Stratégie résidentielle des femmes célibataires âgées en milieu rural
"Juste like in the countryside": Housing Strategy for Single Elderly Women in Rural Areas
Les études sur les modes de vie des classes populaires et sur les inégalités spatiales mettent en avant « la conquête de normes » en matière d’habitat à travers l’accès à la propriété des classes populaires (Verret, 1979 ; Chamboredon, 2019). Les cités HLM des grandes villes sont alors appréhendées comme le point de départ vers une installation au sein des communes rurales où se stabilisent « les petits-moyens », habitants des résidences pavillonnaires situés à la frontière des classes populaires et moyennes (Cartier et al., 2008, p. 14-15). En revenant sur le parcours résidentiel de femmes célibataires, ouvrières et employées âgées d’une cinquantaine d’années, il est possible de saisir le rôle des bourgs comme perspective d’habitat auprès des femmes de classes populaires. Ces bourgs concentrent la plupart des services publics (Diallo et al., 2016, p. 23-32) et peuvent apparaitre attractifs à plusieurs égards : d’une part, ils disposent de nombreux services (transports, écoles, services de proximité…) qui permettent le maintien du lien social au niveau local et la structuration d’une vie collective (Barczak et Hilal, 2016). D’autre part, ces petites villes s’inscrivent dans un système référentiel plus large au sein du territoire, en étant moins stigmatisées que les quartiers populaires des villes, car perçues comme susceptibles de donner accès à des réseaux de solidarités informels du fait d’un taux de chômage moins élevé qu’en milieu urbain. C’est le cas du bourg de 3 000 habitants qu’on appellera Montmagnanche1, situé dans l’Est de la France, à proximité de la ville moyenne de Belfort. Le territoire est marqué par une désindustrialisation continue depuis la fin des années 1970. La réduction du tissu industriel a diminué le nombre d’emplois ouvriers et, en particulier, de petites entreprises liées à la sous-traitance dans lesquelles travaillaient les femmes des classes populaires. Selon l’Insee en 2017, le taux de chômage au sens du recensement des 15-64 ans à Montmagnanche est de 11,4 % pour les femmes et grimpe à 25 % à Belfort. La ville perd régulièrement en nombre d’habitants, contrairement à certaines communes environnantes, à l’image de Montmagnanche.
Alors que les jeunes femmes qui vivent en milieu rural cherchent plus que les hommes à quitter les campagnes (Pinel, 2020), les femmes plus âgées de l’enquête souhaitent y retourner. Cette volonté de retour prend sens dans leurs trajectoires matrimoniales et incite à une prise en compte genrée des significations de l’habitat (Lambert etal., 2018) en fonction des étapes biographiques, le statut de propriétaire n’étant jamais acquis pour les femmes de classes populaires. Accéder à la propriété nécessite une stabilité conjugale, alors même que les désunions sont fréquentes (Costemalle, 2017), d’autant plus entre 30 et 50 ans. Ces ruptures se révèlent particulièrement défavorables aux femmes qui voient leur niveau de vie se dégrader de manière significative, encore plus pour les anciennes générations où l’écart salarial entre les sexes est plus marqué (Eichwald et Pic, 2021). En l’absence de perspective professionnelle stable, beaucoup ont mis entre parenthèses leur carrière pour suivre leur conjoint. Bien qu’elles aient participé à l’entretien de la propriété, du fait d’un travail domestique encore majoritairement à charge des femmes (Cartier, Letrait et Sorin, 2018) et d’une prise en main des finances de la famille (Perrin-Heredia, 2018), les inégalités en matière de patrimoine restent à l’avantage des hommes (Bessière et Gollac, 2020). Chaque changement de configuration familiale (décohabiter, se séparer, divorcer ou le veuvage) est susceptible de créer une déstabilisation supplémentaire, avec des déménagements successifs sur un périmètre restreint, tout en s’inscrivant dans des préférences résidentielles singulières. Les locations dans les petites villes peuvent être privilégiées étant donné la faible tension du secteur locatif et la disponibilité du parc social.
Que deviennent les femmes de ces ménages populaires de « petits-moyens » à nouveau célibataires et comment opèrent-elles leur arbitrage résidentiel ? Alors que de récentes études se sont attardées sur les styles de vie des jeunes femmes de milieu rural (Amsellem-Mainguy, 2021 ; Orange et Renard, 2022), il s’agit de donner une visibilité aux femmes vieillissantes (Mallon, 2013, p. 131) qui peuplent les espaces éloignés des métropoles, en montrant de quelle manière leur tentative de faire face à différentes formes de déclassements s’inscrit dans des logiques de distinction socio-territoriales : « vivre au bourg » permet de se rapprocher des fractions les plus stabilisées des classes populaires, tout en valorisant un certain style de vie, tourné vers les activités paysannes des campagnes.
Cet article prend appui sur une enquête ethnographique menée dans le cadre d’un travail de thèse (Durand, 2021) auprès d’un réseau d’interconnaissance de 21 femmes et 8 hommes, âgés de 52 ans en moyenne, appartenant aux classes populaires (ouvrières et employées). À la différence des hommes qui sont dans leur grande majorité propriétaires, 11 d’entre elles sont locataires et seulement 10 sont propriétaires. Sur ces 21 femmes, 8 sont célibataires dont 5 divorcées, l’une est veuve et deux n’ont jamais été mariées. L’article mobilise de manière plus spécifique trois entretiens répétés – entre 2016 et 2018 – auprès de trois amies qui incarnent un ensemble de mécanismes identifiés dans d’autres trajectoires. Martine, 69 ans, Irem, 56 ans, et Nadine, 55 ans, vivent dans ou à proximité de la petite ville de Montmagnanche. Originaires de villages, elles ont pu vivre un temps au sein de la ville de Belfort, avant de chercher à se rapprocher de la campagne, par l’intermédiaire du bourg. Aux entretiens s’ajoutent des discussions avec leurs enfants et des proches, ainsi qu'une observation participante lors d’événements familiaux.
