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Couverture de La Métaphore médiévale comme exercice spirituel Show/hide cover

La louve et le lion. La métaphore animale dans les romans en prose français

Dans le vaste domaine de la métaphore, la métaphore animalière est certainement l’une des plus universelles. L’onomastique et l’héraldique, en particulier, constituent probablement les tentatives les plus anciennes pour instaurer, par le langage et l’image, une forme de similarité entre l’homme et l’animal. Dans ce domaine, les traditions médiévales ne sont que les héritières de pratiques plus anciennes qui tentent d’associer ou de superposer de manière totémique l’homme et l’animal. Mais c’est précisément ce qui fait de ce type de rapport un cas limite de la métamorphose : qui porte le prénom Léon est lion, tout comme Björn est ours et Wolf est loup. Porter un lion dans l’écu, au moins aux origines de l’héraldique, c’est être un lion, en fonction du même raisonnement qui fait que quand on met un masque ou une peau d’animal, on se transforme, comme nous l’enseignent les spécialistes du folklore, en l’animal en question1. Comme elle postule l’identité, presque au même titre que le fait l’eucharistie, une telle relation n’a donc rien de métaphorique, elle tient de la magie au sens où l’entendent les ethnologues. Dans ce type de rapport, l’analogie et la similarité, caractéristiques de la métaphore, s’effacent devant le postulat de l’identité. Mais il est également d’autres domaines, tout aussi universels, où la relation entre l’homme et l’animal posée par la langue est clairement rhétorique ou stylistique et peut donc pleinement rentrer dans le cadre d’une réflexion sur la métaphore2. Ce sont des cas où l’on dit d’un homme qu’il est un « agneau » ou, au contraire, un « renard ». Là aussi, une petite restriction s’impose : si l’on a bien affaire, dans ces cas, à une relation de similitude et non d’identité et si l’on a bien affaire, donc, à une image, de telles métaphores sont susceptibles d’être lexicalisées et cessent alors de relever du champ de la poétique pour entrer dans celui de la sémantique historique : un gorille est un « garde du corps », ou « policier en civil chargé de la sécurité d’un personnage » depuis 1964 au moins, chien est lexicalisé depuis le 19e siècle pour désigner un être humain qu’on veut dévaloriser, de même que porc, lui aussi attesté depuis le 19e siècle avec le sens de « personne dont la saleté, le comportement physique, l’attitude morale ou intellectuelle suscite un profond dégoût »3. Ces métaphores sont motivées, c’est-à-dire qu’elles sont transparentes et compréhensibles et c’est précisément pour cela qu’elles ont pu être lexicalisées sans problème, alors que d’autres, qui sont tout aussi compréhensibles, ne le sont pas ou pas encore. Un énoncé comme « c’est un renard, un requin, un vautour », emplois métaphoriques qui sont tous lexicalisés, sera compris, au même titre qu’une phrase comme « c’est un loir » bien que la désignation d’un homme paresseux par « loir », pour l’instant, ne soit pas lexicalisée et reste une authentique métaphore. Il suffit que les locuteurs partagent la même encyclopédie dans laquelle le loir se caractérise par une certaine paresse et sa capacité à dormir.

De telles associations semblent naturelles et l’on peut par conséquent être tenté d’expliquer leur succès, si l’on veut interpréter la lexicalisation d’une métaphore en termes de succès ou d’échec, comme un processus spontané qui accouple une image et un contenu sémantique qui vont assez bien ensemble. En réalité, il y a souvent une part d’arbitraire, caractéristique du signe saussurien. On pourrait, par exemple, se demander pourquoi la désignation ours est réservée, parmi toutes les potentialités sémantiques qu’offrait l’animal, à « l’homme solitaire et sans manières », et pourquoi le corbeau, par exemple, n’est un « auteur de lettres anonymes » qu’en français4. Il y a indubitablement un lien entre l’animal et ce qu’on lui fait signifier, mais ce lien n’est pas dépourvu d’arbitraire et demande à être expliqué par rapport à un contexte culturel spécifique. Pour fonctionner, la métaphore a besoin de s’appuyer sur un noyau sémantique commun entre le comparé et le comparant. Le tout est de savoir sur quoi se construit la relation, il faut connaître le code. Pour voir, dans l’ours, l’homme solitaire et bourru, il ne faut pas penser au mangeur de miel et pour comprendre que le corbeau écrit des lettres anonymes, il ne faut pas s’arrêter à la couleur du plumage, qui n’entre pas en ligne de compte. Il faut connaître le code.

Comme tout langage, le langage poétique possède lui aussi ses codes. Ainsi, les romans arthuriens en prose du début du 13e siècle associent de façon assez stable certains animaux à certains protagonistes : Lancelot est le léopard, Guenièvre, le serpent, Arthur lui-même peut être représenté en lion5. Certaines de ces associations sont explicitement développées et motivées dans les textes et permettent alors de voir en action l’imaginaire d’une époque qui se manifeste à travers ces choix. Ils forment un bestiaire assez restreint, mais varié, puisque les mêmes animaux peuvent désigner aussi d’autres protagonistes tout comme les mêmes personnages peuvent être figurés par d’autres animaux. C’est de ce code, qui détermine le fonctionnement de la métaphore animalière dans ce pan de la littérature médiévale, qu’il sera ici question.

