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Couverture de Marque et Territoire (Violaine Appel et Delphine Le Nozach, dirs) Show/hide cover

Le « Made in Jura » et Louis Pasteur

Un homme multi-marques pour une marque multi-territoriale

Les valeurs, les institutions, les identités et autres sont en pleine évolution. Dans une période liée de près ou de loin à la mondialisation, chaque acteur de la société cherche à s’ancrer dans un univers qui lui correspond en fonction de sa propre réalité. Aussi assiste-t-on à une remise en cause des relations, des liens entre les acteurs et leur espace de vie et d’action, leur(s) territoire(s). En même temps – ou en parallèle –, on assiste au réaménagement des espaces communicationnels, les exigences de chacun brouillant les frontières de ces espaces : les demandes et attentes des citoyens-consommateurs sont de plus en plus sensibles, touchant les univers institutionnel et/ou culturel et économique et/ou commercial. La reconfiguration des territoires, la demande de transparence et d’authenticité (Parizot, 2015a, 2015b), la reconnaissance d’identités régionales par l’intermédiaire de labels, de produits ou « figures » du terroir/territoire sont ainsi autant de manifestations coincées entre valeur culturelle et valeur marchande. De fait, les « marques territoriales » sont devenues, comme le souligne Erik Braun (2008, p. 43), « des constructions symboliques visant à ajouter du sens et de la valeur au territoire […] ». Sur la base d’enjeux économiques et politiques, les acteurs, promoteurs d’un territoire ou d’une marque territoriale, cherchent des stratégies de communication et de marketing pour traduire au mieux la valorisation dudit territoire : ce branding, ce marketing territorial est désormais classique. Dans ce cadre, le patrimoine, ancré dans un territoire, est un objet riche à questionner : s’il soulève des questions classiques de sauvegarde, de transmission, de valorisation, il souligne autant le besoin de reconnaissance en tant que tel pour exister de façon durable qu’un enjeu de financiarisation de la culture. Dans quelle(s) mesure(s) (et comment) participe-t-il à ces stratégies de marques territoriales ? Quelles pratiques offre-t-il ? L’objectif de cette communication est de proposer une réflexion globale pour la valorisation du patrimoine matériel, immatériel et culturel dans une optique communicationnelle et de dégager, en l’état, des interrogations qui seront autant de pistes de travail tant pour la mise en œuvre des projets que pour des questions de recherche : autrement dit, la mise en lumière d’un faisceau de relations entre des éléments distendus dans le temps et l’espace qui constituent le socle de la réflexion en mouvement, une réflexion qui s’actualise et se réactualise.

L’étude de cas proposée à partir des deux axes, le « Made in Jura » et Louis Pasteur, se propose de voir à quoi pourrait correspondre conceptuellement, méthodologiquement et pratiquement une étude de cas. Celle-ci permettra de définir comment les relations se construisent dans cette perspective en s’appuyant directement sur le terrain et de faire jaillir l’élaboration de cette construction architecturale portée par des objets, hommes, lieux et liens.

Le terrain d’observations et de questionnements (quasi) empiriques aura un double ancrage (sic !) : dans un territoire qui a déjà sa marque, le Jura et « Made in Jura », créée en 2003 (500 adhérents, un Salon et un Prix) et dans un homme doublement patrimonial, L. Pasteur – doublement, car il y a sa maison d’Illustre (déjà un label, celui des « Maisons des Illustres » !) et son œuvre qui en fait un homme-patrimoine dont la Maison, intégrée dans un établissement public de coopération culturelle (EPCC), a été retenue comme bénéficiaire du Loto du patrimoine 2021. Il a été le premier scientifique à voir ses archives inscrites au registre international de la Mémoire du monde de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), en 2016. Le « cas Pasteur » est un « showcase » en ce qu’il a de probablement d’étonnant, voire d’unique.

