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Couverture du livre Témoignage, mémoire et histoire Show/hide cover

Comment le Chambon-Sur-Lignon s’est souvenu

Soon, there will be nobody in Le Chambon left to thank (Pierre Sauvage)
Qui témoigne pour le témoin quand le témoin a disparu ? (Cioran)

Au Chambon-sur-Lignon (village d’environ 2 500 habitants aux confins de la Haute-Loire et de l’Ardèche, au sud-est du Massif central), l’été 2021 fut marqué par deux événements : la présentation d’une exposition et la parution d’un livre.

L’exposition, organisée dans le hall de la mairie, était consacrée à Erich Schwam, ancien enfant caché d’origine autrichienne, récemment décédé, ayant légué sa fortune – plusieurs millions d’euros – à la commune en remerciement pour l’avoir accueilli avec sa famille pendant l’Occupation : un épisode suffisamment marquant pour que l’information en ait été diffusée dans la presse nationale et internationale (un documentaire y fut même consacré à la télévision).

Le livre, de Muriel Rosenberg (2021) intitulé Mais combien étaient-ils ? Les réfugiés juifs au Chambon-sur-Lignon et sur le Plateau de 1939 à 1945, fut publié chez un éditeur local, avec une préface de Serge Klarsfeld. Il se donnait pour principal objectif d’éteindre la « querelle du nombre » qui agite depuis des décennies les historiens concernant le nombre exact de Juifs ayant transité pendant la Seconde Guerre mondiale sur le « Plateau » (le plateau Vivarais-Lignon, comportant dix-sept communes réparties sur quatre cantons et deux départements) : furent-ils 5 000, selon le nombre approximatif de faux papiers déclaré par le faussaire le plus notoire, Oscar Rosowsky ? Entre 2 500 et 3 000, selon le pasteur André Trocmé, initiateur du mouvement de « résistance spirituelle » grâce auquel le Chambon est devenu l’emblème du sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ? 3 500, selon l’historien américain Patrick Henry ? Un millier, selon l’historien François Boulet ? 1 200, selon l’historien Sylvain Bissonnier ? Moins encore, suggéraient les plus sceptiques ? Pour résoudre la question, Muriel Rosenberg s’était décidée à enquêter en nettoyant systématiquement les listes disponibles des doublons et erreurs diverses, en contactant les familles, en cherchant sur Internet, en recoupant, en interrogeant… Au moment de la publication, elle était parvenue au chiffre – minimum donc, et provisoire en attendant d’éventuels ajouts – de 1958 individus nominativement identifiés comme ayant séjourné sur le Plateau entre 1940 et 1945. Leur liste figure à la fin de son livre.

Une lente résurgence

Le point commun à ces deux initiatives concomitantes – l’exposition et le livre – est qu’elles ne sont pas dues à des spécialistes ou des professionnels mais à des amateurs, membres (et présidente, pour le commissaire de l’exposition) de l’association des Amis du Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon. Muriel Rosenberg, licenciée en géographie et retraitée d’un cabinet d’audit où elle exerçait la fonction de directeur marketing, est la veuve d’Ervin Rosenberg, un Juif d’origine hongroise, et elle connaît le Chambon depuis toujours : ses parents en sont originaires et elle y possède une résidence secondaire. Quant à Denise Vallat, la conceptrice de l’exposition, elle aussi retraitée et propriétaire d’une maison de famille au Chambon, elle fut professeur d’histoire en classes préparatoires avant d’assumer des fonctions au conseil municipal du village où elle est adjointe au tourisme et à la culture. C’est à ce double titre qu’elle mena les recherches historiographiques permettant de retracer la vie d’Eric Schwam et qu’elle obtint le budget nécessaire à l’exposition. Deux enquêtes historiques à dimension mémorielle, menées en dehors du cadre universitaire, à partir des témoignages des habitants du village et de ceux qui y ont séjourné : voilà une configuration atypique, témoignant d’une implication rare, grâce à laquelle l’histoire croise la mémoire et le passé ressurgit après soixante-quinze ans alors même que certains témoins sont encore vivants.

Or ce passé, durant la génération qui suivit les événements, était demeuré à peu près muet au village et dans ses environs1 : à titre d’exemple, une élève du Collège cévenol (fondé en 1938 par André et Magda Trocmé et Edouard Theis, principaux acteurs de la « résistance spirituelle » sur le Plateau), qui y fit ses études à la fin des années 1970 et au début des années 1980, n’y avait jamais entendu parler de l’histoire du Chambon pendant la guerre, dont elle ne prit connaissance qu’à l’occasion de l’ouverture du Lieu de Mémoire en 2013… Pourtant, contrairement à la mémoire de la Shoah et à ses entraves, bien étudiées à présent par les chercheurs même si abondamment discutées voire disputées2, la mémoire du Chambon pendant la guerre est celle d’un sauvetage massif, qui ne comporte donc ni honte ni trauma mais devrait au contraire être source de fierté : 84 « Justes parmi les nations », distingués à ce titre par l’institut Yad Vashem, ont été recensés à ce jour sur le Plateau. Et malgré cela il a fallu au moins une génération pour que ressurgisse ce passé pas si lointain, pour devenir peu à peu un motif quasi légendaire, à l’échelle d’abord – fait notable – internationale, puis locale et nationale. Voilà qui illustre, dans un cas bien précis, la difficulté qu’avait soulignée Jacques Sémelin (2022) à enquêter sur le sauvetage, alors que tout pousse à parler du massacre.