Dans un premier temps, je montrerai en quoi le bourg peut représenter un espace de distinction en termes de classe et de genre chez les femmes célibataires issues de familles de propriétaires au sein des villages environnants. Vivre au bourg permet d’éviter les quartiers paupérisés de la ville moyenne pour se rapprocher d’un entre-soi populaire stabilisé, où les femmes sont également plus nombreuses par rapport à Belfort. Cette proximité à la campagne permet le maintien de pratiques rurales en tant que travail à côté (Weber, 2009) au féminin. Le continuum d’activités en dehors de la sphère salariée, mêlant travaux de goûts et de nécessité, a plus souvent été abordé d’un point de vue masculin, alors même que les reconfigurations conjugales obligent à réactualiser des dispositions genrées en matière de bricole ou dans la prise en charge du jardin (Hughes, 2024).
Appréhender les mobilités résidentielles de ces femmes au cours de leur vie nécessite de revenir sur les difficultés qu’elles ont eues à rester propriétaires dans des petits villages, ce que j’aborderai dans un second temps en mobilisant trois études de cas. Si la précarité économique qu’induisent les séparations reste le premier facteur qui explique les reventes, le sentiment d’incompétence à entretenir sa maison une fois seule n’est pas à négliger. La perte d’un réseau masculin qui permettait de mutualiser les coûts d’entretien de la propriété est souvent évoquée. Cela permet de questionner plus généralement l’ambiguïté du capital d’autochtonie, à savoir l’ensemble des ressources que procure l’appartenance à des réseaux de relations localisés (Renahy, 2010), en fonction du genre.
Le bourg, un espace de distinction entre classes populaires, au prisme du genre
Certaines femmes de l’enquête sont originaires de petits villages et n’ont jamais pu accéder à la propriété, à la différence de leurs parents et frères, étant donné la précarisation de leurs conditions de travail et l’absence de stabilité conjugale. Quand elles ont été en mesure d’y accéder grâce à la mise en couple, elles ont dû revendre leur maison une fois séparée ou veuve et se sont retrouvées locataires du parc social. Dans ce contexte, retourner au bourg permet d’amoindrir leur déclassement socio-résidentiel. S’orienter vers « le bon coin » du secteur locatif permet de se rapprocher des classes populaires stabilisées et de s’éloigner des catégories stigmatisées, plus jeunes et masculines, de la ville. La disponibilité du parc locatif leur permet d’obtenir des marges de manœuvre en termes de stratégies résidentielles afin de se rapprocher de « la campagne », où il est possible d’actualiser des savoir-faire liés au monde paysan.
Avoir accès au « bon coin » du secteur locatif
Le bourg de Montmagnanche, comme la plupart des communes rurales, se caractérise par une surreprésentation des classes populaires par rapport aux milieux urbains (Mischi, Renahy et Diallo, 2016), mais aussi par un vieillissement féminin de la population. En 2017, on compte plus de femmes que d’hommes au sein du bourg (1 464 hommes, pour 1 600 femmes) à l’inverse de la ville moyenne. 62,9 % des femmes ont 45 ans et plus (contre 45,1 % à Belfort), dont un tiers sont âgées de 65 ans et plus. Alors que le pôle urbain attire les plus jeunes, en particulier les jeunes hommes célibataires qui cherchent à suivre des formations industrielles qualifiées, la population féminine du bourg est moins formée. 34,5 % des femmes n’y ont aucun diplôme (contre 28,4 % à Belfort) et elles sont peu nombreuses à détenir un diplôme de l’enseignement supérieur par rapport à la ville. En outre, l’avancée en âge accroît la diversité des statuts conjugaux chez les femmes. En effet, les personnes de plus de 60 ans qui représentent plus d’un tiers de la population dans le rural (Détang-Dessendre et Piguet, 2016, p. 13) sont loin de toutes vieillir en couple. À Montmagnanche, on retrouve un grand nombre de veuves (tableau 1), les ouvrières et employées étant majoritairement en couple avec des ouvriers (Bernard et Giraud, 2018) dont l’espérance de vie s’avère plus réduite que d’autres catégories socio-professionnelles. Par rapport aux cadres, les ouvriers ont ainsi deux fois plus de risque que mourir entre 35 et 65 ans et 1,7 fois plus entre 65 et 75 ans (Blanpain, 2024) :
Source : Insee, RP 2017, exploitation principale, géographie au 1er janvier 2020
Si les travaux scientifiques ont pu mettre en avant les phénomènes d’installation des familles dans le périurbain (Girard, 2014), les femmes seules et familles monoparentales constituent une autre figure emblématique des bourgs. À Montmagnanche, elles représentent 38,3 % des ménages. Les familles monoparentales, majoritairement féminines, sont en constante augmentation dans cette petite ville depuis 1999, ce qu’on peut relier à la présence d’un parc social, dont le lot le plus important regroupe 149 logements. La part des propriétaires est moins importante à Montmagnanche (52,5 %) qu’en France métropolitaine (57,5 %), mais reste plus importante qu’à Belfort (33,2 %). Aux yeux des enquêtées, habiter au bourg permet de se rapprocher d’autres femmes célibataires âgées et des classes populaires propriétaires, tout en s’éloignant des catégories les plus paupérisées des villes (Durand, 2023, p. 49).