S’il s’agit d’explorer le rapport de l’homme à son territoire (Poulot, 1998 ; Davallon, 2006 ; Heinich, 2009), alors, avec L. Pasteur, nous sommes servis. Il est né à Dole d’un père tanneur et déjà nous sommes dans le territoire : les tanneries nécessitent de l’eau, ont besoin de bois pour le tan – Dole a tout cela (un canal de dérivation du Doubs et la forêt de Chaux). Il y a aussi la pollution qui ne laisse pas indifférentes les populations dès le début du 19e siècle et les Bons cousins charbonniers, société mi-secrète réunissant les bourgeois locaux plus ou moins napoléoniens. Son père migre à Arbois. L. Pasteur en fera sa maison personnelle dans les années 1880. Mais, surtout, c’est en exploitant scientifiquement les vignerons qu’il finit par déposer son brevet sur ce qui sera appelé « pasteurisation ». Mieux, il achète lui-même sa vigne, à Montigny-lès-Arsures, près d’Arbois, non pour produire mais pour expérimenter encore et toujours. Il reviendra dès qu’il le pourra à Arbois, célébrer le Biou1, avec les Arboisiens. Il ne manque que sa tombe dans le cimetière local. Mais, après des obsèques plus que nationales, il n’entrera même pas au Panthéon et Requiescat in pace (RIP) dans un mausolée, nombril du Réseau international des Instituts Pasteur (RIIP). L. Pasteur est un patrimoine qui marque son territoire et les autres territoires. Il en est bien une marque-territoire dont il convient de sortir quelques caractéristiques.

Entre consécration et popularisation, nous avons affaire avec un savant patrimonialisé comme un « enfant du pays » devenu un « Homme-Monde »2 (Barbe et Raichvarg, 2015) et cette patrimonialisation s’effectue par le biais d’un vaste ensemble de discours, d’images et par les choix qu’opèrent les institutions politiques et touristiques, mais aussi scientifiques (Académie des sciences, Institut(s) Pasteur) : nous partons de l’hypothèse que ces dynamiques de patrimonialisation qui font de L. Pasteur un être célébré par le territoire jurassien, ainsi que les modes d’appropriation et de diffusion de sa notoriété à travers différentes sphères médiatiques, contiennent à la fois les « ferments » de la marque et des pratiques innovantes pour le(s) territoire(s) où elles se déploient. Ce qui en fait donc à la fois la spécificité (n’est pas « homme-monde » qui veut) et sa difficulté (le monde face à un homme-monde) et son intérêt pour nos recherches.

La méthode exploratoire soulève les prémisses d’éléments foisonnants qui montrent combien l’espace de réflexion est riche ; c’est précisément notre stratégie méthodologique et notre volonté de montrer que chaque élément contribue à cet éclatement et cet emboîtement des données et constitue notre étude de cas.

Afin de rendre compte de notre travail, notre analyse se structure en deux temps. Dans un premier temps, nous étudierons en quoi, si « Pasteur » a une dimension sacralisée et sacralisante dans la reconnaissance d’une notoriété spécifique, digne d’intérêt, « Pasteur », malgré timbres, vignettes et autres bateaux et fromages (pasteurisés), a toutes les caractéristiques d’une marque, même s’il n’est pas ainsi considéré. En particulier, nous verrons qu’à tous les moments, cette « marque » s’est construite dans des processus sinon communicationnels du moins de construction de différents modes. Dans un deuxième temps, nous étudierons les dispositifs, les opportunités qui déterritorialisent L. Pasteur dans l’espace et le temps, un L. Pasteur « marqué » au sens plus économique du terme et les événements organisés à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, une sorte de mise en œuvre multiculturelle, multisites et multi-territoires. En particulier, nous verrons comment ils se construisent dans le jeu des acteurs impliqués dans leur installation.

La conclusion sera problématique et très loin d’être définitive : elle ne cherchera qu’à tenter de comprendre comment nous pouvons interroger cette situation des hommes-patrimoine dans leur territoire.