Une remarque préalable s’impose. Même s’il est vrai que « la littérature animalière est prédisposée au double sens »6, le cycle du Lancelot-Graal n’est pas le Roman de Renart. Les hommes et les femmes apparaissent et agissent sous forme animale uniquement dans deux contextes bien déterminés : dans les songes, où les rêveurs se voient eux-mêmes ou leur entourage évoluant sous des traits zoomorphes, et dans les prophéties de Merlin quand le devin annonce l’avenir en recourant à un bestiaire opulent pour représenter les protagonistes de l’histoire du monde. Qu’il s’agisse de songes ou de prophéties, dans la très grande majorité des cas, les animaux ne parlent pas7. Ils apparaissent et agissent.

Dans les deux traditions, onirique et prophétique, le recours au bestiaire est largement attesté à la fois du point de vue chronologique et géographique, comme l’a bien montré la critique8. Pour se limiter au domaine arthurien même, on rappellera simplement que l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth contenait tout ce dont avaient besoin les romans de la Table Ronde français pour continuer et développer la double tradition : la chronique galfrédienne comporte en effet d’abord le songe prémonitoire du roi Arthur, qui rêve, au moment de traverser la mer pour rejoindre le continent, qu’il voit s’affronter un ours, qui vient d’Orient, et un dragon, qui vient de l’Ouest. Reste à savoir qui est qui. La même Historia regum Britanniae contient aussi la section des Prophetiae Merlini, une séquence de vaticinations assez hermétiques où des figures zoomorphes et hybrides annoncent, sur fond de dérèglement cosmique, l’avenir du royaume. Là aussi, l’identification des personnages et des événements n’est pas aisée. Si certaines prophéties sont univoques et claires puisque Geoffroy les a composées ex eventu pour asseoir l’autorité de la parole merlinienne et, donc, de son propre livre, d’autres le sont moins. D’où l’existence d’un nombre considérable de commentaires latins qui s’efforcent d’exposer le sens de ces prophéties9.

Le langage prophétique et le langage onirique ont donc des codes qui sont différents du langage ordinaire et font que la métaphore animale n’est pas immédiatement intelligible, mais offre suffisamment de prise pour autoriser des tentatives exégétiques raisonnées. Dans les exemples qui nous occuperont ici, on verra que, curieusement, dans le cycle du Lancelot-Graal, ces deux codes ne font qu’un et que le léopard des rêves est le même que le léopard des prophéties : c’est toujours Lancelot du Lac. Ce sont la convergence et la stabilité des deux discours, prophétique et onirique, qui finissent par conférer un ordre et un sens à ces associations entre humains et figures animales et permettent donc de représenter le rapport entre le présent et l’avenir et le monde des humains et la sphère surnaturelle.

Pour ce qui est de la prophétie animalière, l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, on vient de le dire, constitue la matrice. Elle contient, en effet, la mère de toutes les prophéties, quand Merlin annonce, à la demande du mauvais roi Vertigier, ce que signifie la célèbre bataille que se livrent dans le ciel un dragon rouge et un dragon blanc.

Malheur au dragon rouge, car sa mort est proche. Le dragon blanc, qui signifie les Saxons que tu as invités, occupera ses cavernes. Quant au dragon rouge, il représente la nation bretonne opprimée par le dragon blanc.10

Robert de Boron, qui écrira une soixantaine d’années plus tard son roman de Merlin en prose, reprendra cette partie de l’intrigue de la chronique galfrédienne, mais pour en simplifier et réorienter la teneur. Merlin annonce sèchement : Le rous senefie toi, Vertigiers, et le blanc senefie le fill Constant11, c’est-à-dire les héritiers légitimes du trône qui sont sur le point de retourner en Grande-Bretagne pour reprendre la couronne de leur père usurpée par l’indigne Vertigier. À l’exception d’une courte scène où apparaît un autre dragon dans le ciel pour annoncer la victoire des Bretons sur les Saxons et la mort du roi Pendragon, qui figure elle aussi chez Geoffroy et, du coup, chez tous ses adaptateurs français, c’est la seule fois que la littérature arthurienne fait recours à la métaphore visuelle pour annoncer l’avenir ; normalement, la révélation passe par la seule parole. On notera que ce combat des dragons dans le ciel est un phénomène surnaturel qui est interprétable au même titre que le vol des oiseaux ou le bruit du tonnerre, qui représentent au Moyen Âge des disciplines spécifiques au sein des différents arts divinatoires12. On notera aussi qu’il faut un interprète pour déchiffrer le sens de ce que les mortels ont le privilège de voir, mais non de comprendre. Pour les spectateurs et auditeurs, les métaphores ne sont donc jamais motivées, mais appellent un travail de décodage, aussi transparentes qu’elles puissent paraître au lecteur.

Si la vision de l’avenir joué par des acteurs zoomorphes n’a donc pas connu une postérité littéraire énorme, la révélation du futur par une parole prophétique usant d’une rhétorique largement nourrie de métaphores animalières est très courante. Il vaut la peine de s’arrêter un instant au point de départ, les Prophetiae Merlini galfrédiennes, insérées dans l’Historia regum Britanniae, mais conservées aussi en tant que libelli autonomes, prononcées par un Merlin en transe et rendues obscures précisément par un style particulier chargé de métaphores fonctionnant comme des chiffres13.

En voici un exemple, tiré d’une série qui en comporte, selon des critères de comptage moderne, soixante-quatorze.