C’est ce lent processus d’émergence mémorielle, grâce à l’interaction de toute une variété d’acteurs, qui va nous intéresser ici. Il ne s’agira pas toutefois de « démythifier » la légende ou de dénoncer d’éventuelles erreurs historiques, comme cela a déjà été tenté suite à diverses controverses sur le pacifisme et la résistance armée, sur la dimension économique, sur le rôle exact du pasteur Trocmé et celui, plus généralement, du protestantisme (la « protestantisation »), ou sur la prééminence du Chambon par rapport aux autres villages (la « chambonnisation »)3. Bien plutôt va-t-il s’agir de décrire l’intrication étroite et la construction croisée de la mémoire et de l’histoire4. Loin de toute tentative de déconstruction ou de démythification, ma perspective s’inscrit plutôt dans celle adoptée dans mon premier livre (Heinich, 1991), à savoir la description de la construction d’une légende (« légende » au sens strict de ce qui se raconte et perdure, et non au sens figuré de ce qui n’est pas conforme à la réalité) et la compréhension des raisons de son succès. Il s’agit donc ici de reconstituer le processus antérieur à la constitution d’un « lieu de mémoire » – selon le concept inventé et abondamment documenté grâce à Pierre Nora (Nora, 1992) – et qui le rend possible.

Nous allons voir que loin de s’être imposé de façon immédiate et linéaire, passant des acteurs locaux aux livres d’histoire, le souvenir de ce qui a eu lieu au Chambon pendant l’Occupation n’a pu émerger, se muer en traces d’un événement historique et, finalement, se transmettre, que grâce à la coopération non ou peu concertée d’acteurs et de moyens très hétérogènes. D’où la complexité de l’écheveau que constitue la chronologie de ce processus mémoriel bien particulier, mêlant le passage du silence à la parole, du privé au public, de l’individuel au collectif, de l’association à l’institution, du témoignage à l’historiographie et, finalement, de la mémoire à l’histoire et, à nouveau, de l’histoire à la mémoire.

Du silence à la parole

Paul Ricœur (2000) distinguait trois catégories de traces mémorielles : corticales, psychiques et matérielles. Pour qu’un événement vécu se mue en mémoire, il faut non seulement que sa trace corticale (non consciente) devienne trace psychique (consciente ou, éventuellement, inconsciente au sens freudien), mais aussi que l’empreinte psychique se matérialise dans des images ou dans des mots qui lui donneront consistance voire signification, devenant des « vecteurs de mémoire » (Gensburger, 2010).

Les mots, donc : a-t-on parlé après la guerre, dans les familles du Plateau, de ce qu’ont fait les uns et les autres ? On ne le sait guère, faute d’accès à l’intimité des vies vécues. Mais nous pouvons supposer, grâce à quelques témoignages, que le silence était plutôt la règle, non par oubli, par indifférence ou moins encore par honte, mais par conviction que tout cela ne valait pas la peine qu’on en parle car ce qui fut fait allait de soi : « Nous devions le faire, nous l’avons fait, c’est tout », selon les mots d’un témoin qui donnent son titre au livre consacré par Patrick Cabanel (2018) au refuge dans les Cévennes. C’est là un trait non de caractère mais d’habitus protestant, qui a été largement relevé par les commentateurs du sauvetage, en lien notamment avec « l’affinité élective » qui unit protestants et juifs (Cabanel, 2004).

Au silence qui prévalut pendant la guerre, pour des raisons de sécurité, succéda donc le silence de l’après-guerre : non plus celui des rescapés des camps, rendus parfois muets sur ce qu’ils avaient traversé par l’effet d’une « identité blessée » (Pollak, 1993), mais le silence de ceux qu’on n’appelait pas encore les « Justes », certains de n’avoir fait que leur devoir, auquel s’ajoute le silence d’un grand nombre de Juifs qui ne souhaitaient pas revenir, même mentalement, aux heures noires de la traque. Il n’allait donc pas de soi de parler, soit parce qu’on estimait n’avoir rien de spécial à dire, soit parce qu’on ne se sentait pas écouté, soit parce qu’on préférait oublier.

Pour que la trace psychique se mue en trace mémorielle, et l’expérience vécue en événement, il faut passer de la parole privée à la prise de parole publique, c’est-à-dire de la remémoration personnelle ou, éventuellement, familiale, au témoignage, qui fait exister le passé pour un tiers5. Ici commence donc l’histoire de la façon dont le Chambon, après plus de vingt-cinq ans, s’est souvenu.

Du privé au public

Car c’est en 1971 qu’a lieu, au Chambon même, la première manifestation publique évoquant le sauvetage. Le 31 mai, à l’occasion de la cérémonie d’inauguration du nouveau gymnase du Collège cévenol, Magda Trocmé, épouse du pasteur, se rend au Chambon et lit au temple le message rédigé par André, trop malade pour quitter Genève où il résidait. Probablement y évoquait-il la médaille des Justes que l’institut Yad Vashem venait de lui attribuer6, et dont il estimait qu’elle était un honneur immérité : « Pourquoi moi, et pas la foule des humbles paysans de la Haute-Loire, qui ont fait autant et plus que moi ? Pourquoi pas ma femme, dont la conduite a été beaucoup plus héroïque que la mienne ? Pourquoi pas mon collègue Edouard Theis, avec lequel j’ai tout partagé, en fait de responsabilités ? Je ne puis accepter la ʺMédaille des Justesʺ qu’au nom de tous ceux qui se sont ʺmouillésʺ pour nos frères et nos sœurs persécutés, injustement, jusqu’à la mort. » Il décèdera quelques jours plus tard. À la cérémonie funéraire au temple du Chambon, en présence de toute sa famille et de nombreux Chambonnais, assistera aussi l’ambassadeur d’Israël, qui remettra publiquement à Magda la médaille d’André.