« Pasteur », patrimoine, « marque » et territorialisation

La notion de patrimoine du latin patrimonium est devenue une réalité polymorphe. Aussi elle se décline en de nombreuses désignations : patrimoine matériel, immatériel, patrimoine vivant, patrimoine culturel, historique, industriel, touristique, gastronomique, etc. L. Pasteur coche toutes les cases que l’on peut imaginer. Trois exemples et leurs conséquences « territoriales ».

Objets

Contentons-nous, dans un premier temps, de quelques cases qui meublent le territoire jurassien : un daguerréotype, une boîte à vaccin, le menu « Claudet ». Accroché sur les murs de la Maison d’Arbois, un daguerréotype3 le représentant jeune (24 ans ?), probablement réalisé par Narcisse Perrard, architecte, artiste peintre, poète et photographe officiant à Poligny, beau-frère de l'imprimeur d'Arbois Philippe Javel, et dont L. Pasteur disait qu’il faisait mieux que tous les daguerréotypeurs parisiens officiant sous les galeries du Palais-Royal à Paris. La boîte à vaccin (pour envoyer les précieux produits en Italie ou en Autriche-Hongrie) est celle de la « Société de vaccin anti-charbonneux Pasteur », entreprise et nom déposés en 1886, dont le directeur technique sera Charles Chamberland : C. Chamberland est du Jura et fait fabriquer ces boîtes par une petite scierie à Chilly-le-Vignoble ayant l’habitude de l’acacia, un bois très résistant à tout mais difficile à couper. Enfin le menu Claudet, dit « Menu d’un ignorant pour un savant », dégusté le 2 octobre 1884, est immortalisé par une aquarelle de Max Claudet : Soupe d’un volontaire d’un an - Côtelette sans microbes - Pommes de terre à l’étudiant d’aujourd’hui - Poulet inoculé - Œuf à la génération non spontanée - Salade à l’acide racémique - Crème à la petite Camile - Vin de Salins chauffé - Champagne non chauffé.

Ce sont de véritables « processus expérientiels » qui sont proposés par ces objets. Ils donnent lieu à une diversité de récits construits, renforcés et portés par les lieux dans lesquels L. Pasteur a vécu. Les objets produisent des récits « territoriaux ». Ils marquent le territoire et, inversement, le territoire les mobilise dans sa marque. Ou ne les mobilise pas : c’est toujours un L. Pasteur âgé et barbu, certes directement reconnaissable, qui est sur les documents de communication (site web de l’établissement public de coopération culturelle, panneaux signalétiques de l’aire « Pasteur » sur l’autoroute A39)4. En revanche, ces récits sont portés vers le public par les médiateurs lors des visites guidées.

Les objets choisis, en général, et en particulier dans cette présentation, posent évidemment la question de la sélection de ceux-ci. Dans le cas qui nous occupe, ce choix et le processus de patrimonialisation permettent de s’interroger avec Nathalie Heinich (2009) sur cette façon dont les objets patrimoniaux sont sélectionnés sous couvert de valeurs implicites et objectivables. Dans le processus de patrimonialisation, elle souligne un décalage entre la vision des experts et la perception des non-initiés qui découvrent. Elle parle alors d’« émotion patrimonialisante ».

Loin d’enfermer le patrimoine dans le passé et dans ce qui constitue la mémoire d’une société, cette sélection permet d’envisager le futur. Xavier Greffe (2016) va jusqu’à dire qu’« il n’est de patrimoine qu’au futur » puisque dans la transmission se dessine un projet collectif ouvrant sur une conception d’une société sur le long terme. Prendre un portrait de L. Pasteur jeune et non barbu, montrer son intérêt pour une technique innovante à l’époque, évoquer les vaccins, ce qu’il mange (« Les pommes de terre à l’étudiant d’aujourd’hui ») font sens ici et maintenant pour nous-mêmes et pour les médiateurs. Comme le considère Jean Davallon (2006), patrimoine et mémoire ne se confondent pas : la mémoire est une volonté d’affirmer qu’il faut qu’on se souvienne alors que le patrimoine se constitue dans l’intérêt des hommes du présent pour les réalisations des hommes du passé. Le patrimoine est bien une construction sociale qui soulève la question d’une part des acteurs et d’autre part des valeurs : l’objet patrimonial n’existe pas en lui-même mais il le devient5.