Le bourg représente une zone intermédiaire entre ville et campagne, susceptible de leur fournir des réseaux de solidarité tout en demeurant accessible. Ces femmes mobilisent leurs connaissances administratives en tant que « secrétaire[s] de la famille » (Siblot, 2006) pour accéder au parc social de la petite ville. Elles n’hésitent pas à interpeller les assistantes sociales et l’office HLM ou encore les élus locaux pour appuyer leur demande de logement. Le nombre de logements vacants au sein du parc social du département du Territoire de Belfort et les délais rapides d’attribution (Rey-Lefebvre et Delangle, 2021) leur permettent une relative marge de manœuvre quant au choix de résidence. Au guichet, il est fréquent d’indiquer le nom des rues « repérées » sur la demande, que l’agent note au crayon de papier. Ce « repérage » s’appuie sur une connaissance fine de l’espace local, favorisée par une scène restreinte d’interconnaissance. Certaines évoquent leur amitié avec une concierge, une voisine (la plupart du temps une autre femme) qui leur indique l’adresse d’un appartement vide. Irem, 56 ans, ancienne ouvrière, a d’abord vécu dans le secteur privé avec sa famille au sein du bourg de Montmagnanche, puis, à la naissance de son premier enfant en 1984, a demandé l’aide d’une amie pour effectuer sa demande de logement social :
J’avais une copine qui travaillait à la mairie à Mont-Houillère commune de 950 habitants, à proximité de Montmagnanche, on avait fait une demande de HLM, parce que mon ancien apparemment c’était très humide, y avait beaucoup de rats … et c’est la copine qui m’a aidée. [entretien, février 2018]
Il n’est pas rare que ces femmes se fassent aider par leurs filles dans leur démarche administrative, à l’image de Martine, 69 ans, ancienne employée. À la suite de nombreux déménagements après un veuvage dans les années 1980, puis une séparation d’un second conjoint en 2007, elle se retrouve locataire dans le secteur privé du bourg en 2009, où elle n’arrive plus à honorer ses factures. Elle relate ainsi comment elle a pu obtenir un logement social à Montmagnanche.
Celle de la mairie [du bourg] m’a aidée à monter mon dossier. Mais ils ont traîné parce que mon dossier était en dessous et, heureusement. Je suis allée ensuite à l’office de Belfort avec ma fille. Elle a dit au petit jeune qui était là : « Écoutez, ma mère, elle va être à la rue ». Mon dossier était tout en dessous… Il l’a remonté et, 8 jours après, j’avais une réponse. [entretien, mars 2018]
Les agents des petites municipalités peuvent également faire office de relais pour demander conseils et orientations dans différentes démarches administratives (faire des photocopies, aider à monter un premier dossier…). Accéder au bourg est ainsi rendu possible par différents dispositifs publics et réseaux de solidarité, en partie féminins. Ces réseaux de solidarité sont d’autant plus mobilisables qu’ils s’inscrivent dans un échange de savoir-faire et de références familières aux activités agricoles.
Maintenir un savoir-faire paysan, entre rural et urbain
Les représentations et goûts des femmes célibataires de l’enquête sont marqués par des références communes au monde agricole, qu’elles tirent de leur univers familial. Leurs parents, généralement ouvriers, étaient propriétaires d’une maison, et exerçaient une activité semi-agricole en plus de leur travail salarié. Sandrine, 48 ans, employée de ménage, a vécu au sein d’une famille nombreuse dans un village situé à cinq kilomètres du bourg, avec jardins, poules et lapins. Son père est ouvrier à Alstom et sa mère femme au foyer. Les deux s’occupent de petites parcelles de terre qu’ils ont à proximité de leur maison. Contrairement à ses deux frères, propriétaires et mariés, Sandrine est célibataire sans enfant. Cette enquêtée a toujours vécu dans le parc social de Montmagnanche et cherche à garder une proximité « à la nature » en restant à distance de la ville de Belfort. Vivre aux abords de la campagne est souvent mentionné comme un élément valorisant parce qu’il donne l’occasion d’entretenir un travail à côté qui oscille entre travail et loisirs. Cela nécessite de disposer de moyens (un espace adapté, des matières premières), mais aussi d'un réseau de relations qui fournit une contrepartie monétaire (Weber, 2009, p. 66). Même si les femmes du bourg sont locataires, elles évoquent les conseils qu’elles demandent à des voisins et voisines concernant l’outillage et leur jardin qu’elles ont réussi à obtenir dans le cadre de leur location ou via une mise à disposition par la municipalité. Les femmes de l’enquête évoquent le jardin comme un élément important dans leur choix résidentiel, comme le relate Irem dans l’extrait d’entretien suivant :
Avec mon jardin, derrière la mairie, je pouvais y promener mes enfants et y mettre trois patates, des carottes, des haricots. J’aime bien faire le jardin parce que je le faisais avec mes parents, dès que je rentrais de l’école. Eux, ils avaient l’habitude, en Turquie, ils étaient paysans, ils faisaient du fromage dans une ferme. [entretien, février 2018]
Les parents de cette enquêtée étaient paysans en Turquie et devinrent ouvriers à proximité de Montmagnanche à leur arrivée en 1969. Le jardin lui permet d’entretenir un héritage familial et facilite la garde de ses trois enfants. Il lui permet de partager des références communes avec d’autres classes populaires plus établies du bourg, d’être reconnue comme quelqu’un qui n’a pas peur de se salir les mains et de travailler la terre, contrairement à « ceux de la ville ».
