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Couverture de À l'ombre des métropoles (Édul, 2026) Show/hide cover

Introduction

Les territoires non métropolitains : un objet de recherche aux multiples questionnements

Depuis quelques années, et particulièrement à la suite de la crise sanitaire, les villes petites et moyennes ont connu un regain d’intérêt, notamment auprès des médias, qui les présentent comme des espaces agréables à vivre. Des villes qui « ont la cote »1 selon Le Monde, conduisant même les journalistes du quotidien à écrire que les « villes moyennes tiennent leur revanche »2. Mais qu’entend-on par petites et moyennes villes ? D’une manière générale, on constate que plusieurs définitions de ces entités urbaines s’imposent en sciences humaines et sociales, mais restent relativement imprécises. Elles sont sans conteste un objet de débats fournis et de controverses marquées. Ainsi, l’expression de Roger Brunet selon laquelle la ville moyenne est un « objet réel non identifié » (1997, p. 188) est toujours d’actualité. Car comme le précise Christophe Demazière (2014) malgré leur existence indéniable, elles restent difficiles à définir avec précision. Ainsi, si elles ont en commun de constituer les pôles urbains de « l’espace non métropolisé » (Kayser, 1969), la définition demeure constamment discutée en raison de la variété des contextes territoriaux dans lesquels on les trouve. L’aspect démographique est souvent mentionné pour déterminer ce qu’est ou ce que n’est pas une « ville moyenne » ou une « petite ville », même si cette caractéristique démographique demeure imparfaite. Comme le rappelle à juste titre Frédéric Santamaria pour les villes moyennes (2012), rejoignant les propos de Jean-Luc Roques (2011) pour les petites villes, ces unités urbaines sont définies « selon des critères de taille, des critères fonctionnels, des caractéristiques socio-économiques et des représentations » (Santamaria, 2012, p. 14). D’ailleurs, les travaux centrés sur une approche démographique montrent que la taille de la ville associée au nombre d’habitants et habitantes s’articule en fait à d’autres caractéristiques :

Quels que soient les critères retenus, ils approchent tous la notion de ville moyenne telle qu’elle est communément perçue : une entité géographique localisée en province, ayant un rayonnement local important et occupant dans l’armature urbaine un rôle de second rang derrière la capitale régionale. [Aubry et Léger, 2012, p. 199]

Cela est d’autant plus vrai que les contextes d’études, notamment à l’échelle internationale, varient. Ainsi, c’est tout un environnement qui doit être pris en compte pour saisir la réalité et les destins de ces entités urbaines non métropolitaines, comme le rappellent les auteurs de la note « Les villes moyennes, un pilier durable de l’aménagement du territoire ? » pour France Stratégie :

Bien que la plupart des études s’accordent sur le fait que les villes moyennes [et on pourrait ajouter les petites villes] constituent la strate des villes comprise entre les métropoles et les territoires à dominante rurale, aucune définition ne constitue une référence partagée. [Bouvart etal., 2022, p. 3]

D’autres travaux insistent sur la notion de « petites centralités » (CGET, 2019) comme clé de voûte de l’analyse ville-campagne. Si la définition demeure instable et si le seul critère démographique s’avère insuffisant pour appréhender finement ces territoires de l’entre-deux, il n’en demeure pas moins qu’ils restent au cœur de nombreuses discussions scientifiques. C’est le cas dès lors qu’est questionnée l’actualité des relations entre centres et périphéries, que sont mentionnés les phénomènes de déclin ou de décroissance urbaine, ou encore que sont engagées des réflexions sur l’attractivité urbaine (Martin et Stébé, 2024).

En sciences humaines et sociales, le sujet n’est donc pas nouveau. Dépassant la seule tentative de définition de l’objet, les villes petites et moyennes sont, dès les années 1980, synonymes de « villes à taille humaine », « où il fait bon vivre » (Piolle, 1982 ; Michel, 1997) ou plus largement associées à l’idée qu’elles sont faciles à comprendre (Taulelle, 2010). Dans un même temps, les travaux scientifiques plus contemporains qui se sont spécifiquement intéressés à cette échelle urbaine pointent les difficultés sociales et économiques dont elles sont le support. Elles sont communément abordées sous le prisme du déclin, à la fois appréhendées comme une fatalité et comme une aubaine de reconversion (Razemon, 2016 ; Léger, 2019 ; Roques, 2011). Car dans les petites agglomérations, les chercheurs ont montré que les habitants, les acteurs économiques, les figures politiques parviennent à mobiliser des ressources variées pour dynamiser la vie culturelle (Sibertin-Blanc, 2008), activer des relations sociales (Amsellem-Mainguy, 2021), trouver un emploi (Orange et Renard, 2022), en sollicitant le tissu associatif local (Freichel et al., 2022) ou en activant, par exemple, leur capital d’autochtonie (Rétière, 2003 ; Renahy, 2010 ; Coquard, 2019) entendu comme « l’ensemble des ressources que procure l’appartenance à des réseaux de relations localisés » (Renahy, 2003). De même, alors que certains travaux opposent de manière un peu caricaturale centres et périphéries (Guilluy, 2015), ne peut-on pas dire que les espaces périphériques, tour à tour considérés comme urbains, périurbains, voire ruraux, sont plus diversifiés qu’il n’y parait tant sur le plan social que spatial (Cartier etal., 2008 ; Lambert, 2015 ; Marchal et Stébé, 2021 ; Martin et Stébé, 2024) ?

