Partie 3.
Cette partie invite le lecteur à saisir les différentes caractéristiques conduisant certains ménages à préférer les espaces dits périphériques – plus ou moins insérés dans l’espace rural – au détriment des métropoles. En revenant sur les parcours biographiques, mais aussi sur les significations sociales attachées à de telles implantations résidentielles, les auteurs relativisent l’idée selon laquelle l’ancrage résidentiel à l’ombre des métropoles serait la conséquence d’un processus d’exclusion contraint et serait vécu sur le mode de la relégation. Maeva Durand aborde ce sujet en s’intéressant spécifiquement aux femmes vieillissantes qui parviennent, dans des espaces ruraux éloignés de Belfort, à maintenir un statut résidentiel distinctif (être propriétaire, habiter des espaces valorisés) et à construire un réseau de solidarité et d’interconnaissance, bien que l’entretien d’une résidence individuelle et les coûts associés demeurent une préoccupation quotidienne. Laurent Cailly, quant à lui, s’intéresse aux petites villes implantées dans le giron de Tours. Là encore, le propos insiste sur la vie sociale qui se déroule dans ces centralités « signifiantes » en ce sens qu’elles ne sont pas de simples communes dortoirs, refuges des classes moyennes. En effet, l’analyse menée par le géographe donne à voir qu’elles sont des espaces où cohabitent divers groupes sociaux. Le vécu au sein de ces territoires est pluriel et dépend pour partie des caractéristiques socio-économiques et leur trajectoire résidentielle composent des territoires vécus distinctifs d’un modèle reposant uniquement sur des mobilités pendulaires entre le centre – représentée par la métropole – et la périphérie. Garance Clément, quant à elle, s’intéresse aux Français quittant Lille au profit de villes moyennes belges. Si la traversée de la frontière est impulsée par le prix du foncier, d’autres caractéristiques sont valorisées dans ces espaces moins urbanisés, tels que l’environnement verdoyant et le calme. Néanmoins, là encore, les déménagements ne supposent pas une totale rupture avec la métropole de Lille, ni même plus largement avec le territoire français, comme l’indiquent les lourdes démarches administratives auxquelles les habitants sont confrontés. Enfin, Martin Minost analyse là aussi les départs des ménages plutôt fortunés vers les nouvelles villes périphériques de Shanghai. Pour autant les ménages nouvellement installés, et parce que fortement socialisés à la vie urbaine, mettent à distance les espaces ruraux et leurs habitants encore perçus comme ayant des pratiques désuètes. C’est en se distinguant de ces habitants que les nouveaux venus parviennent à ne pas faire l’expérience du déclassement social que représente d’ordinaire, pour ces ménages, l’implantation en périphérie.