Show cover
Couverture de Quelle voie pour l'inclusion ? (Edul, 2026) Show/hide cover

Chapitre 2

Histoire d’un jeune en (D)ITEP

Comment le témoignage de ce jeune accompagné par un DITEP a été produit (Hugo Rodts)

J’ai rencontré Tiziano Moll-Leroy pour la première fois en 2018, alors qu’il était élève de troisième cycle dans un ITEP, et moi enseignant remplaçant. Alors externe, il n’était pas dans ma classe souvent, seulement pour des cours de mathématiques. Quatre ans plus tard, lors d’une enquête ethnographique que je menais dans le cadre de ma thèse dans un autre établissement, j’ai reconnu un adolescent qui était métamorphosé. Alors qu’il était un des enfants les plus violents de mon groupe d’élèves, il était devenu calme et avenant. Son « trouble » semblait alors être de l’histoire ancienne. Cette relation enseignant-élève, la sérénité qu’il affichait dans son quotidien et sa lucidité vis-à-vis d’un passé qu’il raconte sans euphémisme ni dramatisation furent les raisons qui m’ont poussé à le solliciter pour qu’il raconte l'analyse de son vécu.

La création d’un texte aussi long et structuré fut une première pour Tiziano Moll-Leroy. S’il a quelques compétences scripturales, notamment pour écrire des textos lorsque nous avons rendez-vous, une compréhension du langage et qu’il sait lire, il ne sait pas écrire. Cette lacune est une conséquence de son « trouble » qui s’est manifesté durant le primaire, ce qui le gêne depuis et parfois lui fait même un peu honte.

Je lui ai donc proposé de faire ce témoignage ensemble, dans une configuration où je prendrai le rôle de scribe de ses idées qu’il m’aurait développées au cours d’un entretien semi-directif. En amont d’une première rencontre, nous lui avons envoyé un guide d’entretien, qui lui laissait de grandes marges d’expression. Nous nous sommes rencontrés dans une crêperie de son village de l’Ain, nous avons fait l’interview, que j’ai ensuite retranscrite puis renvoyée pour qu’il puisse la relire. Sa famille en a eu connaissance, notamment sa sœur qui lui a donné son opinion. Nous nous sommes revus deux fois ensuite : une fois chez moi, à Villeurbanne, lors d’un déjeuner où il a trouvé que c’était étrange de manger chez « un prof ». Il m’a semblé important de l’inviter et lui présenter mon cadre de vie et ma conjointe, afin d’équilibrer un échange où il a accepté de se confier sur des aspects assez intimes de son existence. Une deuxième rencontre dans un bar nous a fait peaufiner le texte, modifier ce qui ne lui convenait pas. La partie de relecture de la syntaxe et la structure l’a ennuyé profondément au point de me trouver à reprendre presque malgré moi une casquette d’enseignant pour le focaliser sur une tâche scolaire, alors que je cherchais à horizontaliser notre relation.

Parce qu’il était mineur, l’accord des membres de sa famille fut demandé, notamment à son père que nous avons eu au téléphone et le guide d’entretien leur a été transmis en signe de gage de sérieux. Surtout, le consentement à l’exercice fut rappelé régulièrement, nous avons cherché à ne pas transformer le discours de Tiziano et nous nous sommes assurés de son adhésion à la diffusion de ce texte.

Histoire d'un jeune en (D)ITEP

Je me présente : je m’appelle Tiziano Moll-Leroy, j’ai 16 ans. Je vis chez mon père et ma belle-mère. J’ai grandi avec mes deux sœurs jusqu’en mars 2020.

Je suis en ITEP depuis l’âge de 6 ans. Au début, j’étais dans l’externat dans l’ITEP d’un village jusqu’à mes 11 ans. Puis j’ai eu l’âge de changer d’établissement : après avoir eu une nouvelle notification MDPH, parce que j’étais devenu un adolescent, je suis arrivé dans mon DITEP actuel, dans un centre-ville du Rhône-Alpes.

Aujourd’hui, je vais bien. Ça va mieux. Même s’il y a toujours des hauts et des bas, comme dans la vie.