Ces activités ne se limitent pas au jardin et prolongent des relations sociales susceptibles de mener à des « bons plans ». Lorsque Martine entre dans le parc social de Montmagnanche en 2014, elle rencontre via une petite annonce dans le journal local, Didier, séparé, ancien fonctionnaire de la Direction départementale de l’équipement (DDE), aujourd'hui Direction départementale des territoires (DDT) à Belfort, propriétaire d’une maison dans un village. Elle va régulièrement chez lui, participe au jardin, qui lui procure bocaux et confitures. Elle offre régulièrement des conserves à ses voisines et ses petits-enfants. Par la suite, Martine achète un terrain sur les conseils de ce nouveau compagnon. Celui-ci lui a proposé de dessiner les plans d’un petit chalet qu’ils pourraient aménager au fur et à mesure. Ces différents investissements (jardins chez ce nouveau conjoint, achat d’un petit terrain, transformation alimentaire…) jouent un rôle d’« économicisation de la vie quotidienne » (Blavier, 2021, p. 180) en structurant l’économie domestique. Ces activités de bricole participent à réduire les risques de dépenses qui pèsent sur les individus, en tenant compte d’aspirations qui se jouent au plus près de soi. Tout en constituant un investissement productif, ce travail à côté permet d’obtenir une reconnaissance symbolique de savoir-faire paysans, légitimes et respectables. S’ils n’empêchent pas une stigmatisation à l’encontre des femmes célibataires, résidentes du parc social du bourg, ces savoirs peuvent être mobilisés pour se distinguer d’autres femmes des classes populaires des villes, perçues comme n’ayant pas le goût de l’effort manuel.
Un statut de propriétaire jamais acquis
Le bourg est une référence pour les femmes de l’enquête parce qu’elles ont vécu à proximité, lorsqu’elles étaient propriétaires avec leur conjoint. En revenant sur le cas de trois amies au statut résidentiel varié, il s’agit de s’attarder sur les difficultés qu’ont pu avoir ces femmes à rester propriétaires. Alors que Nadine a été très investie dans la rénovation de sa maison, sa séparation l’oblige à la revendre. Son déclassement résidentiel s’inscrit dans un sentiment d’incompétence à entretenir son bien et le sentiment de se retrouver « seule » à « tout faire ». Sa séparation induit un éloignement des réseaux masculins qui permettaient une mutualisation des coûts, ce qui questionne plus généralement les possibilités de tirer parti d’un capital d’autochtonie. Les cas de Martine et Irem seront mobilisés à leur tour : la première, trop isolée, se voit contrainte de revendre sa maison, pendant que la seconde, malgré l’étroitesse de son budget, arrive à rester propriétaire en s’appuyant sur la contribution de ses enfants pour entretenir son patrimoine.
« Je ne peux plus entretenir », déclassement résidentiel et sentiment d’incompétence
Comme le rappelle Laure Crépin, tout en demeurant marginale, la perte du statut de propriétaire résulte largement des séparations (Crepin, 2021, p. 1). L’auteure conclut que les inégalités de patrimoine entre les sexes restent essentiellement liées à une différence de ressources, plus faibles chez les femmes qui font face à des discriminations à l’emploi. Dans le même temps, elle souligne les injonctions sociales genrées (notamment à s’occuper des enfants) qui se traduisent par des préférences résidentielles singulières, où rester propriétaire après une séparation est moins souvent envisagé par rapport aux hommes. Ces préférences sont également marquées par l’impression de ne pas maîtriser des capitaux techniques (Girard, 2017, p. 103), à la fois inégalement distribués entre classes sociales et selon le genre. C’est ce dont fait état Nadine, qui a pourtant participé de longues années à l’entretien du patrimoine, acheté sous le régime de la communauté de biens, avec son ex-mari, ouvrier.