Six descendants du sanglier de Cornouailles régneront à sa suite, mais après eux, le serpent germanique se relèvera. Le loup aquatique, accompagné des forêts d’Afrique, le glorifiera.14

Un seul des acteurs zoomorphes est immédiatement intelligible : le sanglier de Cornouailles, image stable pour désigner Arthur, comme l’indique le consensus de tous les exégètes médiévaux qui ont commenté le passage15. Arthur a été conçu en Cornouailles et il est le seul, comme on l’a appris par une prophétie antérieure, qui « foulera aux pieds les ennemis et leur brisera le cou », qui soumettra « les îles de l’Océan […], possédera les régions boisées de Gaule » et fera trembler « la maison de Romulus […] devant sa fureur » avant de connaître une mort mystérieuse et d’être « célébré par la voix des populations » fournissant, par ses exploits, « matière aux récits des conteurs. »16 Le choix du sanglier s’explique par la place qu’occupe l’animal dans la culture celtique, où il est assimilé à la royauté, comme le sont, dans d’autres cultures, le lion ou l’ours17. Quant au serpent germanique, il doit renvoyer de façon générique aux Saxons, susceptibles d’être figurés par l’ambivalent saurien. Pour comprendre que le loup aquatique est Gormond, roi d’Afrique, il faut avoir lu l’Historia regum Britanniae elle-même, qui expose comment la flotte du rapace guerrier arrive dans les eaux septentrionales18. Un sanglier cornouaillais royal, un serpent de Germanie et un vorace loup d’Afrique suffisent pour évoquer, aux lecteurs de l’Historia regum Britanniae, des personnages très concrets : Arthur, les envahisseurs saxons et Gormond. Mais peu importe, pour l’instant, la « bonne » façon d’interpréter les métaphores, ce que l’on peut retenir c’est que le ton est donné. Avec la chronique galfrédienne, texte immensément connu et lu au Moyen Âge, un puissant bestiaire prophétique devient disponible, que les romanciers français reprendront et réutiliseront à chaque fois qu’ils voudront révéler l’avenir dans des songes ou des prophéties.

À vrai dire, c’est surtout dans les songes que le bestiaire prophétique se donne à voir, rejouant, comme en clé intime, la grande scène publique du combat entre le dragon rouge et le dragon blanc de l’Historia. Au lieu de se dérouler sous les yeux de tous sur le grand écran du ciel, les scènes françaises ont lieu dans des alcôves, où un rêveur solitaire affronte l’avenir avant de le partager avec autrui, pour essayer de comprendre ce qu’il lui a été donné à voir19. Là aussi, il existe un épisode matriciel qui déterminera largement le choix des métaphores et le fonctionnement des scènes oniriques dans l’ensemble du cycle du Lancelot-Graal. C’est le songe de Galehaut, qui, par son importance et son étendue, a exercé un rôle important dans la fixation des scènes oniriques dans la littérature arthurienne.

Les éléments essentiels sont bien connus20 : Galehaut, fils de la Géante et Seigneur des Lointaines Îles, est l’homme le plus puissant du monde21. Plus riche qu’Arthur, plus fort qu’Arthur, il a réussi à mettre à mal le roi de Bretagne lors d’une campagne militaire qui lui fait rencontrer Lancelot. Son admiration pour Lancelot le pousse à se soumettre à Arthur alors qu’il était sur le point de remporter la guerre. Galehaut aime Lancelot de tout son cœur, mais la passion de ce dernier pour la reine sépare les deux hommes. C’est dans ce contexte que s’insère une série de trois rêves dont les deux premiers impliquent des animaux :

En cest duel et en ceste anguoisse que j’ai si longuement mené m’ont fait grant poor dui molt felon songe qui me vindrent avant ier en avision ; kar il m’estoit avis en mon dormant que je estoie en la maison le roi Artu mon seignor o grant compaignie de chevaliers ; si venoit hors de la chambre la roine un serpent, le greignor don je onques euisse oï parler, et venoit droitement a moi et espandoit feu et flambe si que je perdoie la moitié de tos mes menbres. Ensint m’avint la premiere nuit, et l’autre aprés me fu avis que j’avoie dedens mon ventre .ii. cuers et estoient si pareil que a paines peust l’en l’un deviser de l’autre. Et quant je me regardoie, si en perdoie l’un, et quant il ert partis de moi, si devenoit un lieupart et se feroit en une grant compaignie de bestes salvages. Et maintenant me sechoit li cuers et tos li cors et m’ert avis el songe que je moroie.22

L’exégèse de ces songes, qui nous paraît si évidente, se dérobe à Galehaut et tout son entourage. Il est obligé de convoquer un consortium de dix clercs, qui, graduellement, parviennent à la vérité à coup d’avisions qui leur révèlent différents aspects concernant les acteurs du songe. Isolés dans des chambres vides, les clercs voient d’autres images. Ainsi l’un d’eux rapporte avoir vu un grand lion quittant en grande compagnie les îles en direction de l’Est pour y rencontrer un lion plus petit et couronné, également accompagné d’autres bêtes. Les deux lions s’affrontent, le grand a l’air de l’emporter quand arrive un léopard, fiers et orgueillos, et arrête la progression du grand lion qui rejoint le léopard et se rend avec lui auprès du lion couronné pour s’incliner devant lui. Le grand lion emmène le léopard sur ses terres et longuement estoient ensamble tant que li lieupars s’em partoit ; et lors remanoit li lions si corociés que il enfloit tos, si qu’il en prenoit la mort23. Mais ces indices sont toujours insuffisants pour établir un lien avec les protagonistes.