Le deuxième acte de ce passage du privé au public aura lieu huit ans plus tard : le 17 juin 1979 fut inaugurée une plaque commémorative bilingue, en français et en hébreu, apposée sur le mur de l’école communale, face au temple, en présence d’Oscar Rosowsky, l’ex-fabricant de faux papiers, qui en 1977 avait fait un appel aux anciens réfugiés juifs pour qu’ils s’associent à sa démarche. Plusieurs dizaines étaient venus ce jour-là, et purent retrouver les habitants qui les avaient hébergés. La presse – locale mais aussi nationale et internationale – se fit largement l’écho de l’événement7. Les cartes postales en vente dans les deux maisons de la presse et les deux librairies du village comportèrent dès lors une photographie de la plaque, qui jusqu’en 2013 fut la seule trace publique des événements. Cette plaque était ainsi rédigée :

« Le souvenir du Juste restera pour toujours »
HOMMAGE
À LA COMMUNAUTÉ PROTESTANTE DE CETTE TERRE CÉVENOLE
ET À TOUS CEUX ENTRAÎNES PAR SON EXEMPLE
CROYANTS DE TOUTES CONFESSIONS ET NON CROYANTS
QUI PENDANT LA GUERRE 1938-1945
FAISANT BLOC CONTRE LES CRIMES NAZIS
ONT AU PÉRIL DE LEUR VIE SOUS L’OCCUPATION
CACHÉ, PROTÉGÉ, SAUVÉ PAR MILLIERS
TOUS LES PERSECUTÉS.
LES JUIFS REFUGIÉS AU CHAMBON-SUR-LIGNON
ET DANS LES COMMUNES AVOISINANTES.

Une exposition suivra en 1983, à l’initiative d’une association locale d’érudits intéressés par le protestantisme, la Société d’Histoire de la Montagne (SHM) : « Accueil et résistance sur le Plateau Vivarais-Lignon, 1939-1945 ». Elle bénéficiait de l’engagement, sur place, d’un professeur d’histoire au collège cévenol, Bernard Galland (alors président de la SHM.) ; et, à distance, du soutien d’une autre association, Friends of Le Chambon (devenue ensuite Chambon Foundation), créée par Pierre Sauvage, un ancien réfugié né sur le Plateau pendant la guerre et vivant en Californie8.

C’est le même Pierre Sauvage – documentariste de profession – qui organisera en juillet 1986, au cinéma du village, la première projection publique de son film Les Armes de l’esprit, en présence de plusieurs protagonistes du film, anciens réfugiés et habitants. L’événement donna lieu à d’intenses discussions sur place, mais aussi à de violentes controverses dans la presse juive française en raison de désaccords sur certaines interprétations proposées dans le film9. Il reçut toutefois un accueil très favorable lors de projections à Cannes en 1987, à Paris, à Oxford.

En 1990, un colloque organisé au Chambon par la Société d’Histoire de la Montagneafin de « dresser un premier bilan des connaissances sur l’ensemble des problèmes qui se sont posés au Plateau pendant cette période 1939-1944 » permit de confronter – parfois durement – les points de vue des témoins avec ceux des historiens locaux et des universitaires qui, pour la première fois, tentèrent de faire le point sur l’histoire du sauvetage. Les actes en furent publiés deux ans plus tard (Bolle, 1992).

En 1999 eut lieu une deuxième exposition, « Résistances croisées », destinée celle-ci à préfigurer un futur musée : la Mairie à présent était partie prenante10. À partir des années 2000 se multiplient les initiatives consistant à inscrire la mémoire dans l’espace public. Il y eut ainsi la pose de plaques commémoratives : en 2001 sur le mur extérieur de la maison des Roches où avait eu lieu une rafle en juin 1943, à la seule initiative d’Antonio Plazas, ancien réfugié espagnol et résident aux Roches, rescapé de la rafle ; l’année suivante, dans les villages voisins de Villelonge et Devesset, en mémoire de la résistance armée ; en 2004, au Chambon, en hommage à Charles Guillon, ancien maire, et à André Philip, ancien député. Il y eut également d’autres expositions : au Chambon en 2002, à l’initiative de Pierre Sauvage et entièrement subventionnée depuis l’Amérique, dans une vitrine dite « exposition du carrefour », qui restera ouverte durant cinq ans ; en 2006, au Chambon toujours, dans la gare récemment rénovée grâce au mécénat d’American Friends, à l’initiative de la mairie et de Pierre Sauvage.

Il y eut aussi en juin 2004, pour rassembler les derniers témoins, des journées « Mémoires du Plateau », organisées par Pierre Sauvage encore mais, cette fois, en collaboration avec la municipalité du Chambon et celle du Mazet-Saint-Voy, la Société d’Histoire de la Montagne, les Amis du Chambon et la Chambon Foundation. Il y eut surtout – clou de cette publicisation des traces du passé – la visite officielle au Chambon, le 8 juillet 2004, de Jacques Chirac, alors président de la République, et de Simone Veil, alors membre du Conseil constitutionnel et présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah : visite qui acheva de conférer un écho national et international à l’histoire de la commune. S’ensuivit l’organisation par l’office du tourisme d’un parcours mémoriel sur les lieux du sauvetage.

Le mouvement toucha également les communes environnantes : à Chaumargeais fut installé contre le mur de l’école, en 2009, un « Arbre de la mémoire », monument commémoratifoù figurent les noms de tous les Juifs réfugiés qui avaient pu être recensés à cette date – initiative de l’association des Amis du vieux Tence, commune dont dépend le hameau de Chaumargeais. L’année suivante la même association fit installer devant la ferme d’Istor, près de Chaumargeais, un panneau commémoratif de l’« école des Prophètes », ce petit groupe de résistants et d’érudits juifs qui y survécut durant les derniers mois de l’Occupation11. Et en 2011 la commune d’Intres se joignit au mouvement avec des panneaux commémoratifs documentant l’accueil des Juifs, et notamment du grand rabbin Isaïe Schwartz et de sa famille.

