La manière dont les artistes, poètes et écrivains anglophones choisis s’emparent de la question du réel, qu’il soit de nature empirique, poétique ou quantique, montre la nécessité d’emprunter des chemins de traverse pour faire face à des découvertes et à des surgissements imprévus. Loin de nos schémas de pensée habituels, ces déviations permettent d’accueillir l’inattendu, d’absorber un peu le choc du réel comme irreprésentable. Que les formes prises par le réel soient énigmatiques, esthétiques ou monstrueuses, en science comme en art, une formulation adéquate, ou la fabrication symétrique du réel, se révèle une gageure.
Deux problématiques insolubles émergent de ce travail de frottement entre disciplines inhabituelles et artistes audacieux en dialogue : la compréhension totale du monde reste une impossibilité, et la représentation par le prisme scientifique ou le tissu littéraire une quête perpétuelle. La crise de la représentation objective s’est faite plus intense, comme en témoignent les écrits de Gertrude Stein, Virginia Woolf et James Joyce pour ne citer que quelques exemples littéraires. La théorisation du réel lacanien1 s’affirme « comme un reste de “parole” lorsque toute logique échappe. Ce qui atteste d’une humanité malgré tout ? Ce qui signe un possible là où règne l’impossible ? Ce qui tente d’écrire que ça résonne encore ? »2.
Ici brièvement décrits par Serge Molina, tous ces efforts vains pour représenter le monde trouvent également un écho dans le cubisme et les lois de la quantique. En mettant côte à côte poètes et artistes, prose et science, science-fiction et science dure, l’ouvrage a tenté de faire vibrer des cordes communes, des cordes sensibles du poète aux cordes quantiques encore hypothétiques des univers-branes3.
L’ouvrage et les artistes qui s’emparent de ces questions, également prises en charge par la science, révèlent des paysages enchevêtrés qui dépassent nos capacités de représentation. Les paysages quantiques naissent précisément de cette impossibilité de les représenter, mais aussi, a contrario, de l’imagination stimulée par cet aveu de faiblesse. L’ange imagination est également un outil pour la découverte scientifique. Échafauder est une étape requise avant tout effort de vérification scientifique. Il suffit de rappeler l’anecdote drolatique selon laquelle Albert Einstein a mis au point la théorie de la relativité en s’imaginant dans un ascenseur cosmique en chute libre4. Artistes et scientifiques se construisent ainsi des fictions, voient avant de tester des hypothèses ou de construire des mondes sur la page ou dans le tube à essai. Les écrivains anglophones choisis ici participent de cet élan à réenchanter le monde et la science. C’est le cas des auteurs qui tentent de faire émerger la beauté du monde et de ses objets singuliers.
Les poèmes de Barbara Guest et ceux de Malena Mörling sont un exemple frappant de cette tentative. Libérés par leur pouvoir suggestif, ils trouvent leur propre direction, ils habitent un espace sans limite et invitent à l’exploration subjective. Parmi les découvertes faites au cours de lectures successives des poèmes de B. Guest se trouvent les processus et événements variés empruntés aux arts, la plasticité des mots qui assouplit l’imagination, l’expressionnisme abstrait (« art performing in the canvas »5), l’utilisation de moyens musicaux et picturaux pour créer des collaborations et d’imposantes compositions nuageuses. Les transformations naturelles ne sont pas oubliées dans le processus général : lumières, couleurs, notes musicales font bouger les idées parallèlement aux agitations de la nature.
Chez B. Guest comme chez M. Mörling, l’univers peut être compris par des ressentis individuels : le poème encourage à vivre les choses dans leur pleine présence6. À ce titre, George Steiner souligne la connexion entre les arts et la nature que les poèmes de M. Mörling semblent illustrer efficacement : « Les arts sont merveilleusement enracinés dans la substance, dans le corps humain, dans la pierre, dans la couleur, dans la vibration de la corde et dans le poids du vent sous les roseaux. Tout art et toute littérature commencent dans l’immanence »7. Cette connexion, ou le sentiment d’être en accord avec les choses du monde, anime les textes de M. Mörling, car la qualité de la poésie se vit simultanément entre vécu et sens. Il s’agit « d’une tension/oscillation [éphémère] entre effets de présence et effets de signification qui confère aux objets du vécu esthétique une part d’agitation et d’instabilité provocatrice »8.