Il faut la vision d’un autre clerc pour comprendre que le lion couronné représente Arthur et que l’autre est Galehaut, mais ils ne savent toujours pas qui est le léopard. Maître Pétrone, grand savant de son état, est tout de même en mesure de préciser que le grand serpent est la reine et de décrypter une partie de l’image concernant le léopard :

Et del lieupart vos dirai je bien ce que j’en sai. Il est voirs que li lieupars est la plus fiere beste qui soit emprés le lion et qui plus puet nuire par dens et par ongles et par legiereté de cors, et cil qui par le lieupart est senefiiés si fist la pes de vos et de mon seignor le roi ; et bien pert qu’il fust vos gens humilier envers les nos. Et autresi com nule beste n’est plus haute qu’est le lieupart fors le lion, autresi ne puet nus estre mieldres chevaliers de cestui fors uns tos seus, mais il en sera uns et istra del fil al roi mort de duel, c’est li lieupars qui fu veus en vostre songe.24

Le clerc apporte donc une nouvelle pièce au puzzle en en dévoilant plus sur le grand félin. En d’autres termes, il parvient à motiver la métaphore. Le léopard représente le meilleur chevalier du monde à l’exception de son propre fils qui est encore à naître. Si l’on peut comprendre que ni les clercs ni Galehaut et ses hommes ne soient en mesure d’entendre l’allusion à la naissance de Galaad, futur héros du Graal, on peut être plus surpris de voir que la mention de la réconciliation de Galehaut avec Arthur, facilitée par le léopard, ne permet pas d’identifier le chevalier en question. C’est que l’essentiel est ailleurs. Le dernier clerc, Hélie de Toulouse, intervient en effet pour dire qu’aucun d’eux ne détient toute l’explication, mais qu’en additionnant leurs visions partielles, on peut composer le tableau entier. Le léopard, clairement, désigne Lancelot et c’est à cause de lui que Galehaut mourra. Le dixième et dernier clerc assemble ainsi les différents indices qui permettent de décrypter correctement la métaphore : le léopard est le fils du Roi mort de deuil, il a rendu possible la paix entre Galehaut et Arthur, il a accompagné Galehaut sur ses terres, il est le meilleur chevalier du monde et ne sera surpassé que par son fils, qu’il doit encore engendrer. C’est comme s’il avait dressé la liste des sèmes que contient un mot. Tout est parfaitement cohérent et permet de comprendre ce qu’a vu Galehaut lui-même : le cœur qui sort de sa poitrine se mue en léopard et disparaît. Seul Lancelot correspond à ce profil. L’énigme est résolue.

Mais le prince des Lointaines Îles refuse d’admettre l’évidence. Lancelot ne peut être un léopard parce qu’il est un lion, la métaphore, dit-il en somme, ne correspond pas :

Mestre, fet Galehout, dont n’est lions plus fiere beste que lieupars et de greignor seignorie ? — Oïl, fet li mestre, sans faille. — Dont di je, fet Galehout, que cil qui est mieldres chevaliers que tuit li autre ne deust pas avoir samblance de lieupart, mais de lion.25

Galehaut questionne ici l’adéquation de la métaphore, la logique de la ressemblance, si l’on veut, en se prévalant du même discours scientifique invoqué à l’instant par Hélie de Toulouse. Le léopard, disent les bestiaires, est un lion impur, issu de l’adultère du pard et de la lionne, alors que Lancelot est la fleur de la chevalerie, le premier parmi tous, et, donc, le lion26. Hélie de Toulouse concède qu’il a parfaitement raison et s’empresse alors de justifier son interprétation. Lancelot est le premier aujourd’hui, demain ce sera son fils. La métaphore est juste, à condition de la lire à l’échelle des temps à venir, comme l’a verrouillé une prophétie de Merlin :

Je sais bien de voir k’il est li mieldes chevaliers de ceulx qui orendroit sont. Mais il en sera uns mieldres de lui, kar einsi le dist Merlins en sa prophecie, qui par tot est voirsdisans. […] Je le sai bien, fet li mestres, que cil qui achevera les aventures de Bretaigne sera li mieldres chevaliers de tot le monde et aemplira le deerain siege de la Table Reonde, et cil a en escripture la senefiance de lion.27

C’est une pensée intéressante que celle de l’adéquation d’une métaphore en fonction du temps, en particulier en fonction du temps à venir pour lequel, sauf erreur, le corpus du Lancelot-Graal ne fournit pas d’autres exemples. Mais quoi qu’il en soit, le clerc mobilise en plus tout un réseau d’autorités diverses qui toutes infirment l’hypothèse que Lancelot puisse être le héros du Graal et, donc, revendiquer pour lui l’image du lion. Hélie invoque en particulier la prophétie d’un certain Marabon, qui dès avant la christianisation du pays aurait prédit à propos du léopard en question que se cil lieupars n’est foible par les rains, il passera totes le bestes terrienes, et lions et autres28. Le léopard, et Hélie ne disait pas autre chose, est un lion en puissance, mais ce léopard, Lancelot, ne l’est pas. Les reins, c’est de toute évidence le point faible de Lancelot, c’est son adultère avec la reine qui l’empêche de devenir le héros du Graal et qui le cantonne au rôle de géniteur du vierge Galaad. Ce n’est pas rien, mais cela exclut la possibilité de pouvoir lui-même accéder au statut de lion et le fige, depuis toujours et pour toujours, au niveau de léopard.