L’acmé enfin de ce processus advint le 3 juin 2013 avec l’inauguration du Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon, en présence de plusieurs ministres et de nombreuses personnalités, dont l’ambassadeur de l’État d’Israël. C’est à la suite de cette ouverture – fruit des efforts du maire du Chambon Eliane Wauquiez-Motte, après une longue et controversée succession de projets – que furent installés dans le village, à l’initiative de la municipalité, des panneaux commémoratifs servant de repères pour le parcours mémoriel. Et dès 2014, l’association des Amis du Lieu de Mémoire organisera chaque année une « marche de la mémoire » pour commémorer le premier acte de résistance civile publique sur le Plateau, le 10 août 1942 – elle réunit chaque année plusieurs dizaines de participants. Enfin le dernier épisode en date est celui mentionné au début de cet article : l’exposition sur Erich Schwam à la mairie en 2021.

De l’individuel au collectif

Outre la transformation des traces psychiques en traces mémorielles, cette publicisation du souvenir produit également un passage de l’expérience individuelle à l’expérience collective. En effet, tant que l’expérience vécue pendant la guerre était enclose dans les mémoires individuelles ou familiales, rien ne permettait aux protagonistes de savoir – sinon de façon obscure ou hypothétique – qu’il ne s’agissait pas là que de vécus isolés mais qu’un phénomène collectif était à l’œuvre, impliquant des dizaines voire des centaines de protagonistes – concernant les Justes – voire des milliers – concernant les Juifs. Ainsi Eliane Jouve, née en 1948 et dont les grands-parents avaient hébergé le fils de Jules Isaac, témoigne rétrospectivement :

Nos parents parlaient peu de cette époque. Et ce n’est d’ailleurs qu’après la guerre, quand des livres et des témoignages sont sortis, que nos parents eux-mêmes ont réalisé l’ampleur de la solidarité qui a été pratiquée chacun dans son coin, selon sa conscience.12

C’est la dimension publique qui donne accès à la dimension collective, laquelle signe l’existence non plus seulement d’une pluralité d’expériences personnelles mais d’un véritable événement, exceptionnel par son ampleur, donc historique – c’est-à-dire digne de passer à la postérité.

Contribuèrent à cette prise de conscience les titres de « Justes parmi les nations » attribués par l’institut Yad Vashem à plusieurs protagonistes : André Trocmé en 1971, son cousin Daniel Trocmé, à titre posthume, ainsi que Mireille Philip, en 1976, et à Magda Trocmé en 1984, à l’initiative de Pierre Sauvage (deux arbres furent même plantés dans le jardin de l’institut à Jérusalem en 1972 en l’honneur d’André et Magda). Surtout, il y eut le « diplôme d’honneur » décerné en 1988 – toujours à l’initiative de Pierre Sauvage – à la commune du Chambon-sur-Lignon tout entière ainsi qu’aux villages avoisinants (une stèle en l’honneur du Chambon fut alors installée dans le jardin de Yad Vashem) : distinction tout à fait exceptionnelle (il n’y eut qu’un seul autre cas dans le monde : le village de Nieuwlande aux Pays-Bas), décidée en raison du grand nombre de récipiendaires potentiels.

Mais de cela les villageois ne prirent probablement conscience que peu à peu, tant l’institut de Jérusalem, malgré son comité français, est loin du Plateau – même si le diplôme d’honneur fut longtemps affiché dans le hall de la mairie avant d’être déplacé au Lieu de Mémoire. Plus efficace sans doute pour la prise de conscience de l’ampleur du phénomène fut l’appel lancé en octobre 1977 depuis Paris par Oscar Rosowsky à l’attention des anciens réfugiés, par lettres auprès de ses contacts ainsi que par un article paru dans L’Information juive (« Le sauvetage des juifs en France occupée, 1942-1944 : Le Chambon-sur-Lignon, un ʺDanemarkʺ en France ») : repris dans plusieurs titres de la presse juive internationale, il permit de rassembler 144 personnes13. Dès lors c’est chez les Juifs qu’émergea la prise de conscience que ce qu’ils avaient vécu pendant la guerre relevait d’une expérience non seulement individuelle mais collective, et non seulement collective mais exceptionnelle par son ampleur. L’inauguration de la plaque commémorative au Chambon en 1979 leur permit de joindre cette prise de conscience à celle des habitants qui y assistèrent ou en eurent connaissance par la presse locale.

Après l’initiative institutionnelle de Yad Vashem, et l’initiative individuelle puis associative de Rosowsky, ce furent les initiatives éditoriales qui contribuèrent à la conscience de la dimension collective exceptionnelle de cette histoire. Ne mentionnons que pour mémoire l’article paru aux États-Unis en 1953 dans le journal pacifiste Peace News, « The Story of Chambon : Resistance without Arms », consacré au rôle du pasteur André Trocmé – trop lointain et trop confidentiel pour contribuer au processus mémoriel. Très remarqué en revanche fut, en 1979 (l’année même de l’inauguration de la plaque commémorative au Chambon) le livre – très approximatif sur le plan des faits – du philosophe américain Philip Hallie (1979 ; 1980), publié à New York puis traduit en français l’année suivante. Dès lors les ouvrages se succédèrent, qu’ils soient d’édification ou de vulgarisation, comme ceux de Hallie, de l’érudit local Gérard Bollon, de la responsable scientifique du Lieu de Mémoire Aziza Gril-Mariotte ou plus récemment d’Emmanuel Deun (2018) ; de fiction, comme ceux de Philippe Boegner, de la canadienne Carol Matas, de Carole Zalberg, d’Ariane Bois ou d’Alfred Lenglet (en outre un roman de Romain Gary publié en 1980 se terminait au Chambon) ; de bande dessinée (Douillet, 2017 ; Matz, Cob et Avram, 2021) ou encore – nous y reviendrons – de témoignages ou d’historiographie. On peut y ajouter – quoique, non traduits, ils n’ont guère eu la possibilité de toucher les habitants du Plateau – plusieurs ouvrages de vulgarisation ou d’édification parus à l’étranger (Schott, 2011 ; Unsworth, 2012 ; Chalamet, 2013 ; Grose, 2014 ; Moorehead, 2014 ; Paxson, 2019)14, pour la plupart dans la mouvance des courants protestants ou pacifistes : une particularité qui signe là encore la singularité du phénomène.