Maisons

Au-delà des objets, les Maisons Louis Pasteur (Dole, sa maison natale, et Arbois, sa maison familiale) sont évidemment des objectivations plus classiques de la notion de patrimoine. Dans le cas de L. Pasteur, les visiteurs ne s’y trompent pas : à Arbois, ils s’attendent à le voir surgir de derrière une porte. L’arrêt temporel est intégré dans le processus de patrimonialisation. Quand L. Pasteur a acquis cette maison, avec l’augmentation de la bourse nationale qui lui avait été attribuée, il l’a modifiée, rénovée – tout est parfaitement consigné. Les papiers peints ont été choisis par lui-même. La maison s’est figée lorsque Madame Pasteur est morte (la maison était déjà bien figée avant sa mort) et est restée ainsi lorsque la famille l’a donnée à la société des Amis de Pasteur qui l’a ensuite transmise à l’Académie des sciences. Les étapes de la patrimonialisation figent et le temps et le territoire. À Dole, la situation est différente. L. Pasteur n’y est resté que quelques mois et on doute actuellement que cette maison soit vraiment sa maison natale. Mais elle a une autre valeur dans notre questionnement sur la patrimonialisation. L. Pasteur est lui-même venu inaugurer une plaque commémorative de la Maison natale de Dole le 14 juillet 1883, date qui n’est évidemment pas choisie par hasard6. La Maison d’Arbois a connu les honneurs liés à la visite du président de la République, le 25 mai 1923, lors de la commémoration du centenaire de la naissance du savant. Ces manifestations et reconnaissance sont intéressantes : elles révèlent une dimension symbolique particulière incarnant la constitution d’un processus de patrimonialisation symbolique qui se voudrait engageante – la participation des populations locales avec danses et chants en témoigneraient. Elles mettent en lumière la temporalité nécessaire à la reconnaissance de ce patrimoine.

D’une part, la dimension locale et territoriale est fortement marquée ; elle inscrit le personnage comme enfant du pays. Le symbolisme est d’autant plus fort que le personnage n’y a séjourné que dans sa toute jeunesse, alors qu’il était, bien sûr, encore totalement inconnu. Les premières mentions relatives à cette Maison de Dole de 1862 sont à mettre en relation avec l’élection de L. Pasteur à l’Académie des sciences. Ce qui revient à dire que la constitution de ce patrimoine bâti repose sur la notoriété de l’homme avant tout et qu’il se construit en même temps que l’identité et l’aura du personnage. Le processus de patrimonialisation engagé pour la Maison natale de Dole a bénéficié de l’intervention de L. Pasteur lui-même, ce qui en fait un acte non anodin et assez personnel. D’autre part, la Maison d’Arbois est un lieu chargé d’une dimension historique, culturelle toute particulière puisque le savant y a vécu et y a même constitué son laboratoire. C’est donc un lieu qui renferme en lui-même toute une histoire propice à la narration et au storytelling. Des objets continuent, du reste, à être découverts, comme un herbier réalisé en 1822 et trouvé dans le grenier. Le processus de patrimonialisation est ici engagé par la famille et repris par la collectivité. Ces deux situations inscrivent le processus de patrimonialisation dans des ancrages spatio-temporels différents. À partir d’un même « objet » (Pasteur), de ses objets et de ces deux Maisons (patrimoine matériel), le patrimoine se construit dans l’imaginaire social et sociétal.