Lors du Festival international de sociologie qui s'est déroulé à Épinal (Vosges) en octobre 2022, c’est une définition relativement labile qui a été considérée, à savoir tant des communes sous influence métropolitaine, géographiquement peu éloignées, que des territoires isolés, peu peuplés, mais souvent faisant office de pôles – de centralités émergentes – à l’échelle locale. Ce n’est donc pas tant la question de la « bonne taille » des villes (Paquot, 2020) qui est ici posée, que celle de savoir ce qui se joue dans ces territoires non métropolitains, que nous avons même qualifiés de territoires (le plus souvent) « à l’ombre des métropoles ». Il importe de comprendre comment les populations, mais aussi les acteurs politiques appréhendent ces différentes entités urbaines que sont les villes moyennes et autres bourgs. Comment se jouent les dynamiques résidentielles et économiques dans ces centralités le plus souvent sous influence métropolitaine même si certaines bénéficient en définitive de leur relatif isolement, se trouvant dans une moindre mesure à quelques encablures des grandes villes ? Car force est de constater que leurs trajectoires de développement ont été bien souvent oubliées, voire complètement ignorées des agendas politiques, essentiellement centrés sur l’attractivité des métropoles régionales. Récemment, les dispositifs tels qu’« Action cœur de ville » ou « Petites villes de demain » ont bien mis en visibilité certains enjeux de développement de cette catégorie de villes (Delpirou, 2019) en envisageant par exemple la valorisation du patrimoine local, le retour des commerces en cœur de ville, ou en traitant de front la question de la vacance résidentielle.

De fait, si en sociologie urbaine, les recherches se focalisent le plus souvent sur les métropoles, laissant de côté les petites et moyennes villes (Pribetich, 2017), cette quatrième édition du Festival international de sociologie avait pour ambition de questionner les dynamiques urbaines « à l’ombre des métropoles » et de faire la part belle aux recherches inscrites dans des villes dont on parle peu, voire « dont on ne parle pas » (Authier et Bidou-Zachariasen, 2017). Depuis quelques années pourtant, plusieurs recherches s’intéressent aux villes petites et moyennes, en témoignent les thèses (Chouraqui, 2023 ; Warnant, 2023 ; Martin, 2015 ; Chaze, 2014 ; Tallec, 2014, etc.) et les numéros spéciaux des revues de sociologie, géographie ou de démographie, comme Espace populations sociétés (2023), Espaces et sociétés, (2017), Cahiers de démographie locale (2012, 2014).

Pour ce faire, plusieurs axes de réflexion ont été envisagés, s’inscrivant dans diverses thématiques abordées par la littérature scientifique. D’abord, soulignons que les travaux sociologiques se sont largement intéressés aux dynamiques résidentielles se jouant dans les métropoles. Si les métropoles se présentent comme les grandes gagnantes de la concurrence interurbaine, en témoignent les « villes-globales » (Sassen, 1991 ; Ruggeri et Boissière, 2020), du fait notamment de l’attrait des ménages les plus dotés en capitaux (économiques, culturels, etc.) pour ces espaces (Ascher, 1995 ; Dollfus, 1997 ; Veltz, 2000), cela signifie-t-il que les villes de moindre importance sont occupées par des ménages inévitablement déshérités ? Ainsi, c’est autour du verbe « habiter » que certains contributeurs et contributrices reviennent. Ils et elles abordent la question résidentielle dans les villes petites et moyennes et interrogent notamment les stratégies déployées par les habitants et habitantes pour rester ou au contraire quitter ces espaces non métropolitains (Coquard, 2019). La description d’une « ville à trois vitesses » proposée par Jacques Donzelot (2009) fait-elle sens dans ces espaces urbains de moindre importance, parfois situés à proximité immédiate de l’espace rural ? N’assiste-t-on pas à des tendances inversées comparativement à celles des métropoles, où la périphérie devient plus désirable que le centre-ville ? Si Éric Charmes (2019) insiste sur la « revanche des villages » – qui attirent aménités urbaines et lots de pavillonnaires –, les centres-villes des villes moyennes désignés comme des espaces « en souffrance » par certains (Razemon, 2016) ou en voie de paupérisation (Martin, 2014) sont-ils en proie à la gentrification, phénomène bien connu de la sociologie urbaine et décrite dans presque toutes les grandes villes du monde (Chabrol etal., 2016 ; Tissot, 2011 ; Bidou-Zachariasen et Poltorak, 2008) ? La mobilité généralisée prêtée aux habitants des villes se joue-t-elle de la même manière dès lors que l’on s’intéresse aux habitants d’une ville petite ou moyenne ? D’autres travaux mettent l’accent sur les transferts économiques, les hybridations culturelles qui existent entre les différentes entités territoriales, et tout particulièrement entre les petites et moyennes villes et les grandes métropoles (Davezies, 2021 ; Stébé et Marchal, 2015). Enfin, en resserrant la focale, la question de l’habiter se pose au prisme du logement : en raison d’un marché immobilier supposé moins tendu, comment se joue l’appropriation du domicile ? L’accès à des logements plus spacieux, à des pavillons, caractérise-t-il les modes de vie de ces espaces urbains ? Au contraire, du fait de l’offre, peut-être moindre, observe-t-on plus qu’ailleurs des difficultés à se loger ? De manière générale, assiste-t-on à des désillusions tels qu’un désenchantement pavillonnaire (Marchal et Stébé, 2017) ?