Nadine, issue d’une famille ouvrière, travaille comme serveuse dans un hôtel de 1978 à 1980, puis comme poissonnière dans un supermarché en 1981, date à laquelle elle a un premier enfant. À cette époque, elle vit dans un appartement au huitième étage d’une tour à Mulhouse avec son conjoint, ouvrier, qu’elle a rencontré lorsqu’elle avait 17 ans. Avec la naissance de leurs enfants en 1981, 1984 et 1986, ils décident de devenir propriétaires. Ils achètent à Mont-Rivière, village de 600 habitants, à proximité de Montmagnanche, où Nadine est embauchée dans une usine de fabrication d’accoudoirs pendant que lui travaille comme ouvrier qualifié à Alstom puis Peugeot. Après le licenciement économique de Nadine, cette dernière devient aide à domicile. À l’achat de leur maison, le couple se lance dans de gros travaux. Toiture, chauffage central, garage, radiateurs, carrelage, terrasse pour lui. Fosse septique, jardin, tapisserie et l’intégralité du travail domestique pour elle (c’est-à-dire cuisine, rangement, éducation des enfants, courses, linge, etc.). Lorsqu’ils se séparent au milieu des années 2000, Nadine récupère la maison et les dettes contractées pendant le mariage. Les ouvriers sont en effet plus nombreux que les autres catégories sociales à s’endetter dans le cas d’accès à la propriété (Lambert, 2013). En 2017, à cause de maladies socio-professionnelles, elle se déclare en arrêt maladie et enchaîne les contrats à mi-temps. Pendant plusieurs mois, ses revenus tombent à 600 euros, desquels elle doit déduire 400 euros d’emprunt pour la maison. Avec l’aide de Martine, elle sollicite le Conseil départemental pour obtenir une aide exceptionnelle qui lui permet de régler différentes factures des charges courantes. La mutualisation de ces compétences institutionnelles féminines ne permet ni de compenser la faiblesse du salaire, ni les coûts que représente le recours à un professionnel (Gollac, 2011, p. 264). Les travaux d’entretien sont d’autant plus compliqués que les maisons du village ne bénéficient pas du système de tout-à-l’égout. En l’absence d’un réseau d’assainissement public, chaque foyer est chargé de s’occuper de sa fosse septique. Nadine doit la gérer désormais seule tout comme elle doit s’occuper de l’entretien du jardin, ce qu’elle mentionne en ces termes :
Tu comprends, ici, j’ai 13 ares de terrain quand même … Maintenant, tondre la pelouse, faire les réparations je ne peux plus… les gens disent « pourquoi tu vends », mais y en a pas un qui vient m’aider aussi… si, Stéphane (mon nouveau compagnon), parfois, mais bon, ce n’est pas suffisant. [Carnet de terrain, avril 2018]
Cette peur de devoir vieillir dans une maison dont on ne peut plus s’occuper n’est pas partagée par les hommes de l’enquête, propriétaires. Plus généralement, c’est un isolement social dont rend compte Nadine (« personne ne vient m’aider »), alors que « les frères de son conjoint » passaient régulièrement « filer un coup de main » pour réparer la toiture. Seul Stéphane, son nouveau compagnon, vient l’aider ponctuellement et non régulièrement puisqu’il ne s’agit pas de « son » patrimoine. Cette situation est, selon elle, commune à d’autres femmes du village, comme elle l’explique par la suite :
La femme en haut [du village] aussi elle va vendre. Son mari est mort, elle est devenue veuve, bah elle ne peut pas non plus entretenir la maison… tu vois, moi, je passais la tondeuse, j’ai fait quand même pas mal de travaux… Elle, elle n’a jamais rien fait, bah je peux te dire que maintenant, c’est la galère. … C’est comme Renée qu’on a vu à l’anniversaire de Martine. Elle est célibataire, elle vit à la sortie du village. La maison est [dans un état] déplorable. Elle, c’est sûr, elle ne pourrait pas vendre. Il manque une partie de la toiture, y a des trucs cassés à l’intérieur, je ne sais même pas si y a pas le chauffage central. [Carnet de terrain, avril 2018]
Le taux de pauvreté2 des femmes veuves est de 11,7 % contre seulement 3,7 % chez les veufs, auquel s’ajoute une revente « à perte » étant donné l’impossibilité d’avoir accès à des capitaux techniques masculins pour entretenir son bien3. Face aux inquiétudes et difficultés à vendre, Nadine compte sur une demande de logement social au bourg. Ainsi, les savoir-faire familiaux, qui se transmettent d’une génération à l’autre, laissent apparaitre des inégalités genrées entre « gros et petits travaux », et peuvent expliquer que certaines d’entre elles renoncent à leur maison. Si le travail des femmes reste fondamental au sein de l’économie domestique et locale, l’affaiblissement des réseaux masculins, d’un père, d’un frère ou des amis du conjoint, peut apparaitre particulièrement défavorable aux femmes.
Une dépendance accrue aux réseaux masculins et ressources de proximité
Les compétences de l’entourage pour limiter les coûts d’achat d’une propriété s’avèrent indispensables au sein des classes populaires dont les budgets sont plus restreints. En ce sens, le capital d’autochtonie peut se convertir sur le marché professionnel (Renahy, 2005 ; Retière, 1994) ou en bien immobilier (Vignal, 2018). Néanmoins, les profits liés à ce type de capital s’avèrent différenciés entre hommes et femmes, les contreparties attendues chez ces dernières étant plus fortes vis-à-vis de leur entourage (Agnoux, 2022). Dans les cas de ruptures, les femmes perdent les bénéfices d’un travail de long terme qui participait à l’entretien d’un patrimoine. Leur capacité à s’appuyer sur des réseaux masculins et à étendre leurs ressources de proximité vont leur permettre de garder ou non leur statut de propriétaire.
Martine, dont le parcours professionnel a été marqué par de grandes discontinuités, hésite à acheter une maison avec son second époux avec qui elle aura un quatrième enfant. Elle quitte l’Est de la France et devient finalement propriétaire au début des années 2000 en Mayenne, dans un endroit « paumé » où il lui est possible d’accéder à une grande maison du fait d’un héritage d’un premier mariage. Elle décrit cette expérience comme « une bêtise », n’ayant pas réussi à revendre au prix d’achat. Elle s’exprime ainsi sur les raisons de son retour à proximité du département du Territoire de Belfort :
– Tout le monde dans la famille devenait dépressif. Parce que les gens là-bas, je ne dis pas, ils sont gentils, mais ils sont indifférents. Et ça, nous on ne l’a pas supporté.
– Et tu avais de la famille en Mayenne ?
– Oui, normalement il y avait des cousins, que j’ai tout fait pour retrouver. Mais ils se sont tous dispersés après, donc c’était plus possible. Je pensais moi retrouver tout le monde et puis acheter une maison qui n’était pas chère et puis… Quand on part comme ça, on part avec des idées et puis quand tu y es, tu trouves des choses complètement différentes. J’en ai passé des heures à regarder les maisons ! C’est moi qui m’occupais de tout.