D’autres auteurs exploitent cette instabilité sans pour autant conduire le lecteur vers un espoir de résolution. Les nouvelles de Stephen Dedman montrent, notamment par leur utilisation de la métaphore de l’incongruence, la quasi-impossibilité de faire concorder la surface de lecture et celle du texte. Les nouvelles penchent donc vers l’inattendu comme inconvenance et non comme magie des bonheurs simples. Le lecteur strabique doit accepter la contingence, apprécier les paradoxes, écarts et impasses qui se conjuguent. Les écrits de S. Dedman tendent vers l’horror fusionis, une erreur de réfraction, une vision binoculaire. Manifestement, l’incongruité comme bonheur inopiné n’y a pas lieu, d’où les stratégies finales d’achoppement du réel et d’échappement des personnages. Roy renonce à ses fantasmes, Tony Dain-Oni cède la place à son double, le lecteur abandonne sa tentative d’élucidation de la nouvelle intitulée « Probable Cause ».
Comme un patient dont la vision est trouble, personnages et événements peinent à se fixer, et le sens échappe au lecteur déboussolé. Les nouvelles sont vidées de tout espoir de disjonction heureuse qui conduit inopinément le sujet vers une illumination. Cette vérité éclairante et apaisante facilite la connexion entre monde de référence et événements subis. L’inadéquation entre le bon sens d’une lecture éclairée et le déploiement instable de l’intrigue font basculer les textes vers l’inattendu. La saisie momentanée de fragments de réel n’advient pas. Au lieu de célébrer l’impossible saisie du réel, érigeant le simulacre comme absolu, seul objectif de représentation viable, les nouvelles de S. Dedman s’éloignent de l’esthétique postmoderne en maintenant le lecteur en eaux troubles dans un champ de probabilités. Cette vision trouble reste proche des représentations proposées par les écrivains comme Steve Tomasula, Stephanie Strickland et Greg Egan, qui sont influencés par l’épistémologie scientifique quantique pour tenter de la transposer dans leur fiction.
En parcourant les poèmes et les nouvelles de ces différents auteurs, le lecteur voit sa sensibilité et son esprit mis à l’épreuve dans des espaces où arts et sciences se croisent, se nourrissent, se contaminent ou se parasitent. Comme pour les phénomènes naturels à la dérive étudiés par la physique quantique, « il existe toujours une orbite périodique au voisinage d’une trajectoire quelconque »9. L’inattendu qui surgit des observations faites dans la membrane littéraire ou les parois de la matière correspond à ce que scientifiques et artistes ne peuvent contrôler. L’exemple le plus spectaculaire réside dans l’inattendu comme élément constitutif de l’art d’Eduardo Kac. En faisant interagir diverses disciplines comme la philosophie, la biologie moléculaire, l’histoire naturelle ou les écritures, le travail de l’artiste se révèle être un cas innovant d’écritures complexes issues de ces frontières poreuses en partage. L’inattendu y est valorisé. Le réel advient dans les articulations.
#À l’image du monde quantique, l’incertitude est une condition authentique des procédés de lecture, un des « secrets » de fabrication et un état d’être. Les poèmes de S. Strickland donnent à voir une expérience poétique de la quantique, avec à l’appui un essai théorique sur la poétique quantique que la poétesse applique dans ses poèmes numériques. Nous avons tenté d’explorer ces principes pour quelques poèmes imprimés. Parmi les phénomènes identifiés, S. Strickland transpose l’incertitude quantique à l’interprétation littéraire subjective accueillant plusieurs lectures superposées, battant élégamment la mesure entre bit informatique et beat poétique.