Le primaire en ITEP

Je suis arrivé en ITEP à 6 ans et demi, en 2013. Au début c’était très compliqué parce que je n’étais pas le même qu’aujourd’hui. Je faisais beaucoup de crises, je m’énervais, etc. C’est pour ça que je suis allé en ITEP d’ailleurs. Je me suis fait virer du CP. Mais pas que à cause des crises. Au lieu de me comprendre, mes profs ils pensaient que j’avais un sacré problème, et plutôt que de m’aider ils me critiquaient. Tout le monde s’en prenait à moi parce que j’étais spécial comparé aux autres. Tous les jours j’allais chez la directrice ou le directeur.

À cause de tout ça je ne suis pas sorti pendant des années de chez moi. Aujourd’hui je me rouvre un peu aux gens, j’essaye de m’inscrire à plein de trucs pour me faire des amis. Mais depuis le CP, pendant des années, je suis resté chez moi à me dire qu’on allait me juger. Quand j’allais en ville, j’avais toujours cette pensée en moi qui disait : « Tu vas croiser quelqu’un, qui va te juger ».

Par exemple, mon ex-copine était avec moi en CP et en maternelle, c’était drôle. Elle avait une tante un peu plus vieille qui se souvenait de moi à cause de mon comportement, et qui a remarqué que j’avais changé.

Après avoir été viré de l’école, l’assistante sociale a fait une demande à la MDPH. Je suis rentré en septembre, avec ma famille, y compris ma mère que je n’aime pas trop. Ce jour-là, je me rappelle encore, j’étais rentré sur le groupe des Castors, y’avait le bureau autour duquel on a échangé, puis après j’ai rencontré mes deux premières camarades.

J’étais en externat, je rentrais chez mon père et ma belle-mère, ma maman de cœur. Ou plutôt j’étais sur un groupe sans y dormir, car l’externat n’a été créé que l’année d’après.

Le début d’année à l’école de l’ITEP c’était aussi compliqué. Je n’ai pas beaucoup travaillé : j’ai fait le zouave et je me suis bien amusé. Je sélectionnais les cours, selon les matières, comme le français. Au lieu d’entrer en classe je me barrais, j’allais aux jeux en bois, je me promenais. Les profs me disaient de revenir mais je leur disais « Non ! Na na na nère ».

Avec les éducs j’avais de bons rapports, mais je ne me souviens plus si j’avais un référent. J’en ai eu beaucoup des éducs. J’ai rappelé mon ancien ITEP pour les revoir, pour leur montrer comment j’avais grandi.

Avec ma mère c’était compliqué. Mais avec les éducs c’était bien. Par exemple, un jour où ça n’allait pas, un éduc m’a emmené à Lyon. Il m’a rempli le ventre avec des croissants. Ça m’a fait du bien. Ce que j’aimais aussi c’était aller à l’IME pour aider les enfants. Comme j’ai une cousine handicapée, je sais comment ça « fonctionne ». Je me sentais plus à ma place qu’ailleurs. À l’époque, à part l’ITEP je ne faisais rien. C’était ITEP/chez moi/dormir. Même en dehors je faisais le zouave. Jusqu’à pas longtemps, je faisais souvent des crises.

Dans mon premier ITEP, ce n’est pas que j’ai des bons ou mauvais souvenirs. Ça s’est bien passé hein. Mais il faut comprendre que quand on est dans une phase de 6 à 11 ans en ITEP, on est plus là pour travailler sur nos problèmes de comportements que scolaires. Donc on arrive dans un autre ITEP et le problème c’est qu’on ne peut plus rien y faire. Tu as grandi, ton cerveau, il est bloqué. C’est comme moi avec l’écriture. Avoir fait le bête dans mon premier ITEP aujourd’hui, ça se paye. Je ne sais toujours pas écrire. Après ce n’est pas grave, c’est mon handicap. Tout le monde a des handicaps invisibles ou visibles, à des degrés différents. Je ne dirai pas que c’est foutu, dans le temps ça peut changer... Je suis reconnu, j’ai une RQTH, parce que je suis dysorthographique, dyslexique et, euh, dyspraxique.

Le collège en DITEP

En 2018, le 7 novembre à 13h30 pétantes, je suis rentré à l’ITEP. Je me souviens de la date parce que ma mère a refusé que j’y aille en septembre, et que mon père a dû aller au tribunal. Pendant deux mois je me suis retrouvé non-scolarisé. J’attendais, puis j’étais un peu perdu. Donc quand je suis rentré tout le monde me regardait un peu de travers. Cette année-là, j’ai été harcelé. Tout le temps, on m’insultait de gros, que j’étais énorme. Tous les gens de mon groupe s’y mettaient. La seule personne qui s’inquiétait vraiment pour moi là-bas, c’était mon éduc référente.