Une autre manière d’appréhender les territoires non métropolitains consiste à s’intéresser à leur dynamisme économique. C’est donc autour du verbe « travailler » que s’organisent les contributions traitant des modes de production et des activités professionnelles. La désindustrialisation apparaît souvent comme une caractéristique qui va de pair avec les territoires non métropolitains. D’ailleurs, faute d’industries et d’emplois directs issus de ces industries, des solutions alternatives sont mises en avant pour se distinguer localement. C’est le cas lorsqu’une université s’implante en ville moyenne (Manifet, 2004). Mais déjà les travaux de Nicole Commerçon et Pierre Goujon (1997) mettaient en exergue la difficulté à retenir les jeunes diplômés et diplômées, dans les villes moyennes, pourtant formés localement. Les travaux sociologiques qui s’intéressent à ces territoires ont d’ailleurs insisté sur le profil de « ceux qui restent » (Coquard, 2019) et leur difficulté à trouver un emploi (Rénahy, 2010). Néanmoins, ne faut-il pas relativiser ces résultats au regard des villes moins dotées encore ? N’assiste-t-on pas au « retour qualifié » (Guéraut, 2017) d’individus qui sont exclus du marché du travail de certaines métropoles ? Par ailleurs, les travaux qui se sont intéressés au développement économique des espaces non métropolitains montrent par exemple que les villes moyennes contribuent à l’innovation et parviennent à développer des activités de pointe conduisant Josselin Tallec et Jean-Marc Zuliani à affirmer :

La ville moyenne peut se concevoir comme un espace autonome, peu influencé par les grandes villes et métropoles régionales, avec pour certaines d’entre elles une autonomisation liée à la construction d’une offre de services dans l’ingénierie, le design ou l’édition logicielle. […] Dès lors, des noyaux de compétences se sont affirmés dans l’orbite de ces firmes, là où cumulativement interviennent les trajectoires d’individus porteurs de ressources propices à la création de firmes prestataires à haute intensité de connaissances. [Tallec et Ziuliani, 2012, p. 257]

Reprenant l’idée que certaines légendes tendent à se diffuser dans les études urbaines, Michel Grossetti (2017, p. 25) rappelle « [qu’] on ne peut pas déduire de la taille d’un territoire son devenir économique ». Le travail de Milhan Chaze (2014) sur la question du commerce montre à cet égard la capacité qu’ont eue les « petites villes » à s’adapter aux transformations du commerce (avec l’implantation des grandes surfaces généralistes et spécialisées, le déploiement des franchises et des succursales) au cours des dernières décennies. Elles ont pu « conserver leur traditionnelle fonction de desserte commerciale sur les espaces ruraux, mais aussi sur les espaces périurbains – métropolitains ou non – environnants. Cependant, leur rôle de desserte de proximité ne les réduit pas à l’équivalent de simples pôles de quartier des grandes métropoles. Leur offre commerciale dépasse celle des polarités de proximité métropolitaines, pour inclure les éléments d’une centralité commerciale plus anomale […] » (p. 589). D’ailleurs, dans le contexte de la valorisation du patrimoine local, certains acteurs économiques ont su ajuster leurs offres en se tournant vers une clientèle davantage touristique (Fijalkow etal., 2017).

On comprend donc que les villes petites et moyennes font face à des enjeux hétérogènes, certaines luttant contre la déprise démographique, quand d’autres font face à une forte hausse des prix de l’immobilier (Bouvart etal., 2022). Aussi, malgré une actualité incitant les pouvoirs locaux à s’engager vers la transition écologique avec, par exemple, la volonté de limiter l’artificialisation des sols, une adaptation aux particularismes locaux s’impose (ibid.). Aussi, d’autres contributions se sont spécifiquement intéressées à l’acte de « gouverner » dans ces territoires à plus ou moins grande distance des métropoles dotées de pouvoirs d’attraction non négligeables. Dans ces contextes ambivalents, comment se joue la gouvernance locale ? La disparition de certains services publics a marqué l’aménagement du territoire et n’est pas sans conséquence sur les ressentis des représentants des populations qui œuvrent pourtant dans et pour ces territoires (Taulelle, 2012). De fait, comment les acteurs et actrices politiques œuvrent-ils localement et quelles relations entretiennent-ils avec les territoires environnants ? Comment, dans un contexte d’agglomération de plus en plus prégnant où l’invite à l’intercommunalité est forte, se joue le rapport au territoire ? Celui-ci renvoie-t-il au seul périmètre communal ou intercommunal ? L’identité d’un territoire passe dans certains cas par la valorisation d’un élément singulier tel l’implantation d’un équipement culturel de renom (à l’image du Centre Pompidou-Metz) ou le déploiement d’un festival d’envergure (comme le festival Jazz à Vienne). Mais toutes les villes petites et moyennes ne peuvent pas compter sur de telles ressources culturelles. De fait, et de manière plus classique, ce sont les attributs paysagers, patrimoniaux et parfois historiques qui sont mentionnés pour se démarquer et faire territoire. Comme le montre Hélène Mainet :

Dans le cas de la petite ville, le processus est surtout dans l’adoption de traits propres à d’autres entités territoriales (urbaines et rurales) et à leur combinaison. Il s’agit de se référer au rural pour se démarquer de l’urbain associé à la grande ville (loin du tumulte des grandes agglomérations, dans un cadre de vie attractif), mais aussi de se démarquer du rural pour se rapprocher de l’urbain (loin de l’isolement, intégration aux dynamiques du monde moderne, dotations en équipements et services urbains). [Mainet, 2011, p. 87]

Ainsi, les caractéristiques des mondes ruraux autant que celles des univers urbains peuvent être saisies et valorisées par les acteurs locaux. Plus encore, les transformations sociales et économiques qui s’y déploient peuvent être perçues comme une aubaine pour les élus et élues locaux, et habitants et habitantes, les collectifs militants afin d’impulser un nouveau modèle urbain. C’est pourquoi il a aussi été question de mettre en avant le verbe « innover » pour caractériser les dynamiques urbaines à l’œuvre dans ces petites centralités. Car au regard de la recomposition des espaces de production, au prisme notamment des enjeux écologiques, ces villes ne peuvent-elles pas devenir des espaces d’expérimentations pour repenser le développement local (Jousseaume, 2021) ? C’est au fil de l’ouvrage que nous alimenterons ces différentes interrogations.