E. Kac, quant à lui, reconnaît l’instabilité du monde qu’il s’évertue à reproduire en art : « The unfamiliar, the perplexing, the disturbing provokes controversy or aesthetic reflexivity »10. C’est aussi le cas du cyberpoème, en apparence accessible à tous sur le web, mais plus difficile à saisir, car le lecteur doit accepter de greffer des systèmes de compréhension inhabituels en poésie, comme la science, la biologie, l’astronomie, sur son système (sémiotique) conventionnel. La cyberpoésie résiste au sens et, dans son déploiement, exige de la performance de la part de ses lecteurs, une compréhension structurée de manière globale et locale, un attachement au processus de fluidité autant qu’au contenu du poème. On l’aura donc compris, le signe ne se fixe pas sur l’écran du cyberpoème, il est fluide, s’ouvrant à une pluralité de méthodes interprétatives et à d’autres systèmes sémiologiques de compréhension.
Tous ces systèmes d’appréhension du monde invitent à réinventer notre rapport au virtuel et au vivant. L’espace de l’écriture apparaît déstructuré par la variabilité et le mouvement de la scription. Cependant, l’espace numérique pourrait offrir de nouvelles possibilités d’organiser un langage poétique grouillant de signes. Parfaitement adapté au monde numérique, le signe fluide est vivant, mouvant, en osmose, en apesanteur, un détail en perpétuelle transformation. Le sens se révèle parfois par accident : malgré tous nos efforts, les mots n’ont pas été bien interprétés, le langage n’est pas parvenu à dire ce qu’il voulait dire. Disparaissant et apparaissant à leur guise, les signes vont et viennent, naissent et meurent, se forment, se déforment, se transforment, se configurent et se reconfigurent en une épaisse ligne d’écriture en mutation. Parallèlement, même si les poèmes de B. Guest sont fixés sur la page blanche, ils présentent des configurations précises et mouvantes sans recours interprétatif absolu : « musical associations […] emerge from grids of words caught in flight. […] We are given accuracies without interpretation. Her page allows erasure and return »11.
Le réel absolu ne cesse de se configurer et de se perdre dans le temps de la quête, dans l’écriture ou la parole, obligeant ainsi lecteurs, scientifiques et artistes à s’abandonner à l’inattendu. De cette manière, chacun est en mesure de se délester d’un regard doxal posé sur la réalité du monde dans l’espoir de voir surgir un moment unique. D’autres œuvres témoignent de cet intérêt pour la physique quantique et de ce lâcher-prise nécessaire à l’appréciation. C’est notamment le cas de la musique de John Cage, des romans de Michel Houellebecq, du théâtre de Claude Régy, de l’œuvre de science-fiction de Robert Anton Wilson et de Philip K. Dick. Certains créateurs inventent d’improbables associations : Laurent Derobert produit des poèmes comme des équations sensibles, Hicham Berrada étudie les protocoles scientifiques qui reflètent la nature, E. Kac remanie la Genèse en maniant des gènes. Les exemples sont légion, mais l’enjeu a été d’expliquer, par l’étude textuelle et l’analyse littéraire, comment écrivains et artistes, différemment des scientifiques et tout en s’en approchant, tentent de comprendre le monde.
Notre réalité, à travers le prisme scientifique ou artistique, est un assemblage de tous les possibles imaginables qui s’efforcent de s’approcher du réel. Les auteurs anglophones étudiés proposent leur version des chemins possibles en transposant le réel dont les phénomènes quantiques font partie, de manière singulière et créative. Peu importent les approximations et les erreurs d’aiguillage, les hypothèses (comme le Big Bang) qu’ils confirment alors même qu’elles sont réfutées a posteriori par une avancée scientifique plus mesurable. Peu importent les formes exotiques prises par les attracteurs étranges de G. Egan ou les singularités de E. Kac, l’ouvrage tente de rendre hommage aux configurations du monde et du réel quantique saisies et imaginées par tous ces penseurs. Tous témoignent de notre capacité limitée à comprendre le monde et de notre enthousiasme à dépasser les carcans. Ce travail vise à déterminer comment les artistes investissent les questions qui animent les scientifiques sans forcer « les pirouettes analogiques » entre les deux disciplines, esquives dénoncées par Bruno Latour puis par Marie-Christine Bordeaux12.