Ici aussi, l’image du léopard est parfaitement motivée par rapport à l’encyclopédie de l’époque, puisque le discours didactique, en particulier les exempla, fait systématiquement du léopard le rival du lion et l’amant de la lionne, disqualifiant de fait le félin tacheté. On voit donc que le même félin, dans la même prophétie, tout en désignant le même personnage, est à la fois le « presque-lion » positif, le meilleur chevalier du monde qui engendrera le lion merveilleux qu’est Galaad, et un « mauvais lion », qui absorbe tous les défauts du lion et libère ainsi la route pour l’image du lion royal et christique. L’essentiel est dans la relation hiérarchique entre les deux métaphores. Le léopard est toujours inférieur au lion, en particulier en raison de sa double association à l’adultère dont il n’arrive pas à se défaire : bâtard et amant de la lionne, l’épouse du roi. Cette infamie sexuelle explique pourquoi, dans certains songes, Lancelot est désigné non pas par le léopard mais par le chien, animal lubrique par excellence et comme une forme dégradée du grand fauve29. Parallèlement, toutefois, l’image positive du « presque-lion » se maintient, comme l’atteste le songe d’une demoiselle qui se voit secourue par un léopard qui s’avérera être Lancelot, choix qui désormais se passe de toute justification, comme si elle avait rêvé le même rêve que Galehaut et que l’exégèse était acquise30. On voit ici la stabilité de l’association du fils de Ban et du léopard qui indique comme une « lexicalisation » d’une métaphore qui n’a plus besoin d’être expliquée. Au bout d’un certain temps, cette association, encore méticuleusement motivée dans l’exégèse du rêve de Galehaut a en effet dû se muer en convention. Il est difficile de dire quand, exactement, le procédé a été accompli, mais nous en saisissons la preuve dans certains manuscrits de la Suite du Merlin en prose.

L’œuvre qui porte le titre un peu disgracieux de Suitedu Merlin en prose est une des composantes du grand cycle du Lancelot-Graal, où elle suit le Merlin et précède le Lancelot propre, qui contient le songe de Galehaut. En réalité, la Suite a été composée après et d’après le Lancelot propre, et reprend par conséquent des éléments à la tradition déjà en place.

À un moment donné, se lit une prophétie de Merlin qui dicte à son scribe Blaise, reclus dans la forêt et loin de tout, les événements qui ont eu lieu en Bretagne et aussi, pour faire bonne mesure, ceux qui auront lieu puisque Merlin a reçu le don de connaître l’avenir. Une des séquences prophétiques mobilise le bestiaire bien connu qui hantait, déjà, le Lancelot propre. Merlin détaille les difficultés que doit affronter le jeune roi Arthur, aux prises avec des barons rebelles, et promet qu’il fera ce qu’il faut pour sauver la Bretagne. Il enchaîne alors sur une petite confidence personnelle puisque la Bretagne est un pays qu’il aurait toutes les raisons de détester parce que c’est là que se trouve la femme qui causera sa perte.

Et si est ce, fait Merlins, la terre que je devroie plus haïr, car la louve est ou païs qui lou liepart sauvaigedoit loier de cercles qui ne seront ne de fer, ne de fust ne d’argent ne d’arain ne de plonc ne de riens nule que terre naïve port ne herbe. Si an sera si estroiz liez que movoir ne se porra. — Diex merci, Merlin, fait Blaise, que est ce que tu dis ? Dont n’est lieparz plus fors que lous et plus fait a redouter ? — Oïl, fait Merlins. — Conment, fait Blaises, avra donc la louve seur lui pooir ? Ice me dites, car je n’am puis pas veoir la maniere conment ce puet estre fet. — Vos n’an orroiz ore plus, fait Merlins, mes itant vos di ge que ceste prophecie chiet seur moi. Et si sai bien que je ne m’am porrai garder. [Rédaction alpha, BnF, fr. 747, fol. 146 c]

On retrouve le léopard, qui est ici opposé à une louve qui finira, dit Merlin, par le mettre dans une prison immatérielle. Contrairement au songe de Galehaut, l’identification du grand fauve ne fait cette fois-ci aucun doute puisque Merlin annonce d’emblée que cette prophétie le concerne et le lecteur comprend alors que la louve est la Dame du Lac, qui construira une prison faite d’air où le devin infaillible, éperdument amoureux de sa jeune disciple, devra passer le reste de ses jours. Comme naguère Galehaut, Blaise conteste la validité de la prédiction au nom de la logique de ressemblance, défaillante, selon lui. Une louve, objecte-t-il, est moins forte qu’un léopard, les images sont inadéquates, donc le message est faux. L’image est parfaitement exacte, rétorque Merlin, parce c’est exactement le point que veut souligner la prophétie : c’est avec le consentement du léopard que la louve réussit à l’emprisonner. Blaise, l’ermite solitaire, n’a pas à connaître les secrets et les malheurs de la passion, qu’il lui suffise de savoir que Merlin sait ce qu’il lui arrivera et qu’il accepte, lucide, son destin. Il est victime, mais victime consentante.

Merlin enchaîne immédiatement sur une seconde prophétie, qui met en scène un nouveau couple formé, cette fois, d’un léopard et d’un lion. Merlin précise que la seule raison pour laquelle il doit se rendre en Bretagne est le léopard merveilleux dont naîtra le grand lion, deux images claires pour désigner Lancelot et Galaad.

Et d’autre part se ne fust li merveilleux liepart qui del roiaume de Benoÿc istra, si fiers et si granz que totes autres bestes seurmontera et de som païs et de la Bloie Bretaigne, de quoi li granz lions istra qui totes bestes anclineront, por quil regart li ciel espartira, je n’i alasse ne n’i antrasse tant comme je tenir m’am peusse, mes je feroie pechié mortel se je destornoie ce por qui Nostre Sire m’a doné tant de sens et discrecions tant come je an sai por aidier a acomplir les avantures dou Saint Graal qui doivent estres acomplies et traistres a fin au tans lou roi Artu.31

Cette fois non plus, aucun doute n’est permis : le léopard est bien Lancelot, fils du roi Ban de Benoÿc et géniteur de Galaad, le plus grand de tous les chevaliers, destiné à mener à leur terme les aventures du Graal.