Sur ce coup-là, au lieu de baisser les yeux, l’école aurait dû regarder. En y réfléchissant aujourd’hui, je ne suis pas con je ne l’ai pas fait, j’aurais pu porter plainte contre l’établissement. Moi je m’en sortais parce que je pouvais en parler, mais le harcèlement ça peut mener au suicide. Parce que tous les jours, entendre des phrases rabaissantes, on se pose des questions sur l’intérêt de vivre. Et l’école n’assiste pas encore assez les enfants en danger.

Ça se passait dehors, dans la cour mais parfois dans la salle de classe. Un jour ils m’ont pris à cinq contre le mur, heureusement que moi je sais un peu me débattre donc je les ai tous poussés. À ce moment-là, il n’y avait pas d’éduc. Ils m’ont menacé, m’ont dit qu’ils allaient me tuer, en me traitant de gros sac. J’aurais voulu qu’ils soient punis. Au final ça s’est arrêté l’année d’après, mais l’école n’a rien fait, même si j’en avais parlé à ma famille, à mon éduc.

Ça, c’est mes débuts du DITEP avec un D. Entre les deux, à part cette lettre, je n’ai pas vu grand-chose de différent. À part le Sessad peut-être.

Avant, dans mon ancien ITEP, je n’avais jamais fait d’inclusion. Normalement, on est sélectionné pour aller dans la classe E, pour externalisée, où c’est multi-niveau. Il faut avoir au minimum un comportement adapté. Mais moi j’avais posé ma candidature. Ils m’ont pris à l’essai, un jour, et l’année d’après j’ai intégré le collège. Pour moi l’inclusion, t’es dans un endroit à l’extérieur mais quand même avec des gens de ta classe, avec ceux de l’ITEP. Tu fais comme si tu étais au collège, tu es dedans, mais tu n’es pas géré par le collège. Tu ne traînes pas trop avec les autres collégiens. Mais comme je vais en stage professionnel, ou que j’ai d’autres suivis, j’y vais de moins en moins.

Parce qu’en ce moment, je fais des stages, des mini-stages et aussi des formations, comme tremplin H’pro’. Quand t’as une RQTH, là-bas on parle de tout ce qui est confiance en soi, etc. Souvent c’est avec des gens de 40-50 ans. C’est pour les gens qui ne travaillent plus, parce qu’ils ont des problèmes de dos et tout ça, voir ce qu’ils pourraient refaire. Ça m’aiguille pour trouver un futur métier.

Là ça fait dix ans que j’y suis, j’arrive au bout du DITEP, j’en ai marre. C’est ma dernière année sûre : je l’ai demandé, on en a discuté avec ma famille, ils sont d’accord. Mes sœurs sont compréhensives. Et moi l’année prochaine le projet serait de faire un CAP, en alternance. Mais je ne sais pas encore dans quoi, malheureusement.

Grandir avec et sans l’ITEP

L’ITEP et le DITEP, on ne va pas l’écrire comme ça, ça m’a permis d’être moins con. Nos éducs ils sont là pour nous aider plus tard, mais aussi pour nous pousser, pour nous montrer que c’est bien de péter des fois. Je me souviens d’une fois avec un éduc du DITEP où on a fait un tête contre tête, il m’a dit « Qu’est-ce qu’il y a ? ». J’ai jeté mon assiette contre le mur. Et je lui ai répondu « Viens on se bat. ». On a gueulé, on ne s’est pas battu, et au final on a nettoyé tous les deux. J’ai craqué et ça m’a fait du bien. Mais attention ça dépend, ce n’est pas toujours utile de péter.

J’y ai appris quelques trucs aussi. Là-bas, dans mon atelier, je sais faire des petites constructions en bois, j’ai acquis du savoir-faire et du savoir-être professionnel. Je sais être à l’heure, poli, agréable. Même si c’est des fois ce n’est pas moi, je ne sais pas trop être poli. Des fois je suis un peu arrogant, parce que j’en ai marre. Du coup j’arrête de réfléchir.