Nous espérons avoir fait l’effort de l’analyse textuelle pour mettre en lumière les stratégies de transposition des phénomènes physiques ou de l’impensable réel, toutes ces modalités et ces lieux d’émergence inventés par les artistes et écrivains anglophones choisis. La fiction se nourrit de singularité, « les espaces narratifs et fictionnels qui se développent ainsi viennent troubler la doxa de l’analyse littéraire et invitent à penser autrement »13. En science, « la singularité représente le mur de la connaissance, “mur de Planck” »14. Ni artiste ni scientifique n’ont réussi à franchir ce mur qui dissimule le mystère de la création de l’univers, mur imaginaire situé une fraction de seconde après l’explosion du Big Bang.
Loin d’une logique causale où l’inattendu est maîtrisable, le monde quantique regorge d’énigmes, faisant voler en éclats les certitudes temporairement corroborées par la logique rationnelle régie par les équations mathématiques. Le passage rassurant de Dieu aux équations est remis en cause par l’art et la science comme énigmes, à l’image de l’œuvre de E. Kac intitulée Specimen of Secrecy about Marvelous Discoveries (2009), biotope et hôte de configurations inattendues. Les microorganismes à la veine artistique évoluent en fonction de la lumière, de la température et de la présence des spectateurs. L’œuvre qui allie éléments artistiques et unités biologiques est un condensé vivant d’inattendu, porte d’accès directe vers du réel pourtant palpable. Cette œuvre d’art accessible et visible à l’œil nu fait néanmoins valoir l’indétermination propre à la nature, à l’art et à l’expérimentation scientifique.
La poésie de E. Kac fait des entorses à la connaissance, son œuvre bouscule nos réflexes de représentations et de perception. Il refuse les visions dogmatiques uniques ou idéologies dominantes. Le monde global contemporain confirme cette mutation du réel et des différents langages en évolution (réseaux, télécommunication, algorithmes). Il s’agit aussi par cette idée de « continuum sémiologique » de rendre compte de la circulation des idées, du flux du monde, de l’interaction entre plusieurs modes de pensée, des possibilités dialogiques entre les espèces. E. Kac crée des connexions inattendues entre des systèmes (de lecture ou d’écriture), entre des objets (fleur, homme, fusée, sculpture de papier), en créant des catégories uniques.
Le côté énigmatique et défossilisé de l’art, du langage, du monde, de la science et du vivant se laisse entrevoir. La beauté de l’œuvre réside autant dans la façon dont les connexions se font que dans le produit fini. L’œuvre génère sa propre représentation. Bien que discontinus entre eux, chaque élément de la nature, chaque discipline pour comprendre le monde, chaque perception se font écho de manière fluide. L’unité et l’harmonie entre les êtres et les espèces, tout comme les multiples moyens de les saisir se fondent sur l’idée d’un continuum sémiologique que sa poésie espère partager15.
Cette volonté de tisser des liens entre tous les pans du monde s’accommode néanmoins avec l’idée que sciences physiques, art, poésie et nature composent avec le doute. La lecture des textes explorés dans ce volume oblige le lecteur à composer d’emblée avec le doute. Tout comme les scientifiques, artistes et écrivains imaginent une part de l’univers sans prétendre à l’exhaustivité. Il est toujours possible d’arrêter une interprétation. Ce réflexe de lecture inhérent aussi au don d’observation du scientifique fait retomber le regard à un niveau plus classique, comme pour mimer le principe de décohérence16 et permettre ainsi à l’observateur de « choisir » la position d’une particule dans l’espace. La cohérence se fait donc au prix d’un choix subjectif dirigé vers une réalité aux dépens du réel ou du niveau quantique. Le concept d’inattendu propre au réel et aux lois de la physique quantique, exploré par les sciences et la littérature, impose la singularité, la bizarrerie, des zones de l’étrange, « l’étrangeté de l’atome et les limites de l’intuition humaine […] [et nous confronte] à nos préjugés concernant le réel »17.