Cette séquence est parfaitement cohérente et intelligible, mais elle présente l’inconvénient de juxtaposer deux prophéties où intervient un léopard qui renvoie à deux personnes différentes dont seule l’une, Lancelot, est communément associée à l’animal en question. Une seconde rédaction, représentée par douze manuscrits, va donc rectifier cette anomalie et réécrire le bestiaire qui annonce l’enserrement de Merlin.

Si est la terre, fet Merlins, que jou devroie plus haïr, car la leuve est el païs qui le lion salvage doit loier de chercheles qui ne seront de fer ne de fust ne d’argent ne d’or ne d’estain ne de plon ne de riens nule de terre qui aigue ne herbe port, si en sera si estroit loiés que movoir ne se porra. — Diex merchi, fait Blayses, qu’est ce que vos dites ? Dont n’est lyons plus fors que leus et plus fait a redouter ? — Vos dites voir, fait Merlins. [B’ § 250] — Or me dites dont, fait Blayse, conment la leuve avra dont pooir vers le lyon ? — Vos n’en savrés ore plus, fait Merlins, mes tant vos di je bien que ceste prophesie chiet sor moi, et si sai bien que jou ne m’en savrai garder. [Rédaction béta, BnF, fr. 24394, fol. 186 d]

La modification présente au moins deux avantages : en élevant Merlin au grade de lion, l’écart entre la louve et le plus fort de tous les animaux s’accroît et l’emprisonnement devient d’autant plus invraisemblable. Mais, surtout, la modification permet d’éviter la mitoyenneté des deux léopards. La suite de la séquence prophétique est inchangée, mis à part deux accidents dans la transmission qui rendent le texte incompréhensible et qui doivent être redressés à l’aide de l’autre rédaction.

Et d’autre part, se ne fust por l’amor del mervilleuslupart quil del roialme de Benoÿc istra, si grans et si fors et si fiers que toutes autres bestes sormontera de son païs et32 de la Bloie Bertaigne, de qui33 istra li grans lyons que toutes autres bestes l’enclineront, et par qui regart li chiels espartira, jou n’i alaisse mie tant com tenir m’en peusse. Mes jou feroie pechié se je destornoie ce que Nostre Sires m’a doné tant de sens et de dis-[186bisa] crecion com j’ai por aidier a34 acomplir les aventures del Saint Graal qui doivent estre acomplies et traites a fin al tans le roi Artu. Mes ne vos chaut de moi plus enquerre, car bien savrés encore que ce porra estre, et vos meismes le verrois a vos iex, ains que vos morrés de mort, saciés de voir.

Voilà la cohérence rétablie au sein du discours onirico-prophétique du Lancelot-Graal : le léopard, le seul léopard du cycle, est Lancelot du Lac. La métaphore animale, au moins pour ce qui concerne le léopard et Lancelot, est désormais univoque et l’on évite qu’un même signe ne renvoie à deux personnages différents. On pourrait discuter la pertinence de représenter Merlin sous forme de lion, image traditionnellement réservée aux rois ou aux élus et le risque de brouillage qu’elle entraîne en raison du grand lion qui apparaît dans la prophétie suivante et renvoie à Galaad. Mais on voit, et c’est assez rare dans une tradition textuelle, une intervention intentionnelle pour simplifier la forêt des signes que constituent les prophéties merliennes en respectant quelques repères fixes dont l’image de Lancelot en léopard fait partie. C’est en effet l’une des caractéristiques du remaniement que subit le texte dans la rédaction béta que l’effort de lisser des contradictions et de renforcer la cohérence entre les différentes composantes du cycle. En particulier le Merlin en présente toute une série qui a d’ailleurs permis aux chercheurs de repérer les deux rédactions. On voit ici qu’il en va de même pour la Suite, pour laquelle un rédacteur s’est efforcé de transformer en cycle uniforme des textes qui, à l’origine, avaient un statut plus ou moins autonome. Dans cette opération destinée à renforcer la cohérence et à atténuer les incompatibilités, le travail sur les songes et les prophéties est naturellement essentiel, car ce sont les parties qui renvoient à des événements passés ou à venir et qui installent donc un jeu d’annonces et de rappels entre les différentes composantes du cycle. Ces éléments doivent correspondre sous peine de détruire le sens de l’édifice construit.

Dans cette vaste opération de mise en place d’un univers ordonné et compréhensible, la métaphore animalière joue un rôle important, dans la mesure où elle sert à montrer ce qui, par définition, est invisible : elle visualise notre avenir et nous permet de voir à l’œuvre, par la même occasion, le monde surnaturel qui se manifeste au sein du nôtre par le truchement de prophéties et de songes. Le fait que les deux discours, prophétique et onirique, convergent et que les métaphores soient motivées et stables est la condition nécessaire à la création d’un univers intelligible.