En ouverture, deux contributeurs abordent le sujet de la dimension des villes.

Thierry Paquot propose une réflexion sur la juste mesure des choses, des objets, des entreprises, des voitures, et plus particulièrement des villes. Le philosophe de l’urbain avait commencé dans Désastres urbains. Les villes meurent aussi (2015) à dresser un constat impitoyable sur l’expansion sans fin des villes et sur les types d’urbanisme et d’architecture démesurés convoqués aux quatre coins de la planète. Il proposait de réfléchir à la construction de villes à taille humaine, donc moyennes et plus horizontales. T. Paquot posait à nouveau, dans son ouvrage Mesure et démesure des villes (2020), la question du développement démesuré des villes, tout en avançant une réflexion sur la taille idéale des villes et des territoires. Quelle est la juste taille d’une ville ? T. Paquot continue ici à creuser le sillon de la démesure, du « toujours plus », du gigantisme urbain… Le productivisme qui impose cette logique du « toujours plus grand », du « toujours davantage » procure le gaspillage et développe l’obsolescence programmée. La conséquence est la production d’un monde qui n’est plus à « taille humaine ». Mais T. Paquot s’abstient de formuler une réponse indiscutable quant à la « juste » taille d’une ville, parce que la taille n’est pas nécessairement affaire de nombre d’habitants.

Achille Warnant s’intéresse à l’émergence d’une catégorie de l’action publique au sein des urban studies « les villes moyennes ». L’auteur montre qu’il existe au sein des sciences humaines et sociales, et tout particulièrement en géographie, une tradition relativement ancienne d’étude sur cette catégorie. Selon lui, c'est aux États-Unis, entre les deux guerres mondiales, qu’il faut rechercher les origines de la mise à l’agenda des études sur les villes moyennes. Les travaux de Robert et Helen Lynd sur la ville de Muncie, une commune de 38 000 habitants située dans l’état de l’Indiana, à plus de 300 kilomètres au sud-est de Chicago, marquent certainement un tournant dans l’examen des villes moyennes situées en dehors des zones d’attraction des grandes agglomérations urbaines. L’ouvrage Middletown : A Study in Contemporary American Culture, qui synthétise les recherches du couple Lynd et qui connait un succès éditorial retentissant, inspirera de nombreux travaux en sociologie urbaine, notamment ceux du sociologue américain William Lloyd Warner ou encore, de l’autre côté de l’Atlantique, ceux de Charles Bettelheim et Suzanne Frère sur la ville moyenne d’Auxerre (25 000 habitants au moment de l’enquête à la fin des années 1940) dans le centre de la France. Cette dernière étude contribue, au même titre que les recherches de R. et H. Lynd, à l’éclosion des études urbaines attentives aux villes de cette taille, qui seront classées quelques années après dans la catégorie des villes moyennes. Si depuis les études de R. et H. Lynd, les travaux sur les petites et moyennes villes sont nombreux, il n’en demeure pas moins que les recherches sont marquées par une forte hétérogénéité, et qu’elles apparaissent, dans leur majorité, comme des monographies à caractère naturalistes, rurales et historiques. Mais Achille Warnant note que, depuis quelques décennies, les villes moyennes bénéficient, tant de la part des chercheurs en urban studies que des décideurs politiques et du monde médiatique, d’une attention tout à fait particulière.

La deuxième partie de l’ouvrage s’organise autour de contributions attentives à l’activité économique des territoires et à ses conséquences locales. Elle s’ouvre sur le texte d’Audrey Brantonne, qui propose de regarder comment l’architecture peut apporter un nouvel éclairage sur les petites villes – les bourgs – en situation de décroissance. L’auteure souligne que les espaces qui portent les stigmates de la dévitalisation informent sur les mécanismes qui en sont à l’origine. La chercheure affirme qu’en mobilisant les dimensions qualitatives et sensibles de la dévitalisation, il est possible d’apporter des réponses opérationnelles plus adaptées, plus adéquates que les réponses standardisées – voire systématiques – généralement mobilisées pour toutes les villes en décroissance.

À partir d’une observation d’une quinzaine de petites villes lorraines, menée dans le cadre d’une mission prospective sur la revitalisation des petites villes au sein du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de Meurthe-et-Moselle, l’auteure avance une typologie des processus de décroissance – des dévitalisations – afin de proposer des modèles de revitalisation sur mesure, adaptés à chacun des types observés. Autrement dit, la diversité des dévitalisations impose, selon A. Brantonne, de considérer la singularité de chaque cas, et rend inopportun la duplication de réponses identiques d’une ville à l’autre, excluant donc le « prêt-à-porter » des revitalisations. Autrement dit, ne faudrait-il pas appréhender la revitalisation des petites villes en décroissance en s’autorisant « à penser hors cadre » ?