Écrivains, chercheurs et lecteurs butent sur l’inconnu au pied du mur de Planck : ils sont forcés à faire bouger les idées et les dogmes, tentent de décrire des mondes, formulent des hypothèses, risquent une interprétation, ébauchent une théorie au risque d’embrasser des zones de turbulence. A. Einstein qualifiait l’inattendu concomitant au travail du chercheur de « marche de l’ivrogne ». Plus précisément, ce processus aléatoire en physique quantique désignait le mouvement des particules et les étapes décorrélées et indépendantes du temps18. Par extension, l’expression provocatrice pourrait aussi désigner les phénomènes quantiques que les écrivains et artistes tentent de transposer bon an mal an dans leurs œuvres : attracteurs étranges (G. Egan), quasar (quasi-star ou quasi-étoile à la limite de l’observable reproduit dans un poème de E. Kac), contradictions et clôtures multiples (S. Strickland et S. Tomasula), incongruités et dissonances (S. Dedman et M. Mörling), fluctuations de sens (B. Guest), formes fluides insaisissables et infinies (Jim Andrews et Nick Montfort).
À leur manière, tous témoignent de la fantaisie propre au réel, inévitable, nécessaire et salvatrice à nos yeux. L’inaccessibilité du réel et du monde quantique sert de point d’ancrage à tous les domaines de la connaissance pour faire surgir des phénomènes, des formes et des connexions inattendus au fur et à mesure des explorations. Cette tentative de saisie et d’évocation est un véritable défi : science et littérature font face à un monde contre-intuitif, loin d’une position newtonienne confortable, impossible à représenter de manière directe.
Le présent ouvrage a tenté de rendre hommage aux écrivains et artistes qui ont pris le risque de se libérer d’une approche classique pour transposer des expériences ontologiques et épistémologiques en cherchant des solutions mimétiques et esthétiques à des endroits inattendus. Les textes étudiés et les entretiens que j’ai pu mener m’ont conduite à des trajectoires interprétatives imprévisibles et imprévues. Je les espère rigoureuses, réfléchies et néanmoins audacieuses. Par leurs esthétiques originales et radicales, les œuvres abordées dans cet ouvrage tendraient à montrer que le réel absolu et le monde quantique n’existent que dans la spéculation et l’écriture. Parallèlement, cet ouvrage, tel un attracteur étrange, serait ainsi composé de choix aléatoires subjectifs, de fragments littéraires et de lectures à la vision instantanée. Mon choix de décohérence serait de clore ce travail avec les propos éclairés de A. Einstein, influencés par la philosophie d’Emmanuel Kant. Scientifique et philosophe invitent à voir sciences et littératures au même titre que tous les domaines de la connaissance comme une compréhension partielle du monde relevant du prodige :
The very fact that the totality of our sense experiences is such that by means of thinking... it can be put in order, this fact is one which leaves us in awe, but which we shall never understand. One may say ‘the eternal mystery of the world is its comprehensibility’. It is one of the great realizations of Immanuel Kant that the setting up of a real external world would be senseless without this comprehensibility. In speaking here concerning ‘comprehensibility’, the expression is used in its most modest sense. It implies: the production of some sort of order among sense impressions, this order being produced by the creation of general concepts, relations between these concepts, and by relations between concepts and sense experience, these relations being determined in any possible manner. It is in this sense that the world of our sense experiences is comprehensible. The fact that it is comprehensible is a miracle19.
La compréhension dépend des impressions sensorielles initialement ressenties par le sujet, qui tente de structurer le monde pour l’habiter, mais aussi des concepts a priori de notre entendement. Toute tentative de circonscrire le monde et ses phénomènes en totalité, par la plume, les outils algorithmiques ou outillages scientifiques est vaine. Reste à apprécier les surgissements inattendus sur le chemin de cette quête du réel et de la vérité du monde, entre théories et sensations, expériences et questions métaphysiques, science et poésie, échanges sur les pratiques et gestes d’écriture.