– Et ton mari, il te soutenait dans cette démarche ?
– Lui, ce qui le faisait partir c’est : « Chouette, on ira à la pêche aux coquillages, on est près de la mer ». Et puis finalement, lui, il n’a pas travaillé tout de suite, et quand il a fini par trouver une place qu’il aurait pu garder… le voilà qu’il a un accident de travail ! Je me suis dit : « Non, c’est bon, on revient ! » [entretien, mars 2017]
Dans cet extrait d’entretien, il est possible de percevoir comment les relations familiales dans lesquelles les femmes sont investies, sont appréhendées comme un support relationnel et financier, indispensable au maintien de la propriété. Dans le même temps, l’accident de travail de son mari, ouvrier-artisan, nécessite de s’appuyer sur d’anciens réseaux de solidarité qui font défaut dans un bourg où les habitants sont « indifférents » et sur lesquels « on ne peut pas compter ».
A contrario, Irem, ancienne ouvrière au chômage, réussit à rester propriétaire en mettant à contribution ses enfants et en profitant d’une certaine ascendance au sein de son couple. À la différence de Nadine, Irem a réussi à rembourser ses dettes en étant embauchée en contrat durable à temps plein pendant de nombreuses années. Elle décrit les « sacrifices » faits durant quinze ans pour rembourser le prêt. Son compagnon, ancien ouvrier, en invalidité à la suite d’un accident de travail, ne contribue, selon elle, à aucun frais, comme elle le relate dans l’extrait suivant :
C’est moi qui l’ai payée cette maison ! Pour les charges, pour le bois, il ne donne rien, 200 euros par an. Là, y a la facture d’eau, 173 euros, il va y avoir les poubelles en avril, donc avec ma fille Amina, on va se partager la moitié, mais là je vais demander qu’il participe, qu’il paye le reste, ce n’est pas possible autrement. Et puis quand il viendra, il payera sa bouffe, lui, il arrive, il ne fait rien […], il croit que c’est le prince, que je suis sa bonne et que je vais payer ! [Carnet de terrain, février 2018]
Si cet extrait doit être replacé dans le contexte d’une discussion entre amies, où Irem a à cœur de montrer devant Nadine et Martine qu’elle ne se laisse pas abuser, il montre aussi en quoi une situation de petite hypogamie peut-être favorable aux femmes, qui se sentent alors légitimes à garder « leur maison ». Leurs filles, nées en 1984 et 1991, participent régulièrement aux différents frais. Les deux ne sont pas propriétaires. La première vit en logement social au sein du bourg et la seconde est revenue dans la maison familiale à la suite d’un divorce. Cette situation est favorable à Irem, à la différence de Martine et Nadine dont les enfants sont déjà engagés dans la propriété conjugale. De plus, Irem peut s’appuyer sur un réseau familial et amical, en partie d’ascendance turque, qui lui permet d’obtenir des conseils lors de « gros travaux » comme elle l’explique :
Là, je dois faire des gros travaux, faire réparer la cheminée. Mais je vois bien que le vendeur, il essaye de m’avoir. C’est parce que je suis une femme, il croit que je n’y connais rien. Mais c’est moi qui ai fait les travaux de cette maison ! Je connais tout ! Du coup, j’ai demandé à mon fils de voir avec un copain turc, qui a un magasin pas loin, je vais aller là-bas. [Entretien, février 2018]
À la différence d’autres classes populaires plus stabilisées (Masclet etal., 2020) l’accès à la propriété d’Irem ne s’accompagne pas d’une ascension sociale. Sa maison est d’ailleurs la plus petite du quartier, sans place de parking attitrée. Cette dernière doit en outre régulièrement faire face à des situations de violences conjugales. Face aux stratégies d’intimidation de son mari pour « la faire vendre », Irem s’appuie sur la reconnaissance du cercle familial, ce qui suppose dans le même temps une disponibilité constante envers ses proches. Ses enfants viennent régulièrement y habiter et sont donc plus enclins à participer aux travaux. Aussi, bien qu’Irem soit parvenue à se rapprocher de ses « voisins honorables » au sein du bourg, son statut de propriétaire demeure fragile.
Conclusion
En passant par les trajectoires des femmes âgées, il est possible de saisir les liens de réciprocité existant entre mondes rural et urbain, tout comme les marges de manœuvre résidentielles chez les classes populaires, y compris au sein du parc locatif des petites villes. Ces mobilités résidentielles, bien que contraintes, renvoient à des préférences en termes de lieu d’habitat en fonction de la proximité sociale et genrée. Le retour au bourg est pensé comme favorisant des opportunités et amitiés avec d’autres classes populaires et femmes, plutôt âgées. En s’appuyant sur ces relations de proximité « comme à la campagne », elles espèrent être moins exclues qu’elles ne le seraient à Belfort ou dans des milieux plus urbanisés. Le partage de goûts et valeurs associées au monde paysan peut être source de valorisation symbolique dans un contexte de précarité de plus en plus marquée avec l’avancée en âge. On peut se demander si l’intériorisation de désavantages dans les parcours professionnels et matrimoniaux féminins ne participe pas à modeler des préférences résidentielles à distance de la propriété. Celle-ci est d’abord appréhendée à travers des difficultés supplémentaires auxquelles il va falloir faire face, plutôt que comme un bénéfice futur, ou moyen de faire fructifier un capital. L’étude des trajectoires de vie montre que pour rester propriétaire, il est nécessaire de s’appuyer sur des réseaux masculins et/ou familiaux étendus. En l’absence d’un tel réseau, vivre au bourg est pensé comme un moyen d’amoindrir le déclassement que connaissent les nombreuses femmes, divorcées ou veuves, qui peuplent les campagnes contemporaines.