Toutes ces publications – dont certaines donnèrent lieu à des présentations publiques au Chambon – contribuèrent à conférer aux faits évoqués une dimension non plus anecdotique mais historique, à l’échelle non seulement de toute une collectivité dispersée dans différentes communes mais aussi de tous ceux concernés par le crime contre l’humanité que constitue l’extermination des Juifs. C’est donc, potentiellement, l’humanité entière qui a pu être considérée comme « sauvée », au moins symboliquement, par cet événement exemplaire.

De l’association à l’institution

La dimension à la fois collective et exceptionnelle du phénomène se manifeste aussi par l’existence, déjà évoquée, d’associations qui ont pris en charge son étude et sa mise en valeur. Dès lors en effet que la mémoire s’organise grâce à des structures officielles et relativement pérennes, elle ne peut plus relever du hasard individuel ou d’une simple volonté personnelle de faire retour sur son propre passé, de payer une dette symbolique, de s’engager dans un processus de reconnaissance. L’existence d’associations témoigne publiquement qu’on a affaire à un phénomène d’intérêt, sinon général, du moins largement partagé.

Nous avons vu que les premiers collectifs organisés se sont constitués grâce à deux anciens réfugiés, Oscar Rosowsky (témoin actif puisqu’il était un jeune adulte pendant la guerre et qu’il fut le principal faussaire du Plateau) et Pierre Sauvage, auteur du premier documentaire sur le sujet et qui déploya beaucoup d’efforts à partir des années 1980 (notamment via la création d’une fondation « Amis du Chambon/Friends of Le Chambon ») pour faire connaître cette histoire, à la fois au plus loin – les États-Unis, où ses parents s’exilèrent après-guerre – et au plus près – le Plateau. Par ailleurs, sur place, la Société d’Histoire de la Montagne, créée en 1973, infléchit notablement ses activités au début des années 1980 en direction de la question de l’accueil des Juifs, avec un projet de centre muséal porté par son président Bernard Galland. Son action sera ensuite relayée sur le plan proprement mémoriel par les initiatives de l’association des Amis du vieux Tence, à l’origine de la pose de plusieurs panneaux et monuments commémoratifs.

Le stade associatif n’est toutefois que le premier moment de « mise en collectif » et d’officialisation d’un centre d’intérêt : un degré supérieur est atteint avec le stade institutionnel. Or celui-ci, nous l’avons vu – et c’est là, à nouveau, l’une des particularités remarquables du cas du Plateau – s’est fait jour dès le début des années 1970, avec la reconnaissance accordée à André Trocmé par Yad Vashem, probablement à l’initiative de l’historienne et ancienne résistante Anny Latour qui, dans le cadre d’un ouvrage publié en 1970, avait interviewé les Trocmé et Rosowsky. Et ce n’est que plusieurs années après cette première initiative institutionnelle venue de l’étranger qu’une mémoire locale a pu émerger, mais portée là encore par des individus puis des collectifs extérieurs au Plateau – les anciens réfugiés. C’est dire que la construction de cette mémoire, loin d’avoir été impulsée par ceux qui en sont les premiers bénéficiaires – les habitants du Plateau – a été tirée de l’extérieur, par des étrangers, et parfois même de très loin : ainsi c’est aux États-Unis qu’à partir des années 1980 furent décernés au village et à sa région plusieurs prix et médailles : prix Joseph-Prize en 1983, médaille de The Immortal Chaplains Foundation en 2003, prix du JCRC (Jewish Community Relations Council) of Minnesota and the Dakotas en 2010.

Trente ans après l’institution israélienne, c’est la République française, personnifiée par son président, qui vint apporter au Chambon une reconnaissance institutionnelle au plus haut niveau, avec la visite de Jacques Chirac accompagné de Simone Veil en juillet 2004. Trois ans plus tard, le seul nom de commune cité par Chirac lors de l’entrée des Justes au Panthéon fut d’ailleurs celui du Chambon-sur-Lignon. Enfin, le 23 avril 2009 à Washington, c’est Barack Obama, le président des États-Unis nouvellement élu qui, dans un discours à l’occasion des Journées du souvenir, évoqua le Chambon et les milliers de Juifs qui y ont été sauvés. Et c’est seulement après ces phénomènes d’institutionnalisation nationale et internationale – à partir des années 2010 donc – que les institutions locales concrétiseront la prise de conscience des événements par la pose de plaques ou l’organisation de parcours mémoriels à l’initiative des municipalités.

Enfin le stade le plus visible – mais le plus tardif – d’institutionnalisation de la mémoire au niveau local fut l’ouverture en juin 2013 du « Lieu de Mémoire au Chambon-sur-Lignon » (terme adopté, après maintes hésitations, en référence au concept inventé par Pierre Nora), installé dans une partie désaffectée de l’école – celle-là même dont le mur extérieur porte, par un heureux hasard, la plaque apposée en 1979. Son inauguration permit aux habitants de prendre conscience de l’importance des événements ainsi commémorés en constatant l’impressionnante noria des officiels venus en avion de Paris et de l’étranger, du préfet de région ainsi que de tous les responsables politiques locaux (président de la région, du conseil général, de la communauté de commune…), dûment protégés par les forces de l’ordre. Et c’est, bien sûr, dans la continuité de cette institutionnalisation de la mémoire que s’inaugura en juillet 2021 l’exposition sur Erich Schwam à la mairie du Chambon.

