreté est déterminante pour comprendre les situations de handicap psychique. Bien qu’étant la plus conséquente en ITEP, cette population handicapée psychique pauvre est difficile à percevoir au milieu des autres types de handicaps, plus légitimes et compensables. La pauvreté est un indicateur puissant dans la compréhension des situations de handicap psychique. Plus exactement, handicap psychique en ITEP et pauvreté doivent être considérés comme un système unique. Faire disparaître la composante économique de ce handicap particulier conduit à légitimer le transfert, dans le champ du handicap, d’une partie de la population d’abord pauvre.
La classe sociale privilégiée n’a pas à souffrir de l’épaisseur des masques. Les masques cachent en montrant (Bourdieu, 1996). Ce qui est montré correspond à l’idéologie de la compensation ainsi qu’aux caractéristiques des familles des classes sociales privilégiées. Des familles classiques, voire traditionnelles sur bien des aspects, sans difficulté sociale ni économique, des parents capables qui subissent les conséquences des troubles psychiques de leurs enfants. Ces troubles entraînent, à leur tour, des troubles du comportement et un dysfonctionnement de la scolarité. La reconnaissance d’un handicap consécutif à une maladie du psychisme, qui permet d’en compenser les effets sur la vie sociale plutôt que d’en comprendre les causes, a été rendue historiquement nécessaire par le rejet de la culpabilisation des familles à avoir un enfant différent.
Avant la loi de 2005, les parents des classes privilégiées n’échappaient pas à ce regard social stigmatisant. Ils cherchaient alors des solutions alternatives – école privée, médecine de ville, hôpital de jour et scolarisation à temps partiel – rendues possibles par un capital économique et social adéquat, autorisant une invisibilisation au moins partielle des troubles de leurs enfants. La loi de 2005 met en conformité les attendus de ces parents sur deux points complémentaires : un arrêt de la culpabilisation des familles ; la reconnaissance de leur statut de parents capables, combatifs, cherchant des solutions pour permettre à leurs enfants de vivre au mieux au milieu de tous. L’affirmation d’un droit à compensation des désavantages inhérents à la maladie psychique permet aux enfants une scolarisation adaptée et adaptable en temps réel, dans des structures de droit commun. Mais alors que la stigmatisation continue de revêtir un caractère négatif et caché pour les parents et jeunes des classes précaires, elle a un caractère positif et assumé pour les enfants et jeunes des classes privilégiées. L’opposition franche entre ces deux classes sociales, finalement entre ces deux types de handicap que tout distingue, met à jour des tensions pour les ITEP, tensions qui sont en train de transformer, voire de reconfigurer le champ de l’éducation spécialisée pour ces établissements.
Bourdieu (1997a, 1997b) montre que la lutte entre les acteurs pour obtenir ou maintenir leur position et/ou leur pouvoir à l’intérieur des champs est parfois féroce. Certains défendent l’ordre établi, c’est-à-dire l’orientation prise par le champ, qui leur confère une position dominante. Tandis que d’autres, souvent dominés ou nouveaux entrants entendent modifier l’agencement des positions à l’intérieur du champ pour y occuper une place plus favorable. Dans cette perspective, l'espace des ITEP se restructure de façon tout à fait particulière. Les nouveaux entrants dans le champ de l’éducation spécialisée, dont font partie ces instituts, sont les familles des classes privilégiées qui n’éprouvent finalement aucune difficulté à orienter et à s’orienter dans ce champ dont dépendent les ITEP.
L’arrivée éminemment nouvelle des classes privilégiées transforme les ITEP. Mais les luttes de pouvoir en cours ne concernent pas tant les individus que les associations et les pouvoirs publics. Associations et pouvoirs publics soutiennent globalement la direction prise par les ITEP en train de se reconfigurer. Les luttes se focalisent autour des questions de l’emploi de l’argent public. Dans un espace concurrentiel, les associations continuent à s'appuyer sur l’argent public pour leur propre survie et conformément à leur vocation humaniste, elles s’occupent des populations les plus fragiles. Les pouvoirs publics, en rationalisant l’usage de l’argent public, entendent en contrôler l’emploi en s’assurant de l’adéquation entre les politiques associatives et l’idéologie de la compensation. Plus question que des jeunes soient ostensiblement mis à l’écart à l’ITEP, mais plus question non plus que certains jeunes, les plus difficiles à accompagner, restent sans solution. Bien qu’elle ne soit ni réaliste ni réalisable, l’idéologie de la compensation, imposant que nul ne soit laissé de côté, commande de prendre en charge tout le monde. Dans ces conditions, l’ITEP comme établissement de soin à bas prix et pour pauvre se transforme, de fait, en établissement à deux vitesses. Pour les classes privilégiées, l’ITEP est l’opportunité d’évacuer l’hôpital, c’est-à-dire d’effacer la culpabilisation du noyau familial liée à la recherche et aux traitements des causes des troubles des jeunes. Il existe ainsi un ajustement efficace en train de se faire entre la nécessité de faire moins appel à l’hôpital et le coût moindre d’une prise en charge à l’ITEP.
Pour les jeunes handicapés psychiques-économiques et leurs familles, la situation est toute autre. Ils subissent la transformation des ITEP. L’épaisseur des masques et avec eux l’invisibilisation du handicap des jeunes handicapés économiques et de leurs familles, mais aussi la nécessité pour les pouvoirs publics de compenser tous les handicaps individuels, explique que l’ITEP est, et se constitue toujours plus, en établissement de soins pour pauvres. Même s’il faut, pour ce faire, nommer handicap psychique ce qui relève d’un handicap économique.