L’ITEP c’est bien que ça existe parce qu’on est un peu perdu des fois. Y en a, ça ne leur change rien parce qu’ils sortent aussi cons qu’ils sont rentrés. C’est la vérité. Certains au DITEP disaient qu’on était vraiment une secte, qui révèle le mauvais côté des jeunes.

Au DITEP, tout nous est toujours offert et tout. Pour moi, quand mes éducs m’ont annoncé que depuis le début, j’ai coûté à vous tous presque 35 000 euros, que je coûte à peu près 350 euros par jour, je me suis dit « Ah. D’accord. Je ne savais même pas ». Ça fait de l’argent. On nous parle souvent de plus tard, quand on devra payer plein de choses. Depuis que j’ai entendu ça dès que j’y suis je prends une douche chaude. J’y reste 15 à 20 minutes parce que je sais que dans quelques années c’est moi qui vais payer l’eau chaude. Et que ça ne va pas être le même prix. Autant en profiter.

La fin des crises

Depuis 2-3 ans, je fais moins de crises après que j’en ai fait une très très grosse. J’étais dans ma classe, je fais le bazar, ma prof m’a dit de me calmer. Je ne me suis pas calmé, elle appelle la permanence. Elle me dit de sortir, je dis non. Y’a des éducs qui arrivent, dont un bien costaud, qui m’a pris et jeté dehors. J’ai couru au milieu du stade et j’ai crié « Et toi, nique ta mère ». Il m’a fait « Tu m’as dit quoi ? ». J’ai vu dans son regard qu’il allait me tuer. Donc j’ai fait « vionm », je me suis barré en courant à l’extérieur du DITEP. Il m’a rattrapé. Il m’a mis une tarte mais c’est parce que je pense qu’il savait plus contrôler. Il a eu peur pour moi, et aussi… enfin voilà. Et du coup, je me suis beaucoup énervé, d’autres éducs sont venus, avec la directrice adjointe. J’étais tellement énervé que j’ai craché dans leur bouche aux éducs, sans le vouloir. Les pompiers ont été appelés. Je leur ai dit « Non, pas les pompiers », mais ils sont arrivés. Ils ont demandé ce qu’il s’est passé, j’étais redescendu. Le pompier me demande ce qu’il y a, je lui dis : « Déjà tu me vouvoies, on commence par là ». Il me répond : « Tu vas vite te calmer, gamin, parce que moi je suis pas là pour rigoler. Ok ? ». J’ai fait : « Oui c’est bon monsieur, je vais me calmer ». Ils m’ont mis dans le camion, la police est aussi arrivée, et ils m’ont aussi dit de me calmer sinon ils m’emmenaient au poste. Du coup, effectivement, j’étais très calme. À l’époque j’étais petit, ils avaient les menottes, donc du coup, c’est bon, j’allais mieux.

Après ça, ils m’ont amené aux CPA1. À l’époque il y avait un accueil de jour, donc on arrive dans un centre. On est reçu par l’infirmière, on parle avec elle, après on voit un médecin. Mon père a quitté son boulot et il est venu, après une heure de route. Le médecin a dit que ce serait bien que je reste un week-end, mon père a dit oui après en avoir discuté avec ma belle-mère. J’ai pété les plombs, je suis sorti en courant, j’ai fait non. Pour moi l’hôpital c’était pour les fous. La médecin a crié : « Fermer les portes » mais j’étais trop vif, j’étais déjà sorti. Et du coup elle a sonné l’alerte sur les téléphones. Oh, il y a au moins dix infirmiers, médecins, qui sont sortis. Ils m’ont dit : « Qu’est-ce qu’il y a, t’es pas calme ? ». J’ai répondu : « Si, je suis calme ». Je me suis dit : « C’est pour moi tout ce monde ? ». Ils m’ont emmené au centre d’adolescents, où j’ai passé un week-end. Je me suis tenu à carreau. À l’époque, je voulais des médicaments aussi, parce que je savais que j’en avais besoin pour me calmer. On est bien avec les médicaments, tout le monde n’est pas pareil mais… Au début j’avais de l’Atarax mais ma mère ne voulait pas. Donc c’était compliqué parce que l’école a aussi dit non. Du coup, je pétais les plombs, et c’est aussi pour ça que je suis allé au CPA.