Du témoignage à l’historiographie

Après les émergences parallèles de la parole, de la publicisation, de la collectivisation et de l’institutionnalisation, reste à prendre en compte une autre dimension fondamentale du processus mémoriel : c’est celle qui conduit du témoignage à l’historiographie, ou de la mémoire subjective à la vérité objective – sans laquelle le présent article n’aurait d’ailleurs pu être écrit ni même pensé. La mémoire et l’histoire : quoique de nombreuses passerelles existent entre les deux (ne serait-ce que parce que la seconde s’appuie en partie sur les données de la première), il importe de bien les distinguer, car elles ne relèvent pas des mêmes « arènes » : la mémoire appartient à l’arène civique ou à l’arène domestique (selon le degré d’extension de ce qui est commémoré) du devoir envers les morts ; tandis que l’histoire appartient à l’arène épistémique de la quête de vérité scientifique. La première est l’affaire des descendants, des citoyens voire des politiques, tandis que la seconde est l’affaire des chercheurs. La première se matérialise par des supports du souvenir (monuments, plaques…) et des rituels commémoratifs, tandis que la seconde se matérialise par des publications.

Dans le cas qui nous occupe, les chronologies respectives du témoignage et de l’historiographie manifestent l’antériorité du premier – ce qui n’a rien d’étonnant dès lors que la seconde dépend en partie de lui. Côté témoignages, la série commence dès 1951 avec, nous l’avons vu, le très court article, illustré de deux photographies, d’Oscar Rosowsky (présenté comme « président de la section parisienne de l’Union des Étudiants Juifs ») dans la revue du MRAP ; mais il faudra attendre une génération pour qu’elle se mette réellement en place, toujours grâce à Rosowsky, avec un article publié en 1977 dans une revue juive, accompagnant son appel pour retrouver les anciens réfugiés.

Toutefois, la première date réellement marquante en matière de témoignage est celle de la projection publique en 1986 des Armes de l’esprit de Pierre Sauvage, qui donna lieu à d’intenses échanges. Ensuite suivront à partir des années 1990 plusieurs publications de témoignages : chez L’Harmattan, le livre de souvenirs de Pierre Fayol (1990), l’un des chefs de la Résistance sur le Plateau ; toujours chez L’Harmattan, celui de Roger Debiève (1995), très critique envers Trocmé ; une douzaine d’années plus tard paraîtront aux éditions du Cerf un recueil de témoignages réunis et présentés par Pierre Boismorand (2007), et chez un éditeur local un autre recueil édité par Annick Flaud et Gérard Bollon (2009). Et c’est seulement en 2020 et 2021 qu’aura lieu la publication très attendue des Mémoires d’André Trocmé (2020) et de celles de Magda Trocmé (2021 ; longtemps indisponibles pour raisons familiales), grâce à l’important travail éditorial de Patrick Cabanel.

Du côté de l’historiographie, le premier ouvrage consacré à la question, publié en 1970, est celui de l’historienne et ancienne résistante Anny Latour (nom de résistance d’Anny Gutman, épouse Lévy) ; une demi-douzaine de pages y sont consacrées au Chambon à partir d’entretiens avec les Trocmé à Genève et avec Rosowsky à son domicile de L’Haÿ-les-Roses (Latour, 1970) – et l’on peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas le premier témoignage de Rosowsky publié en 1951 qui a été le point de départ de son enquête. En 1978, soit l’année suivant l’appel lancé par celui-ci, elle publiera un article rendant hommage à Oscar Rosowsky.

Mais là encore, comme pour les témoignages, il se produit un grand laps de temps – une vingtaine d’années – avant que cette initiative pionnière trouve une suite dans le monde universitaire, avec les soutenances de thèse de l’historien François Boulet (1997), puis du sociologue Serge Bernard (2004) et de l’historien Sylvain Bissonnier (2007). Toujours dans les années 2000 paraîtront à l’étranger deux ouvrages d’historiens : celui de Martin Gilbert sur les Justes ne comporte que quelques pages consacrées au Chambon, mais celui de Patrick Henry développe l’histoire du Plateau. Enfin l’historien Patrick Cabanel, spécialiste du protestantisme, contribuera notablement à cet essor de l’historiographie, d’abord avec la publication des actes du colloque tenu en 2003 à Saint-Agrève, puis avec un ouvrage entièrement consacré aux Justes, enfin avec la direction collective de l’ouvrage publié à l’occasion de l’ouverture du Lieu de Mémoire, avec les autres membres du comité scientifique – Philippe Joutard, Jacques Sémelin et Annette Wieviorka. Et la dernière en date des pierres ajoutées à cet édifice savant fut le livre déjà cité de Muriel Rosenberg qui, quoique non universitaire, a su parfaire par un travail de recoupement archivistique l’établissement de la liste entrepris dans le cadre du Lieu de Mémoire.

De la mémoire à l’histoire et de l’histoire à la mémoire

L’on est donc passé de la mémoire, construite peu à peu par l’interaction entre acteurs locaux et institutions internationales puis nationales, à l’histoire, produite par le travail d’historiens amateurs puis professionnels. Or ces avancées historiennes contribuent elles aussi au travail mémoriel et à la diffusion quasi militante du souvenir des événements dans un objectif pédagogique et civique de transmission.

C’est ainsi qu’un certain nombre des ouvrages publiés sur le sujet furent présentés lors de conférences publiques, notamment depuis l’ouverture du Lieu de Mémoire, qui mène une politique active de manifestations culturelles durant l’été. Il est émouvant de voir dans l’assistance, mêlés aux érudits locaux, aux curieux, aux touristes, des octogénaires voire nonagénaires ayant vécu les événements abordés par le conférencier, et qui parfois, au moment des questions, livrent timidement leur témoignage, rectifiant au besoin un nom, un lieu, une date. Le Lieu de Mémoire emblématise ainsi concrètement la rencontre de l’histoire et de la mémoire.