1Afin de respecter l’anonymat des enquêtés qui pourraient être identifiables au sein des communes de petites tailles, les noms des villages et bourgs sont pseudonymisés.
2Part de la population vivant sous le seuil de pauvreté, défini à 60 % du niveau de vie médian.
3À ce sujet, voir l’article de Paola Tabet (1998) sur les techniques genrées d’outillage.
Agnoux Perrine, 2022, Du côté de chez soi. L’entrée dans la vie adulte des femmes de classes populaires dans les espaces ruraux, thèse de doctorat en sociologie, Université Bourgogne-Franche-Comté.
Amsellem-Mainguy Yaëlle, 2021, Les Filles du coin. Vivre et grandir en milieu rural, Paris, Presses de Sciences Po, collection « Académique ». Disponible sur : https://doi.org/10.3917/scpo.amsal.2021.01.
Barczak Aleksandra et Hilal Mohamed, 2017, « Quelle évolution de la présence des services publics en France ? » dans Courcelle Thibault, Fijalkow Ygal et Taulelle François (dirs), Aménagement du territoire et services publics, Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection « Espace et territoires », p. 31-65.
Bernard Lise et Giraud Christophe, 2018, « Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ? », Travail, genre et sociétés, 39, p. 41-61. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/tgs.039.0041.
Bessière Céline et Gollac Sibylle, 2020, Le Genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, Paris, La Découverte, collection « L’envers des faits ». Disponible sur : https://doi.org/10.3917/dec.bessi.2020.01.
Blavier Pierre, 2021, Gilets Jaunes. La révolte des budgets contraints, Paris, Presses universitaires de France.
Blanpain Nathalie, 2024, « Les écarts d’espérance de vie entre cadres et ouvriers : 5 ans chez les hommes, 3 ans chez les femmes » [en ligne], Insee première, 2005. Disponible sur : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8220688.
Cartier Marie, Coutant Isabelle, Masclet Olivier et Siblot Yasmine, 2008, La France des « petits-moyens ». Enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris, La Découverte, collection « Enquêtes de terrain ». Disponible sur : https://doi.org/10.3917/dec.carti.2008.01.
Cartier Marie, Letrait Muriel et Sorin Matéo, 2018, « Travail domestique : des classes populaires conservatrices ? », Travail, genre et sociétés, 39, p. 63-81.
Chamboredon Jean-Claude, 2019, Territoires, culture et classes sociales, éd. par G. Laferte et F. Weber, Paris, Éditions de la rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, collection « Sciences sociales ».
Costemalle Vianney, 2017, « Formations et ruptures d’unions : quelles sont les spécificités des unions libres ? » [en ligne], Insee références. France portrait social. Disponible sur : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3197269 ?sommaire =3197289 [consulté le 15 juillet 2025].
Crépin Laure, 2021, « L’accession à la propriété après les séparations : pourquoi un tel écart entre hommes et femmes ? », Populations vulnérables, 7, p. 1-19. Disponible sur : https://doi.org/10.4000/popvuln.780.
Détang-Dessendre Cécile et Piguet Virginie, 2016, « La population des villes et des campagnes : des mobilités qui comblent les disparités historiques ? » dans Blancard Stéphane, Détang-Dessendre Cécile et Renahy Nicolas (dirs), Campagnes contemporaines, enjeux économiques et sociaux des espaces ruraux français, Versailles, Éditions Quae, collection « Update Sciences & Technologies », p. 7-11. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/quae.blanc.2016.01.0007.
Durand Maeva, 2021, Les Invisibles. Enquête localisée sur le rapport au politique des femmes des classes populaires, thèse de doctorat en sociologie, Université Bourgogne-Franche-Comté.
Durand Maeva, 2023, « “Avec le passif que j’ai”, stabilisation populaire et engagement ponctuel d’une adhérente du FN d’un département semi-rural de l’est de la France » dans Dahani Safia, Delaine Estelle, Faury Félicien et Letourneur Guillaume (dirs), Sociologie politique du Rassemblement national. Enquêtes de terrain, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2023, collection « Espaces politiques », p. 43-58. Disponible sur : https://doi.org/10.4000/138ab.
Eichwald Audrey et Pic Virginie, 2021, « Les femmes sont financièrement plus affectées par une séparation » [en ligne], Insee Analyses Grand Est, 130. Disponible sur : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5228962.
Girard Violaine, 2014, « Un peuplement au-dessus de tout soupçon ? Le périurbain des classes populaires blanches », Actes de la recherche en sciences sociales, 204, p. 46-69. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/arss.204.0046.
Girard Violaine, 2017, Le Vote FN au village : trajectoires de ménages populaires du périurbain, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, collection « Sociopo ».
Gollac Sibylle, 2011, La Pierre de discorde. Stratégies immobilières familiales dans la France contemporaine, thèse de doctorat en sociologie, École des Hautes-Études en Sciences sociales (EHESS).
Hugues Fanny, 2024, Débrouilles rurales : les modestes économes au prisme de l’ethnographie éthnocomptable de leurs espaces domestiques, thèse de doctorat en sociologie, École des Hautes-Études en Sciences sociales (EHESS).