Le week-end au CPA, je suis arrivé complètement perdu, je me suis dit : « Ils m’ont foutu où ? ». Je n’avais pas d’affaires. J’étais… Je suis arrivé tout nu en fait. J’avais que les vêtements que je portais à me dire : « Qu’est-ce que je fous là ? ». Après on m’a amené mes valises et tout ça. On m’a mis dans la chambre qu’ils appellent « close ». Si t’es en crise, il t’enferme dedans : le lit est accroché au mur, les fenêtres sont fermées, tout est insonorisé… Tu es vraiment à l’hôpital psychiatrique. Comme j’étais calme, ils ont laissé la porte ouverte, je pouvais circuler librement. Ils m’ont viré de la chambre le soir car quelqu’un en crise était arrivé. J’ai eu une meilleure chambre, avec des prises pour mon téléphone. Ils m’ont donné un traitement, ça allait mieux. J’ai été suivi par des médecins, et on a été contre le gré de ma mère. On a arrêté de lui demander son autorisation, et grâce à ça j’ai des traitements aujourd’hui. J’ai pris du Concerta et maintenant j’en ai un autre. Avant, je les prenais en douce parce que ma mère n’était pas d’accord. Je gardais le médicament dans mon sac, j’en prenais un par jour, faut pas être bête. Les éducs étaient au courant, je les avais prévenus. Un jour le chef de service a dit que c’était bon, et depuis c’est l’infirmière depuis qui me le donne.

Maintenant je ne fais même plus de crises, en fait. Grâce au CPA, j’ai pu avoir des médicaments, et puis j’ai pu réfléchir aussi. Prendre soin de moi. Puis j’ai grandi aussi.

Avant, je tapais beaucoup les éducatrices. Je tapais plus les femmes que les hommes, parce qu’on pensait que les femmes étaient plus faibles. Comme je le visualise depuis quelques années en ITEP, quand les jeunes ont un homme en face ils vont moins essayer de faire les bonhommes et ils vont vite fermer leur bouche. Mon éduc référent, tu l’insultes, il te prend, il te plie et tu ne comprends rien. Mon éducatrice ne se laisse pas marcher dessus non plus. Pourtant, les éducatrices femmes, les jeunes vont plus vite leur manquer de respect, enfin voilà mon point de vue. Moi-même y en a une que j’ai envoyée à l’hôpital parce que je lui ai foulé le poignet. Mais ce n’est même pas voulu, parce que je lui tirais le bras, elle disait « stop, stop ! » et je lui ai foulé le poignet. Un jour, une maîtresse de maison, je l’ai fait tomber sur l’épaule, paf. Épaule pétée.

Comme je le dis souvent, la violence c’est la plus grande faiblesse du monde. Ne pas être faible, c’est discuter avec les personnes. Quand tu fais une crise, des fois tu contrôles, des fois non. Ça dépend. Ça dépend de l’âge. Si on souffre beaucoup et qu’on est petit, qu’on a plein de problèmes sur le dos et sur les épaules, ce n’est pas facile à gérer sur l’état émotionnel, ça monte, ça monte, ça monte… et paf ! C’est comme si on allumait un pétard. Les grands, quand ils pètent les plombs ce n’est pas la même chose. Ils sont plus machos, ils ont plus grandi, ils savent plus où ils en sont. Ils sont plus là pour leur projet professionnel que pour sortir et faire de la merde. Enfin de mon point de vue.

Je sors cette année du DITEP après dix années passées dans des établissements adaptés. J’ai grandi, on grandit tous. Je préfère sourire à la vie, je le donne toujours. Je préfère ça à montrer que j’ai plein de problèmes.

Avoir des amis en DITEP

L’ITEP ça m’a empêché de vivre comme les autres. Ça aussi ça a été dur. J’ai toujours été décalé quand on me comparait aux gens entre guillemets normaux.

Ce que l’ITEP m’a surtout empêché, c’est d’avoir des amis. Y’a Hugo, qui est un vrai ami, mais je n’ai jamais compris pourquoi il était en ITEP. Je suis encore en contact avec lui, on va se revoir quand il n’aura pas trop de devoirs. Il est en Segpa dans un collège, il a que des 20/20… Prodige quoi. Il fait des stages en gendarmerie et tout, c’est toujours ce qui lui plaît, toujours à fond dedans. Il avait des capacités scolaires et comportementales qui font que je n’ai jamais compris pourquoi il était là. Je lui ai posé la question, mais il ne m’a jamais répondu. Pour moi, il n’était pas à sa place, c’est une personne comme une autre. C’était le mec poli : « Bonjour madame, bonjour Monsieur. ». Contrairement à ceux qui doivent être en ITEP. On les reconnaît à ça : au manque de respect, au niveau du comportement.