Cette rencontre est parfois conflictuelle, soit parce que les témoins sont là pour relever d’éventuelles erreurs factuelles, soit – surtout – parce qu’ils privilégient une conception moralement orientée de l’histoire, qui supporte mal, par exemple, la relativisation des qualités des uns ou des autres, ou encore la mise en évidence des enjeux économiques du sauvetage. Emblématique à cet égard fut le colloque de 1990 organisé au Chambon, qui réunit pour la première fois durant plusieurs journées historiens et témoins, donnant lieu à d’intenses débats et disputes – qui, fort heureusement, ont été retranscrits dans la publication des actes en 1992 (Bolle, 1992). Le statut très hétérogène des intervenants est d’ailleurs symptomatique de cette intrication entre mémoire et histoire, à une époque – 1990 – où l’historiographie commence tout juste à se constituer : y figuraient en effet des pasteurs, un député, le maire du Chambon, des acteurs de l’époque (responsables d’institutions locales tel Auguste Bohny, des résistants tel Pierre Fayol, des Justes telle Madeleine Dreyfus, des professeurs au Collège cévenol tel Olivier Hatzfeld, des réfugiés tel Oscar Rosowsky) et certains de leurs héritiers (telle la fille du chef de la Résistance locale Léon Eyraud), ainsi que des historiens universitaires (Pierre Bolle, François Boulet, Michel Fabreguet), des érudits locaux (Gérard Bollon) et des responsables d’institutions mémorielles (Sabine Zeitoun). Une génération plus tard, les auteurs de l’ouvrage collectif La Montagne refuge, publié à l’ouverture du Lieu de Mémoire, feront une part nettement plus conséquente aux universitaires (au nombre de dix-sept), tandis que les responsables institutionnels ne seront que trois (Serge Klarsfeld, Katy Hazan, historienne de l’œuvre de secours aux enfants, et Olivier Lalieu, responsable des projets externes du Mémorial de la Shoah), les érudits locaux, deux (Gérard Bollon et Christian Maillebouis), et un seul témoin (Pierre Sauvage).

La patrimonialisation de la mémoire

« À travers les représentations des épopées légendaires d’hier et d’autrefois, la mécanique de la fabrique de l’histoire est à l’œuvre, d’abord les faits puis les souvenirs individuels, puis les ʺcommunautés de souvenirʺ, puis la mémoire collective lorsque les acteurs et témoins disparaissent et que les héritiers se saisissent de leur mémoire, enfin l’histoire écrite et décrite », récapitulait Serge Bernard (2004, p. 26, 185) dans la riche thèse qu’il consacra à ce qu’il qualifie comme « l’idéal-type du village sauveur ». Nous avons vu toutefois que cette typologie des moments mémoriels est plus complexe du point de vue chronologique, en raison non seulement de leur inévitable intrication mais aussi des particularités de l’histoire du Chambon-sur-Lignon, lieu de sauvetage et non de catastrophe : une histoire célébrée à l’étranger avant de l’être sur place puis dans la France entière, et dont l’émergence tardive sous forme de traces mémorielles s’explique essentiellement par deux causes spécifiquement locales : d’une part, les querelles sur l’objectif mémoriel et l’interprétation de l’histoire (les « guerres de mémoire », selon les mots de Pierre Sauvage) et, d’autre part, les fortes réticences liées à l’éthique protestante, qui interdit de se prévaloir du bien que l’on a fait – cette « orgueilleuse modestie » évoquée par Patrick Cabanel (2018)15.

Pour aller plus loin il faudrait décomposer cette histoire d’une mémoire selon plusieurs typologies : la typologie des supports ou « vecteurs » de la mémoire (les plaques et les médailles, les cérémonies et les projections cinématographiques, les articles de journaux et les publications…), la typologie des lieux (du plus local ou plus international) et, surtout, la typologie des acteurs concernés (les Juifs et les Justes, les acteurs et les historiens, les associations et les institutions…). Celle-ci fait clairement apparaître le rôle déterminant des érudits locaux, tels Bernard Galland (professeur d’histoire au Collège cévenol) et Gérard Bollon (documentaliste au même Collège cévenol), qui dédièrent une considérable énergie à documenter et faire connaître cette histoire ; et, avant tout, le rôle de deux Juifs bénéficiaires du sauvetage, Oscar Rosowsky et Pierre Sauvage (le premier jeune adulte à l’époque, le second né sur le Plateau en pleine Occupation). Et sans doute n’est-ce pas un hasard si ce dernier, qui fut le plus acharné à exhumer et faire connaître l’histoire du sauvetage et à en entretenir la mémoire par toutes sortes de moyens – film, exposition, rassemblements, interventions auprès de Yad Vashem – ignora jusqu’à l’âge adulte qu’il était juif. Ainsi une mémoire collective s’est-elle construite, au moins en partie, sur la base éminemment fragile d’un « trou de mémoire » individuel…

La mémoire malgré tout s’est peu à peu exprimée, publicisée, agrandie à l’échelle collective, institutionnalisée puis transformée en histoire. Ainsi peut-elle se transmettre, en se tournant non plus vers les événements passés mais vers leurs traces dans les psychismes des plus jeunes. C’est donc à un processus de patrimonialisation de la mémoire que nous avons assisté, et plus précisément à la construction de ce qu’on peut qualifier de patrimoine éthique – et c’est là l’une des originalités les plus remarquables du cas du Chambon-sur-Lignon16.

Me reste ainsi le souvenir émouvant de l’ancien résistant Gabriel Eyraud, peu avant son décès, assis dans le jardin du Lieu de Mémoire au milieu des lycéens venus présenter un spectacle sur le sauvetage et qui écoutaient, fascinés, cet imposant nonagénaire à la belle crinière blanche raconter sa vie au maquis, comme si une photographie s’était soudain échappée de leur livre d’histoire pour venir s’incarner devant eux17.