La deuxième contribution de cette partie se concentre sur la ville de Thiers. Située dans le Puy-de-Dôme, cette ville de 12 000 habitants, insérée au sein de la communauté de communes Thiers Dore et Montagne comptant 38 000 habitants, apparaît comme « une petite ville à l’ombre de la métropole de Clermont ». Elle connait depuis plusieurs décennies une dégradation économique et sociale. Même si cette petite ville demeure encore aujourd’hui la « capitale mondiale de la coutellerie », il n’en demeure pas moins qu’elle a été massivement touchée par la désindustrialisation, laquelle s’est accompagnée de nombreux problèmes : baisse démographique majeure, vieillissement de la population, taux de chômage important, pauvreté, échecs scolaires… Pour lutter contre ces évolutions et les effets négatifs de la désindustrialisation du territoire thiernois, plusieurs dispositifs ont été mis en œuvre par les décideurs politiques. Sacha Leduc, Agnès Roche et Élie Guéraut se sont focalisés sur un des dispositifs spécifiques, nommé « Territoire zéro chômeur de longue durée » (TZCLD). Mis en place expérimentalement en 2016, ce dispositif a pour objectif d’éradiquer le chômage de longue durée dans les petites villes et les campagnes. En 2022, Thiers arrive en tête, parmi les 10 territoires habilités en 2016, des territoires où le nombre de salariés et salariées embauchés est le plus conséquent : quatre entreprises à but d’emploi (EBE) ont été créées, qui salarient au total 182 personnes. Les trois chercheurs et chercheures de l’Université Clermont Auvergne qui ont réalisé une enquête qualitative auprès d’un échantillon des nouveaux salariés et salariées soulignent que la très grande majorité est satisfaite du contenu de leur travail : ils et elles se sentent même respectés et écoutés. Ce nouveau travail, après de longues années de difficultés (scolaires, familiales, professionnelles…), constitue, selon leur dire, une porte de sortie de la pauvreté, un rapprochement vers la normalité professionnelle et un vecteur d’émancipation sociale. En conclusion, cette étude montre que la diminution du nombre de chômeurs de longue durée contribue, sans aucun doute, à atténuer les représentations sociales disqualifiantes qui collent à la peau du territoire thiernois situé dans la « diagonale des faibles densités », comme disent les géographes.

Le troisième texte de la partie consacrée au déclin des villes et à leur reconversion économique et sociale s’arrête sur la transformation de l’usage des sols des espaces périurbains liés à l’expansion de la métropole de Dakar (Sénégal). Cette expansion entraîne une réduction des surfaces maraîchères avec une perte de contrôle des terres pour les exploitants et exploitantes agricoles. La contribution de Serigne Abdou Lahat Ndiaye pose la question du devenir des agriculteurs et agricultrices dont les terres sont progressivement transformées, à la suite d’opérations immobilières, en immeubles d’habitation : comment réagissent-ils ? Quelles stratégies les agriculteurs et agricultrices de la périphérie de la métropole dakaroise adoptent-ils ? Quelles reconversions professionnelles engagent-ils ? D’une façon plus générale, le texte nous éclaire sur les transformations des activités (du travail) dans les périphéries urbaines de Dakar et sur les enjeux de justice socio-spatiale que pose l’urbanisation de ces espaces périurbains.

Le chercheur s’est intéressé à la zone des Niayes située le long de l’océan Atlantique au nord-est de la métropole dakaroise. Cette zone, jusqu’à un passé récent, concentrait 80 % de la production horticole du pays, production organisée sur un continuum allant de la petite exploitation familiale à l’importante entreprise agro-business. La zone maraîchère des Niayes qui se transforme progressivement sous les coups de boutoir des promoteurs immobiliers privés, de la puissance étatique et de quelques familles rurales désirant investir dans l’immobilier est aujourd’hui un vaste espace largement loti.

Si certains maraîchers et maraîchères parviennent à trouver un arrangement avec des familles au riche patrimoine foncier pour exploiter la partie qui n’est pas mise en valeur, d’autres se lancent dans la recherche de nouvelles terres horticoles et négocient avec des propriétaires de vergers (manguiers, citronniers…) pour utiliser les espaces sous les arbres pour des plantations maraîchères. Enfin des agriculteurs et agricultrices se rapprochent des acquéreurs de parcelles non encore loties pour les exploiter temporairement, le temps qu’elles soient urbanisées. S. A. Lahat Ndiaye montre que tous ces arrangements précaires ne permettent pas d’envisager le futur de manière sereine, c’est pour cette raison que de plus en plus d’agriculteurs et agricultrices choisissent de se reconvertir hors du secteur agricole.

In fine, l’auteur montre que les maraîchers et maraîchères expriment de plus en plus un sentiment d’injustice quant à ces terres qu’ils et elles considèrent comme étant leur propriété légitime. En ce sens, les horticulteurs n’hésitent pas à affronter la puissance publique et à contester les décisions de l’administration foncière.

La troisième partie de l’ouvrage consacrée aux modes de vie dans ces petites centralités et aux problématiques de l’habiter commence par le texte de Maeva Durand, qui décrit comment des femmes célibataires ouvrières et employées âgées d’une cinquantaine d’années voire plus, issues de l’univers villageois, ont trouvé au sein d’un bourg de 3 000 habitants situé à une vingtaine de kilomètres de la ville de Belfort, un espace dans lequel il est possible de se distinguer en termes de classe et de genre. Ainsi, aux yeux de ces femmes, résider dans le bourg donne l’occasion de se rapprocher d’autres femmes disposant des mêmes conditions socio-familiales, tout en prenant de la distance avec les catégories plus paupérisées des villes environnantes, et plus particulièrement de Belfort. M. Durand décrit bien comment le bourg, qui représente un territoire intermédiaire entre la ville et la campagne, est à même de leur fournir tout un réseau de solidarités accessibles socialement et culturellement. Elle montre également que ces femmes peuvent mettre en valeur, au sein du bourg, leur connaissance du travail paysan – et tout particulièrement du travail de jardinage – acquise lorsqu’elles résidaient dans un village.