Des amis, souvent on s’en fait quand on est au collège, au lycée. Ce que les gens souvent ont. Quand t’es pas comme ça, c’est plus compliqué, surtout pour la génération Z. La génération Z c’est téléphone, téléphone, et à part des amis virtuels tu ne peux pas avoir grand-chose en ITEP. Dans les ITEP y’a pas trop d’amitié. On se dit « Ouaip, t’es trop mon copain, ou t’es trop ma copine. ». Puis la semaine d’après ils ont changé de copains et copines. Ça me donne envie de pleurer ces histoires. Au collège et à l’école je n’ai pas rencontré d’autres élèves parce que t’es avec des éducs du DITEP, et c’est un peu la honte. Déjà en ITEP on n’a pas des belles têtes, moi je n’en ai jamais vu des beaux, ni de belles. Y’en a ils font peur. En plus, génération Z, toi tu juges avec le cœur, eux te jugent avec le cerveau : il regarde le physique pas ta personnalité.

Dans mon ITEP actuel j’ai deux-trois amis. J’en garderai peut-être un, mais pas beaucoup. Moi garder des gens qui sont là-bas, si ce n’est pas des vrais amis, ça va me rappeler des mauvais souvenirs.

Le 24 novembre de l’année dernière, j’ai décidé de m’inscrire au Service national universel. On y fait des activités sportives, le levé de drapeau tous les matins, etc. On a la première étape où on a 12 jours de cohésion avec les gens, avec le téléphone qu’une heure par jour. C’est de 15 à 17 ans. Pour moi c’est bien, ça va aider, parce qu’on va tous être « dans la même galère ». On va être obligé de créer des liens, parce qu’on ne va pas pouvoir être dans la même chambre de la personne et se dire « bon bah bonne nuit, salut ». On sera obligé de discuter parce que sinon on va se faire chier. On va nous emmener dans un endroit qu’on ne connaîtra que deux semaines avant, téléphone la journée. Moi, j’ai l’habitude. Je vais filmer les autres avec mes yeux, ça va me faire rire.

Les problèmes du DITEP

Le problème en ITEP, vu qu’on a une reconnaissance de la MDPH, on n'a que 24 heures de cours. Moi ce qu’il faudrait changer, c’est qu’on aménage les horaires juste pour les plus jeunes. Pour les ados, on pourrait avoir des cours de 35 heures parce qu’on ne s’habitue pas aux stages. En stage on est mort parce qu’on n’est pas assez endurant. Même pour le boulot plus tard, on est là on fait : « Ouais mais c’est dur la vie ». Moi j’ai fait trois semaines d’hôtellerie, ça m’a fini. Et ce n’est pas lié à mon handicap, qui est juste l’écriture. À part ça, je devrais pouvoir faire comme les autres personnes. Je ne veux pas d’aménagements spéciaux.

Une chose importante, à faire dans les DITEP, ce serait de la prévention anti-tabac. Le nombre de jeunes qui fument, pas que de la cigarette en plus, à 13 ans, 16 ans… Mon père a failli mourir à cause de ça, donc moi je n’y toucherai jamais. Ni à l’alcool ni à la cigarette. Faire des courses, donner des patchs… Je ne juge pas, mais je ne comprends pas pourquoi les parents ils acceptent ça pour leurs enfants. Moi je fais ça, je rentre chez moi, je m’en prends une. C’est cher et ça tue.

Conclusion

Souvent, quand on rentre en ITEP, c’est à cause d’un choc. Pour moi c’est à cause de ma mère. Et ce choc est la cause de mes problèmes actuels. Ma famille m’a beaucoup aidé. Même si je suis en ITEP, ils ne me disent pas « t’es nul », tout ça, ils essayent de m’aider. Ils essayent plus de m’emmener vers le haut que vers le bas. Mes sœurs sont toujours à me soutenir pour mes stages.

Comme le dit l’unique Tiziano Moll-Leroy, ce n’est pas parce qu’on a eu des échecs dans la vie qu’on ne peut pas réussir.