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  • 1 Notons toutefois que lors de la sixième assemblée du protestantisme français en novembre 1945, le pasteur Boegner cite dans son long rapport Le Chambon-sur-Lignon à propos de l’action de la Cimade à la maison du Coteau fleuri (Cabanel, 2012, p. 22).
  • 2 Parmi les nombreux travaux sur le sujet du silence et de la prise de parole sur les camps : Chaumont (1997) ; Wieviorka (2002) ; Heinich (2011) ; Azouvi (2012).
  • 3 Voir notamment les travaux du sociologue Serge Bernard (2018), de l’historien Sylvain Bissonnier (2007) ou de l’historienne Marianne Ruel Robbins (2015).
  • 4 Sur la tension entre mémoire et histoire chez les historiens voir Sébastien Ledoux (2017).
  • 5 Sur le rôle et les conditions du témoignage dans le cas de la déportation, voir Pollak et Heinich (1986).
  • 6 Notons que Trocmé ne figurait pas parmi la première liste de Justes – une vingtaine – récompensés par Yad Vashem de 1964 à 1967 (Cabanel, 2012, p. 34).
  • 7 « La SHM a recensé plusieurs centaines de numéros de revues, 370 articles de journaux aux quatre coins du monde, des archives à Paris, à Genève, à New York, à Los Angeles, au Chambon, des témoignages audio, des vidéos, des films, des fonds privés et des ouvrages. » (Bernard, 2004, p. 158).
  • 8 « Sous l’autorité de Bernard Galland, professeur d’histoire au Collège Cévenol, cette première exposition comprenait 62 panneaux au format 110 cm par 80 cm. Les thèmes abordés étaient les suivants : tradition d’accueil, origine du Collège Cévenol, les pensions d’enfants, chorales et mouvements de jeunesse, la résistance non-violente, la résistance armée, la Libération, le rôle des villages, la mémoire, le futur musée. » (Bissonnier, 2016, note 20).
  • 9 Il y eut de « vives réactions à l'encontre de la première mouture du film Les armes de l'esprit, réactions qui ont fait l'objet de plusieurs articles dans la revue du C.D.J.C. avec des courriers de protestation signés par Georges Welters, Pierre Vidal-Naquet, Raymond Aubrac, Oscar Rosowsky et Magda Trocmé elle-même qui n'a pas approuvé la présentation faite du Major Schmahling » (Bernard, 2004 : 163, 243 et passim).
  • 10 Sur les nombreux projets de musée et les dissensions auxquelles ils donnèrent lieu localement voir notamment Bissonnier (2016), ainsi que Bernard (2004).
  • 11 Sur cet épisode voir Heinich (2018).
  • 12 Témoignage d’Eliane Jouve, petite-fille de Jean-Marc et Marie Jouve, archives familiales.
  • 13 « Ces lettres se concluent toutes par la même invitation à le retrouver, le 15 janvier 1978, au Centre communautaire juif, boulevard Poissonnière à Paris. Le jour dit, ils sont une trentaine. Certains se retrouvent avec émotion, d’autres font connaissance. Ils constituent un comité qui se donne pour tâche de retrouver des Juifs qui ont été hébergés au Chambon-sur-Lignon entre 1940 et 1944. Un an plus tard, ils en avaient retrouvé plus de cent. » (Deun, 2018, p. 12).
  • 14 Seul le livre récent de Maggie Paxson (2019) a été traduit en français et présenté lors d’une conférence au Chambon (Ibid., 2022).
  • 15 N’en donnons ici qu’un exemple avec cette lettre écrite par le Consistoire de la Montagne Réformée de France à Oscar Rosowsky, le 24 octobre 1988, à propos du projet de musée : « Le Consistoire rappelle qu'une plaque commémorative a été posée au Chambon-sur-Lignon en 1979, par d'anciens réfugiés reconnaissants. Par sa discrétion et sa sobriété, cette plaque semble suffire, ainsi que l'ont souhaité et ceux qui ont fait poser cette plaque, et les habitants du Plateau. La création d'un musée, même avec les meilleures intentions du monde, risque de faire perdre à la reconnaissance sa discrétion, et au souvenir son humilité. Il n'est ni dans Je caractère des gens du Plateau, ni dans la mentalité protestante de se vanter d'une bonne action, d'autant que les Protestants ne furent pas les seuls engagés dans cette entreprise. Un musée ne manquera pas, auprès de visiteurs totalement étrangers au Plateau et au protestantisme, de laisser penser le contraire. Et ce sera pour les habitants du Plateau et en particulier pour les Protestants, par un effet pervers, la honte d'être considérés comme des gens intéressés à tirer profit maintenant de ce qui fut dans Je passé une solidarité sans calcul. Ce résultat inévitable irait à l'encontre des buts recherchés par ceux qui veulent en perpétuer le souvenir » (Bernard, 2004, p. 238-239 ; sur cette question voir aussi Maillebouis, 2005).
  • 16 « Comment ne pas envisager que le plateau du Chambon-sur-Lignon puisse être un jour classé au Patrimoine de l’humanité, pour l’équation exceptionnelle qu’il incarne entre un paysage, une culture et une leçon universelle de vie ? », demande même Patrick Cabanel (2012, p. 39).
  • 17 Je tiens à remercier Floriane Barbier, Aziza Gril-Mariotte, Christian Maillebouis, Muriel Rosenberg, Paul Salmona, Pierre Sauvage, Nelly Trocmé-Hewett, Denise Vallat, Eliane Wauquiez-Motte, pour leurs encouragements ou les renseignements qu’ils m’ont fournis.
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