En conclusion, la recherche menée par M. Durand permet de saisir la force du lieu, en l’occurrence le bourg, cette entité entre rural et urbain. Elle souligne combien le retour au bourg est l’occasion de saisir des opportunités et de créer des liens avec d’autres personnes issues des classes populaires. Ce choix résidentiel dans l’entre deux de la ville et de la campagne est un moyen, selon les enquêtées, d’amoindrir le déclassement que connaissent de nombreuses femmes seules, divorcées ou veuves.

La deuxième contribution de la partie consacrée à l’habiter propose de s’arrêter sur les petites villes des zones périurbaines tourangelles. Le géographe Laurent Cailly analyse la place qu’occupent les petites villes dans la construction des modes d’habiter périurbains. De façon plus précise, et s’appuyant sur une théorie de l’habiter appréhendée « comme l’ensemble des déplacements et des lieux de pratiques qui forment l’agencement spatial de la vie quotidienne », l’auteur a pour ambition d’interroger la place que prennent les petites villes périurbaines dans les trajectoires résidentielles, les déplacements quotidiens et plus largement la construction des espaces de vie des ménages périurbains.

Le chercheur souligne que les petites villes périurbaines participent à la division sociale de l’espace périurbain, en reproduisant les logiques de tri concentrique. En effet, les petites villes implantées à proximité de l’agglomération de Tours attirent des familles de catégories moyennes et supérieures ; à l’inverse, les petites villes éloignées de l’agglomération de Tours séduisent plutôt les couches populaires solvables et les petites classes moyennes. In fine, L. Cailly montre que les petites villes périurbaines forment des espaces de convergence et de rencontre de diverses catégories d’habitants qui se distinguent quant à leurs pratiques de mobilités, quant à leur choix de fréquentation des polarités (centralités), et quant à leurs manières d’habiter. Plus précisément, les petites villes périurbaines constituent pour les ménages, soit un pôle exclusif au cœur d’une territorialité locale bien délimitée, soit une centralité signifiante, mais insérée dans des territorialités vécues plus extensivement, et ouvertes à d’autres échelles plus larges.

Le troisième texte braque la focale sur les comportements résidentiels de certains habitants de l’espace frontalier franco-belge. Garance Clément a mené plusieurs enquêtes entre 2012 et 2022 auprès de Françaises et de Français ayant quitté la métropole lilloise pour la Belgique. Attirée par l’offre résidentielle, un marché immobilier aux coûts attractifs et par une fiscalité favorable, une part croissante de la population, issue des différentes strates des classes moyennes de l’agglomération de Lille, a en effet fait le choix, depuis une vingtaine d’années, de venir s’installer dans les communes voisines belges, et tout particulièrement au sein des villes moyennes. Ainsi, d’un côté, les couches inférieures des classes moyennes lilloises peuvent envisager un accès plus rapide à la propriété, et de l’autre, les catégories moyennes-supérieures, souvent déjà propriétaires, réinvestissent leur capital dans des biens immobiliers et fonciers plus vastes et dotés d’équipements distinctifs supplémentaires.

Le choix opéré s’appuie sur le fait que les habitants candidats au déménagement connaissent bien la Belgique : en compagnie des parents ou de groupes d’amis, ils ont en effet acquis, au cours de l’enfance et de l’adolescence, une familiarité avec ce pays frontalier.

Les migrations résidentielles observées à la frontière franco-belge étayent la thèse d’une tendance au séparatisme des catégories sociales intermédiaires, les villes moyennes belges proches de la frontière jouant ici un lieu de refuge et d’entre-soi sécuritaire. Si l’accès à une nouvelle résidence permet une sécurisation voire un « surclassement résidentiel », l’arrivée en Belgique peut conduire, surtout pour les catégories sociales moyennes moins pourvues en capitaux économiques et culturels, à des désagréments administratifs, des pertes de repères, un éloignement des institutions de l’État – l’administration fiscale essentiellement – et des frais inattendus, autrement dit à des contraintes dues au processus de « renationalisation » qui prolongent toute migration internationale. Si nombre de ménages issus des catégories sociales moyennes de la métropole lilloise se sont empressés de déménager à partir du début des années 2000 au sein de petites et moyennes villes frontalières de Belgique, il n’en demeure pas moins qu’ils restent – pour les plus dotés économiquement et culturellement – solidement arrimés à la métropole.

Le texte de Martin Minost explore un exemple de relations centre-périphérie à partir de la grande mégalopole de Shanghai. Après plusieurs décennies (1980-1990) de politiques de renouvellement du bâti des centres-villes, le gouvernement chinois se tourne vers la valorisation des espaces périphériques. Au niveau de l’agglomération shanghaïenne, dès le début des années 2000, un schéma directeur est adopté. Il prévoit tout d’abord le développement de plusieurs villes nouvelles inspirées du modèle de la cité-jardin d’Ebenezer Howard et du programme des villes nouvelles françaises qui se voulaient à l’opposé des villes dortoirs et des grands ensembles. Tout en décongestionnant les centralités urbaines, l’objectif affiché des autorités municipales de Shanghai et des promoteurs chinois est de réhabiliter les banlieues, de mieux articuler les territoires ruraux et urbains, et d’attirer les catégories sociales moyennes et supérieures aux confins de l’aire urbaine de Shanghai.