Lambert Anne, 2013, « La gauche et le périurbain. Les ambiguïtés de la politique de “mixité sociale” dans une petite commune pavillonnaire et ses effets sur le peuplement », Politix, 101, p. 105-131. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/pox.101.0105.
Masclet Olivier, Amossé Thomas, Bernard Lise, Cartier Marie, Lechien Marie-Hélène, Schwartz Olivier et Siblot Yasmine (dirs), 2020, Être comme tout le monde. Employées et ouvriers dans le France contemporaine, Paris, Liber-Raison d’agir, collection « Cours et travaux ».
Mischi Julian, Renahy Nicolas et Diallo Abdou, 2016, « Les classes populaires en milieu rural », dans Blancard Stéphane, Détang-Dessendre Cécile et Renahy Nicolas (dirs), Campagnes contemporaines, enjeux économiques et sociaux des espaces ruraux français, Versailles, Éditions Quae, collection « Update Sciences & Technologies », p. 23-32. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/quae.blanc.2016.01.0023.
Orange Sophie et Renard Fanny, 2022, Des femmes qui tiennent la campagne, Paris, La Dispute.
Perrin-Heredia Ana, 2018, « La gestion du budget : un pouvoir paradoxal pour les femmes des classes populaires », dans Lambert Anne, Dietrich-Ragon Pascale et Bonvalet Catherine (dirs), Le Monde privé des femmes, genre et habitat dans la société française, Paris, Éditions de l’Ined, collection « Questions de populations », p. 193-209. Disponible sur : https://doi.org/10.4000/books.ined.17375.
Renahy Nicolas, 2005, Les Gars du coin. Enquête sur une jeunesse rurale, Paris, La Découverte.
Renahy Nicolas, 2010, « Classes populaires et capital d’autochtonie. Genèse et usage d’une notion », Regards sociologiques, 40, p. 9-26.
Retière Jean-Noël, 1994, « Être sapeur-pompier volontaire : du dévouement à la compétence », Genèses. Sciences sociales et histoire, 16, p. 94-113. Disponible sur : https://doi.org/10.3406/genes.1994.1249.
Rey-Lefebvre Isabelle [texte] et Delangle Frédéric [photographies], 2021, « À Belfort, HLM cherchent locataires désespérément » [en ligne], Le Monde, 20 octobre. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/fragments-de-france/article/2021/10/20/a-belfort-hlm-cherchent-locataires-desesperement_6099059_6095744.html [consulté le 15 juillet 2025].
Schwartz Olivier, 2018, « Les femmes dans les classes populaires, entre permanences et rupture », Travail, genre et société, 39, p. 121-138. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/tgs.039.0121.
Siblot Yasmine, 2006, Faire valoir ses droits au quotidien. Les services publics dans les quartiers populaires, Paris, Presses de Sciences Po, collection « Académique ». Disponible sur : https://doi.org/10.3917/scpo.siblo.2006.01.
Tabet Paola, 1998, La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, collection « Bibliothèque du féminisme ».
Vignal Cécile, 2018, « Le travail du domicile : une entreprise de résistance au déclassement ? », dans Lambert Anne, Dietrich-Ragon Pascale et Bonvalet Catherine (dirs), Le Monde privé des femmes, genre et habitat dans la société française, Paris, Éditions de l’Ined, collection « Questions de populations », p. 149-172. Disponible sur : https://doi.org/10.4000/books.ined.17390.
Weber Florence, 2009, Le Travail à-côté : une ethnographie des perceptions, Paris, Éditions de l’EHESS, collection « En temps & lieux ».
Maeva Durand
Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, Cresppa, F-93526 Saint-Denis Cedex, France
durand.maeva@outlook.com
Mots-clés : genre, classes populaires, bourg, appropriation de l’espace, logement social et propriété
Keywords : gender, working class, small town, appropriation of space, social housing and property
Que deviennent les femmes des « petits-moyens », ces ménages populaires stabilisées en pavillon, une fois séparées ou veuves, et comment opèrent-elles leur arbitrage résidentiel ? Cet article vise à donner une visibilité aux femmes vieillissantes qui peuplent les espaces éloignés des métropoles, au sein des petites villes et bourgs ruraux. Accéder « aux bons coins » du secteur locatif à proximité des campagnes, de manière à s’éloigner des milieux urbains plus jeunes et masculins, leur permet de maintenir certaines pratiques rurales, source de valorisation et de reconnaissance symbolique. Si la précarité économique qu’induisent les séparations explique les reventes, le sentiment d’incompétence à entretenir sa maison une fois seule n’est pas à négliger. La perte d’un réseau masculin qui permettait de mutualiser les coûts d’entretien de la propriété est souvent évoquée, et questionne plus largement la possibilité des femmes à rester propriétaire.
en
What does happen to middle- and lower class women, these working-class families settled in pavillons once they have been separated or widowed and how do they make their residential decisions ? This article aims to highlight aging women living in small towns and villages far from metropolitan centers. Accessing « good spots » in the housing sector closed to the countryside in order to distance themselves from younger and more male dominated urban environments allows them to maintain certain rural practices as a source of valorization and symbolic recognition. If economic precariousness induced by separations accounts for housing resales, feelings of incompetence towards one’s house maintenance needs once alone should not be overlooked. The loss of male social network whose support had enabled the sharing of property maintenance costs is often mentioned. This raises the question as to the actual capacity of women to keep their home.