  1. 1 Pour les masques, voir les différents travaux de Barillari Sonia Maura, par exemple : L’aldilà : maschere, segni, itinerari visibili e invisibili. Atti del 2° Convegno internazionale, Rocca Grimalda, 27-28 settembre 1997, Alexandrie, Edizioni dell'Orso, [2000] (L’Immagine riflessa 3) ; Museo della maschera 1996-2002, Rocca Grimalda, Laboratorio Etno-Antropologico, 2003. Pour les peaux, voir l’entrée D531 « Transformation by putting on skin » dans Thompson Stith, Motif-Index of Folk-Literature, Bloomington, Indiana University Press, 1955-58 à ce propos, voir aussi Lecouteux Claude, Elle courait le garou. Lycanthropes, hommes-ours, hommes-tigres. Une anthologie, Paris, José Corti, [2008], en particulier p. 121-124 et Donà Carlo, « Mogli, fate e lupi mannari », dans Pasero Nicolo et Barillari Sonia Maura, Le Voci del Medioevo. Testi, immagini, tradizioni, Alexandrie, Edizioni dell’Orso, 2005 (L’Immagine Riflessa / Quaderni Serie miscellanea 8), p. 117-130, en particulier p. 124, note 12.
  2. 2 La littérature critique sur la métaphore est immense. Pour une première approche voir Kövescses Zoltan, Metaphor. A Practical Introduction, Oxford, Oxford University Press, 2002 et, plus particulièrement axée sur le domaine de la langue française, Gardes-Tamine Joëlle, Au cœur du langage : la métaphore, Paris, Honoré Champion, 2011.
  3. 3 Tous les exemples et les datations afférentes proviennent du Trésor de la Langue Française informatisé : http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/showp.exe?14;s=150448215 ; p=combi.htm.
  4. 4 Les définitions sont empruntées au Trésor de la Langue Française informatisé. A ma connaissance, ni « Rabe », ni « raven », ni « corvo » ou « corbo », les cousins romans du corbeau, n’ont ce sens.
  5. 5 Pour une première approche du bestiaire arthurien, voir le volume collectif Bertin Georges et Guillaud Lauric (éds), Du cheval au bestiaire merveilleux : chevaux, dragons et animaux fantastiques dans la légende arthurienne et ses réceptions : actes de la 7e Rencontre arthurienne, Normandie, Maine, Anjou, CENA le 30 septembre 2017 à Angers, Lyon, Éditions du Cosmogone, DL 2018.
  6. 6 Voir le chapitre « L’animal et le double sens » dans Strubel Armand, « Grant senefiance a » : Allégorie et littérature au Moyen Âge, Paris, Champion, 2009 (Moyen Âge -Outils de synthèse 2), p. 162-167, p. 162 pour la citation.
  7. 7 À une exception près. Voir Demaules Mireille, « Symbole zoomorphe et personnification dans le récit de rêve médiéval », dans La Personnification du Moyen Âge au XVIIIe siècle, sous la direction de M. Demaules, Paris, Classiques Garnier, 2014 (Rencontres 91), p. 53-70, qui souligne que les taureaux, dans le rêve que fait Gauvain dans la Quête, parlent, ce qui tranche par rapport aux animaux des songes épiques (p. 57). On peut voir là un début de glissement du symbole vers la personnification.
  8. 8 Voir les ouvrages collectifs Corbellari Alain et Tilliette Jean-Yves (éds),Le Rêve médiéval, Genève, Droz, 2007 (Recherches et rencontres 25) et Demaules Mireille (éd), Expériences oniriques dans la littérature et les arts du Moyen âge au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 2016 (Colloques, congrès et conférences sur le Moyen Âge 22) et, surtout, le remarquable ouvrage de Demaules Mireille, La corne et l’ivoire : étude sur le récit de rêve dans la littérature romanesque des XIIe et XIIIe siècles, Paris, Champion, 2010 (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge 103) qui contient une riche bibliographie.
  9. 9 Outre Daniel Catherine, Les prophéties de Merlin et la culture politique (XIIe-XVIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007 (Culture et société médiévales 11), c’est surtout Clara Wille qui s’est récemment occupée de ce dossier : Wille Clara, « Le dossier des commentaires latins des Prophetie Merlini », dans Moult obscures paroles. Études sur la prophétie médiévale, recueillies par R. Trachsler, avec la collaboration de J. Abed et D. Expert, Paris, Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2007 (Cultures et Civilisations Médiévales 39), p. 167-183 et Wille Clara et Veysseyre Géraldine, « Les Commentaires latins et français aux Prophetie Merlini de Geoffroy de Monmouth », Médiévales 55 (Automne 2008), p. 93-114 et son édition Wille Clara, Prophetie und Politik. Die Explanatio in Prophetia Merlini Ambrosii des Alanus Flandrensis, 2 vol., Berne, Peter Lang, 2015 (Lateinische Sprache und Literatur des Mittelalters 49). À quelques rares exceptions près, les romans en prose français ne reprennent pas la séquence prophétique de la Prophetia Merlini galfrédienne. Sur le dossier, voir Abed Julien, « La Traduction française de la Prophetia Merlini dans le Didot-Perceval », Moult obscures paroles, op. cit., p. 81-105.