Le chercheur propose d’étudier spécifiquement Songjiang, une ville construite, à partir de 2006, à une quarantaine de kilomètres de la ville-centre de Shanghai. Il explore les ressorts qui ont amené les habitants, issus pour la grande majorité des catégories aisées résidant dans le centre de Shanghai, à opter pour une résidence située dans le quartier de Thames Town au sud-est de l’arrondissement de Songjiang. Les habitants de Thames Town mettent en avant des facteurs variés selon le parcours pour justifier leur installation en périphérie de la ville et à proximité du rural : les caractéristiques environnementales, sociales et urbanistiques du territoire, la qualité de la zone résidentielle et des logements, ou encore l’accès rapide aux centres urbains proches et les nombreux équipements à disposition à proximité.

En outre, l’observation des activités et des mobilités journalières des habitants de Thames Town révèle que les modes de vie et les liens avec la ville-centre persistent. En fait, les résidents de cette nouvelle ville sont davantage tournés vers et connectés à l’univers urbain de la centralité que vers le monde rural – géographiquement proche pourtant – qui environne Songjiang. Celui-ci est considéré par les nouveaux habitants comme un monde ancien et démodé, « non-civilisé », arriéré et/ou porteur de pratiques d’un autre âge.

La quatrième partie de l’ouvrage s’attèle à mieux saisir la manière dont les acteurs locaux envisagent l’acte de « gouverner ». Le texte de Chloé Devez ouvre cette partie. À partir de l’exemple de la communauté de communes de la Basse-Haie3 (Bretagne) située à équidistance d’une métropole dynamique et d’une petite ville de 12 000 habitants qui polarise certains services (Chaudanges), l’auteure décrit avec précision comment la présidente de la communauté de communes est parvenue, face à ces deux entités attractives, à faire émerger un territoire à dominante rurale autonome hors de tout Schéma de cohérence territoriale (SCoT). Les élus, les conseillers communautaires vont assumer cette caractéristique de « territoire rural » : ils transformeront même cette particularité en un atout majeur d’attractivité du territoire. Sans crainte, ils revendiqueront la spécificité rurale de la communauté de communes, et en feront un élément de distinction par rapport aux autres territoires plus directement périurbains. Tout en mettant à distance la petite ville de Chaudanges, et en ne se faisant pas aspirer par la métropole, la communauté de communes de la Basse-Haie est arrivée à instaurer un équilibre harmonieux des aménités locales entre les différentes polarités, et ainsi à instituer des attractivités multiples et diversifiées autour des sept bourgs de la communauté de communes.

En conclusion, au lieu de penser la communauté de communes de la Basse-Haie autour d’une seule et unique polarité, les conseillers communautaires construiront le territoire intercommunal en promouvant les richesses du rural et en mettant en exergue une gouvernance locale davantage horizontalisée.

Dans la même veine, Victor Lecomte étudie la restructuration des services techniques lors d’un regroupement de trois communautés de communes de l’ouest de la France et interroge la question de la gouvernance entre centre et périphérie. En effet, le chercheur propose une analyse fine des rapports entre l’échelon intercommunal, celui des anciennes communautés de communes, ou encore celui des communes à la suite de la mutualisation des services techniques au sein de cette nouvelle intercommunalité rurale. À côté de l’opposition de nombreux et nombreuses maires à la centralisation totale des services, la réorganisation des services techniques a profondément bouleversé les relations entre les maires, les conseillers et conseillères communautaires et les habitants : les nouveaux services techniques sont devenus des sous-traitants intercommunaux aux communes – certains agents n’ont en effet pas intégré le nouvel échelon de commandement et se réfèrent toujours à celui des élus et élues communaux. Parallèlement, la restructuration des services techniques a perturbé les relations de travail établies de longue date au niveau local : le caractère intimiste, « familial » du travail des agents proches des habitants et habitantes s’est effacé au profit d’une organisation centralisée, dépersonnalisée, avec une chaîne de commandement top-down plus marquée. C’est ainsi que la réorganisation interne bouleverse l’espace social des services techniques et de ses réseaux relationnels, et donc des modalités de la reconnaissance professionnelle, personnelle et symbolique des agents techniques. In fine, dans cette nouvelle configuration des services techniques, les logiques managériales, comptables, d’efficacité, de rationalité – inspirées du secteur privé – dominent grandement les autres critères, comme celui de la proximité avec les habitants ou encore de la gestion plus localisée du travail.

Le texte d’Hugo Bertillot et de Damien Vanneste clôt la quatrième partie consacrée à la gouvernance. Les deux chercheurs décryptent comment le développement d’une action sociale en direction des aînés et aînées contribue à donner une épaisseur, une cohérence socio-politique à un territoire intercommunal rural défini initialement comme un territoire purement institutionnel créé de toutes pièces (issu d'une fusion de trois communautés de communes). Les auteurs soutiennent que la consistance du territoire acquise à la suite de la programmation de la démarche Communauté amie des aînés (Cada) résulte, dans une large mesure, de la mise en place d’une « participation-mobilisation » citoyenne et politique originale sur l’ensemble du Pays de Mormal. Celle-ci prend en effet la forme d’un assemblage d’engagements administratifs (Mutualité sociale agricole, Caisse d’assurance retraite et de santé au travail), politiques (Conseil départemental du Nord, Conseil communautaire…), associatifs et bénévoles, ainsi que de la participation directe d’habitants. Cette combinaison d’engagements volontaristes et personnalisés va permettre d’arrimer profondément, au cœur même de ce territoire rural, la démarche Cada. Celle-ci, relativement innovante sur le Pays de Mormal, montre comment une communauté de communes rurales, insérée entre deux communautés d’agglomération, est parvenue à créer une cohérence territoriale éloignée des standards, des modèles et des critères de la métropolisation.