Il s’agit maintenant de préciser les fonctions et les effets de l’étiquette handicap psychique. Difficile de les nommer autrement que tour à tour, le langage ne laissant pas d’autre choix. Fonctions et effets sont pourtant interdépendants.
De façon tout à fait classique, la première fonction de l’étiquette handicap psychique consiste à repérer des individus qui mettent en péril l’institution scolaire par des comportements déviants. Cette fonction de repérage s’est modifiée à travers l’histoire : à l’institution totale, se substitue un statut global où le pouvoir s’exerce d’autant mieux qu’il se dissimule. Le statut global de handicap psychique s’inscrit dans ce processus historique de déségrégation (Dupont, 2021a) qui permet de repérer les individus dans leurs parcours potentiellement multiples. En plus de repérer les individus en ne les enfermant plus dans un établissement, ce statut parachève le processus historique qui tend à invisibiliser la discrimination, sans pour autant changer véritablement les déterminations sociales à l’œuvre. Ainsi, dans les années 1980, au repérage toujours plus précis des jeunes d’ITEP, correspondait une nécessité de justifier les coûts de prise en charge. En ce premier quart du 21e siècle, en homogénéisant une population finalement hétérogène, c’est-à-dire en redéfinissant ce que doit être le handicap à l’ITEP, ce statut achève le processus historique et dissout la population handicapée économique dans la globalité de l’intitulé handicap psychique.
Ce statut de handicap psychique permet aux familles privilégiées de faire reconnaître la spécificité des troubles de leurs enfants, leur besoin d’aide et de soutien utile à la coordination des soins nécessaires à l’enfant, avec comme effet bénéfique une soustraction au monde culpabilisant et dominant de la psychiatrie. Repérage des individus, achèvement d’un processus historique qui tend vers l’invisibilisation de la discrimination, disparition des racines économiques dans une redéfinition globalisante du handicap en ITEP et protection des jeunes et des familles des classes favorisées, telles sont les fonctions principales de cette étiquette handicap psychique.
À partir du processus d’évaluation analysé plus haut, l’effet le plus immédiat de l’étiquette handicap psychique est d’achever le processus de déshistoricisation du handicap psychique. De cet effet découle une discrimination positive pour les classes sociales privilégiées. La reconnaissance des difficultés particulières de leurs enfants, leurs besoins spécifiques, l’obtention de la compensation de leurs désavantages à propos des soins, de l’aide, du soutien et de la coordination sont autant d’effets positifs. Les autres effets sont autant d’effets imbriqués : épaisseur des masques, compensation illusoire, intrication du handicap psychique et économique. En nommant handicap ce qui relève avant tout des conséquences d’une position économique, l’étiquette handicap psychique transfère dans le champ du handicap des individus qui conjuguent difficultés, faible capital économique et social. Dans une conjoncture économique toujours plus défavorable, la force du handicap psychique consiste à rendre ce transfert invisible.
La discrimination faite aux plus démunis, jusque-là potentiellement repérable et critiquable, se pare des vertus de la compensation. Les conséquences pour les individus sont considérables. Ils ne sont plus repérables pour ce qu’ils sont vraiment. Labellisés handicapés psychiques, ils disparaissent comme pauvres à leurs yeux, comme aux yeux du corps social. Non seulement la compensation qui leur est proposée manque inexorablement son but mais le processus s’achève par une culpabilisation des familles.
L’invisibilité achève le processus d’assignation de ces jeunes et admet deux effets délétères qui pèsent sur les familles comme autant de verdicts sociaux. Les jeunes handicapés psychiques-économiques sont maintenus dans un état de liminalité. Ils sont condamnés à l’exil sur le seuil d’une vie ordinaire. À la précarité économique et à la reproduction des mécanismes qui les ont conduits à la situation dans laquelle ils se trouvent correspond une impossibilité de vivre plus tard une vie ordinaire. Le deuxième effet délétère, lié à l’invisibilisation de ce processus d’assignation, est l’organisation des conditions d’une impossible représentativité. Dans la lignée de la pensée de Didier Eribon (2016), une part conséquente des jeunes handicapés psychiques-économiques ne naissent pas handicapés psychiques, mais sont d’abord pauvres. Dès lors, mettre à jour l’origine des verdicts qui s’emparent des individus à leur naissance est la condition du passage de la sérialité au groupe, la possibilité de trouver la force de transformer l’espace des représentations sociales et espérer ainsi desserrer les carcans sociaux.
Les processus précédemment cités, en restant invisibles aux yeux de tous, entravent durablement les conditions de cette transformation. Au contraire, les conditions sont réunies pour que les jeunes handicapés économiques et leurs familles soient les voix absentes d’une discussion qui pourtant les concerne. L’enfouissement toujours plus profond de l’origine réelle des troubles, les masques successifs qui invisibilisent les processus d’assignation et l’idéologie qui les légitime créent les conditions de l’immobilisme et du mutisme. En plus d’être exilés sur le seuil d’une vie ordinaire, les jeunes handicapés psychiques, ceux issus des familles les plus défavorisées, sont exilés sur le seuil d’un espace de représentation, qui est pourtant un levier de reconnaissance et de revendication.