  10. 10 « [112] (1) Ve rubeo draconi : nam exterminatio ejus festinat. Cavernas ipsius occupabit albus draco qui Saxones quos invitasti significat. Rubeus vero gentem disignat Britannie que ab albo opprimetur. » J’utilise l’édition critique : Geoffrey of Monmouth, The History of the Kings of Britain. An Edition and Translation of De gestis Britonum. Historia regum Britanniae, edition by Michael D. Reeve, translation by N. Wright, Woodbridge, The Boydell Press, 2007 (Arthurian Studies LXIX). La traduction française est reprise à Geoffroy de Monmouth, Histoire des rois de Bretagne, traduit et commenté par L. Mathey-Maille, Paris, Belles Lettres, 1992 (La Roue à Livres), p. 158.
  11. 11 Robert de Boron. Merlin, éd. A. Micha, Genève, Droz, 1979 (TLF 281), p. 118. Il faut noter que Robert de Boron inverse, par rapport à Geoffroy, les couleurs attribuées à chacun des deux partis.
  12. 12 Pour un tableau très clair des différentes techniques dans le domaine divinatoire, on peut consulter l’introduction de Writing the future : prognostic texts of medieval England, edited by T. Hunt, Paris, Classiques Garnier, 2013 (Textes littéraires du Moyen Âge. Série Divinatoria 2).
  13. 13 Sur le style des prophéties, caractérisé par le déguisement des personnages en animaux ou phénomènes de la nature, voir Taylor Rupert, The Political Prophecy in England, New York, Colombia University Press, 1911, p. 3-4 et Tatlock John Strong Perry, The Legendary History of Britain. Geoffrey of Monmouth’s Historia regum Britanniae and its early vernacular versions, Berkeley, University of California Press, 1950 (reprint: New York, Gordian Press, 1974), p. 415–416.
  14. 14 « [112] (3) Sex posteri ejus sequentur sceptrum set post ipsos exurget Germanicus vermis. Sullimabit illum equoreus lupus quem Affricana nemora comitabuntur. »
  15. 15 Voir les travaux de Carla Wille cités supra et, plus spécifiquement sur le bestiaire prophétique de Geoffroy, son étude « La symbolique animale de la Prophetia Merlini », Reinardus, 15 (2002), p. 175-190.
  16. 16 Geoffroy de Monmouth, Histoire des rois de Bretagne, Prophétie 112 (2), trad. par Mathey-Maille, p. 158.
  17. 17 Sur le sanglier chez les Celtes, voir Ford Patrick K., « A highly important pig », dans Matonis A.T.E., Melia Daniel F. (éds), Celtic language.Celtic culture. A Festschrift for E. P. Hamp, Van Nuys, Ford & Bailie, 1990, p. 292–304. À propos des différentes valeurs du sanglier dans la culture médiévale, on peut recourir à l’étude classique de Schouwink Wilfried, Der wilde Eber in Gottes Weinberg. Zur Darstellung des Schweins in Literatur und Kunst des Mittelalters, Sigmaringen, Thorbecke, 1985 (Kulturgeschichtliche Miniaturen) et Pastoureau Michel, Le cochon : histoire d’un cousin mal aimé, Paris, Gallimard, 2009 (Découvertes Gallimard. Culture et société 545). Pour l’ours, et sa rivalité avec le lion, voir Pastoureau Michel, L’ours : histoire d’un roi déchu, Paris, Éd. du Seuil, 2007 (La librairie du XXIe siècle).
  18. 18 Geoffroy de Monmouth, Histoire des rois de Bretagne, Prophétie 112 (3). Le choix du loup indique naturellement l’homme prédateur. Voir Demaules Mireille, La corne et l’ivoire, op. cit., p. 402-403.
  19. 19 Pour un inventaire avec résumé des songes du cycle du Lancelot-Graal, voir Demaules, La corne et l’ivoire, op. cit., p. 628-636. Il faut noter que les songes rassemblés sous le titre de Joseph d’Arimathie sont en réalité les songes de l’Estoire del Saint Graal.
  20. 20 À propos de ces rêves, voir Connochie-Bourgne, Chantal, « Les songes animaliers dans le Lancelot en prose : du serpent, du lion et du léopard », dans Altmann Barbara K., Carroll Carleton W. (éds), The Court Reconvenes : Courtly Literature Across the Disciplines: Selected Papers from the Ninth Triennial Congress of the International Courtly Literature Society, University of British Columbia, Vancouver, 25–31 July 1998, Cambridge, D. S. Brewer, 2003, p. 309–316.
  21. 21 Sur Galehaut et son destin dans le cycle, l’étude de Jean Frappier n’a rien perdu de son efficacité : « Le personnage de Galehaut dans le Lancelot en prose », Romance Philology XVII (1963-4), p. 535-554.
  22. 22Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 7.
  23. 23Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 45.
  24. 24Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 46-47.
  25. 25Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 52.
  26. 26 Sur le léopard, voir mon étude, déjà un peu ancienne, mais commode « Quelques remarques à propos du mauvais léopard dans la littérature médiévale », Reinardus, 5 (1992), p. 195-208.
  27. 27Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 52-53.
  28. 28Lancelot, éd. Micha, vol. I, p. 56.
  29. 29 Voir, par exemple, Menache Sophie, « Dogs: God’s worst enemies ? », Society and animals, 5 (1997), p. 23-44 ou Polo de Beaulieu Marie-Anne, « La conception moralisante des animaux dans la littérature didactique médiévale : le cas du chien », Fasciculi archaeologiae historicae, 17 (2006), p. 55-61 et dans le corpus onirique, Demaules, La corne et l’ivoire, op. cit., p. 405-406.
  30. 30 Le passage se lit dans Lancelot, éd. Micha, vol. IV, p. 314-315, pour le songe, et p. 327-328 pour sa réalisation (partielle).
  31. 31 BnF, fr. 747, fol. 146 c.
  32. 32 MS païs de la Bloie B. A’B’C’corrigé d’après A.
  33. 33MS de qui omis A’B’C’ corrigé d’aprèsfr. 344. A donne de quoi.
  34. 34MS a omis A' corrigé d’après B’C’.