C’est à travers la place du développement durable et plus généralement de la question de la décroissance que s’organise la cinquième partie, qui débute par la contribution de Patrice Diatta, Iratxe Calvo-Mendieta, Hervé Flanquart et Séverine Frère sur la politique de gestion des déchets au sein de la communauté urbaine de Dunkerque (CUD). Le texte des quatre chercheurs et chercheures s’intéresse à la place, au rôle et aux effets des instruments utilisés par la CUD pour gouverner la prévention et la gestion des déchets ménagers. Il se focalise plus précisément sur les ressorts de l’introduction par l’agglomération dunkerquoise de trois types de sacs poubelles – distribués gratuitement – dans sa nouvelle démarche de gestion des déchets.

La contribution cherche à mieux comprendre les dimensions sociales, économiques et politiques d’un objet technique – les sacs poubelles en plastique – dans la nouvelle démarche de gestion des déchets. Les sacs poubelles, ces dispositifs sociotechniques qui ne sont pas des objets statiques, produisent souvent des effets indépendants des objectifs fixés initialement. Ainsi, la distribution gratuite des sacs poubelles et les nouvelles consignes du tri n’ont apparemment pas incité les habitants à modifier leurs comportements et à réduire le volume de leurs déchets. In fine, cette contribution interroge 1. la manière dont les décideurs politiques, les experts choisissent les instruments d’intervention, autrement dit décident des modalités de l’action publique ; 2. la place des habitants, des usagers et des agents d’exécution dans la mise en place d’un programme d’action quel qu’il soit.

Julie Gobert et Florence Rudolf proposent ensuite d’explorer la face cachée du matériau « bois » comme élément majeur de la construction durable : ce matériau s’affiche sans conteste, dans les représentations sociales, comme « la signature par excellence de l’architecture durable ». Les constructeurs n’hésitent pas à mettre en scène, à visibiliser, à grand renfort de spots publicitaires, de discours médiatiques, les avantages et les bienfaits de l’utilisation des matériaux biosourcés – en l’occurrence le bois – dans la fabrication de la ville : le bois favorise la biodiversité, renoue le lien avec la nature… Mais dans le même temps, les processus de production de ces matériaux et les conditions dans lesquelles sont produites ces ressources (bois, paille, chanvre) sont invisibilisés : les cultures intensives ou encore l’usage d’intrants sont passés sous silence. Les coulisses de la construction et de l’architecture bois sont ainsi masquées : la forêt exploitée intensivement, les kilomètres parcourus par la ressource, les transformations du bois réalisées loin de la source, l’industrialisation de la filière bois, etc. Les deux auteures montrent avec précision que le bois est très souvent déconnecté des processus de production et de transformation qu’il subit en passant d’un stade à un autre. Elles montrent que les déconnexions sont nombreuses : non-connaissance par les architectes et urbanistes des essences présentes sur le territoire où l’on va construire ; méconnaissance des essences valorisées sur les marchés du bois ; ignorance du parcours des différentes transformations (sciage du bois, menuiserie, charpenterie…) de la ressource.

En conclusion, pour les deux chercheuses, l’urbanisme durable doit penser les ressources en les réintégrant dans le système socio-spatial et environnemental qui les « construit ». En l’occurrence, le bois, en tant que matériau renouvelable, doit être pensé dans le cadre d’un cycle long de production et dans le cadre de transformations et d’arrangements socio-spatiaux successifs. Tout ceci, bien sûr, complexifie l’accès aux ressources locales et contrarie les intentions des acteurs et actrices de l’architecture durable souhaitant utiliser le bois dans leurs projets de construction.

Enfin, le texte de Christelle Morel Journel et de Valérie Sala Pala s’intéresse à la ville de Saint-Étienne. Il peut sembler inopportun, comme le soulignent les deux auteures, de s’arrêter sur une ville de 180 000 habitants dans un ouvrage portant sur les petites et moyennes villes à l’ombre des métropoles. Néanmoins, le détour par Saint-Étienne peut, précisent-elles, éclairer la situation des villes petites et moyennes qui, dans le contexte français, sont largement concernées par le processus de décroissance urbaine, à l’instar justement de la cité stéphanoise, confrontée depuis plusieurs décennies, de manière saillante, à un déclin démographique et économique. En outre, malgré sa taille, Saint-Étienne évolue à l’ombre de la deuxième plus grande métropole française, Lyon, située à une soixantaine de kilomètres.

Les deux chercheuses proposent de rendre compte des spécificités de l’expérience de l’habiter au sein d’une agglomération urbaine marquée par la décroissance. Tout d’abord, la cité stéphanoise est caractérisée par la présence du vide : nombreux immeubles, voire îlots, marqués par la vacance, maintes devantures de magasins fermés… Cette omniprésence du vide dans certains quartiers affecte sans aucun doute l’ambiance urbaine, les discours des habitants et les mobilités résidentielles. Par ailleurs, la décroissance urbaine produit immanquablement des effets sur le marché immobilier : le prix des logements, à la vente comme à la location, est plutôt faible à Saint-Étienne. Cette situation du faible coût de l’immobilier est transformée par nombre d’habitants, de militants ou de professionnels de l’urbain en avantage : ils soulignent ainsi la disponibilité de nombreux espaces et la facilité d’y accéder pour mener diverses activités associatives ou artistiques, par exemple. À travers des expériences alternatives émergeant dans les « fissures » de la régénération urbaine se construisent « des dispositifs économiques aux marges du système capitaliste », susceptibles d’améliorer la qualité de vie de ménages aux revenus modestes.

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