Le territoire « possède » donc ces deux maisons de L. Pasteur qui ont des statuts et des histoires institutionnels et qui sont liées à deux villes différentes7. D’une certaine manière, elles commencent à sortir du territoire en recevant le label « Maison des Illustres ». Le label « Maisons des Illustres » vient certifier une démarche : la maison a été sauvée, conservée, transmise et mise en valeur. Créé le 13 septembre 2011 par le ministère de la Culture, il distingue « les lieux dont la vocation est de conserver et transmettre la mémoire des femmes et des hommes qui se sont illustrés dans l’histoire politique, scientifique, sociale et culturelle de la France »8. Trois conditions principales permettent d’envisager d’obtenir ce label : une ouverture d’au moins 40 jours par an, ne pas poursuivre un but essentiellement commercial, enfin la Maison doit avoir été habitée par la personne illustre et en conserver la mémoire. Ensuite, plusieurs « domaines d’excellence » sont étudiés, moins quantitatifs, autour de l’aura de la personne illustre, l’authenticité du lieu mais aussi l’inscription de la Maison dans un itinéraire touristique ou culturel. Ce dernier point intéresse notre propos puisqu’il suggère une inscription territoriale, au moins locale. En somme, comme indiqué sur le site officiel, ce label regroupe « des lieux de mémoire permettant de mieux relier l’histoire locale et l’histoire nationale, l’intime et le collectif ».

Une « labellimania », une prolifération de labels, est aussi constatée depuis plusieurs années, de celui de l’Unesco jusqu’à des labels locaux et techniques, en passant par d’autres, comme celui des « Maisons des Illustres ». Certes, la littérature autour des labels du patrimoine culturel est réelle (Bortolotto, 2011 ; Tornatore, 2019 ; Roux-Durand, 2012 ; Priet et Tanchoux, 2020), certes le processus de labellisation conduit à mieux comprendre comment la mise en patrimoine émane d’acteurs qu’il convient d’identifier, d’institutions qui portent certaines valeurs comme la défense d’un territoire ou sa mise en avant par le biais de liens à un bâti, à des « grands hommes », à d’autres lieux formant parfois un circuit (cas des circuits littéraires) ou vantant une démarche globale plus en hauteur (cas du patrimoine durable ou de la médiation scientifique), mais attribué pour cinq ans renouvelables, il est toutefois difficile d’en mesurer l’impact, aussi bien touristique qu’économique.

Si l’existence d’une Maison des Illustres et du label donne un cadre de référence pour conserver et transmettre ce patrimoine, suffit-elle à créer une marque ? En tout cas, il donne le droit d’afficher un signe de reconnaissance sur les portes et une mention sur les documents de communication.

Lieux

Au-delà des objets et des Maisons, cette inscription dans un territoire est illustrée par la mise en place d’offres touristiques qui développent la « marque Pasteur ». Ainsi en est-il de l’existence de circuits ou manifestations sportives s’inscrivant dans un tourisme lié à la nature avec l’épreuve cycliste « La Louis Pasteur » ou le marathon des Vins du Jura – Terre de Pasteur9. Ce dernier suit, par ailleurs, la « route Pasteur » en mettant en avant deux villes emblématiques chères au scientifique, Dole et Arbois. Ces deux cités reviennent comme des jalons structurant les circuits et itinéraires autour de L. Pasteur. Le marathon met en avant le territoire par ses vignobles, en lien avec les travaux de L. Pasteur sur la vinification. En se positionnant « capitale des vins du Jura », Arbois trouve ici une identité de lieu de mémoire tout en se positionnant sur le créneau porteur de l’œnotourisme, abordé indirectement grâce à la course à pied.

Plus largement, la route Pasteur10 portée par Jura Tourisme est riche de neuf étapes comme autant de points de « rencontres », entre intérêt pour les travaux du scientifique et pratique du territoire. Croisant l’homme (Aiglepierre, sa première école, Marnoz, village maternel originel) et l’œuvre (Montigny-lès-Arsures où se trouve la vigne qui servit à L. Pasteur pour ses travaux sur la fermentation alcoolique ou encore Villers-Farlay où Jean-Baptiste Jupille fut mordu par un chien enragé en octobre 1885 et fut sauvé par le vaccin antirabique… à moins qu’on ne s’attarde sur le chemin piétonnier balisé du mont Poupet où L. Pasteur mène une série d’expériences en 1860 pour combattre la théorie des générations spontanées, montrant ainsi l’existence des germes dans l’air), l’hommage rendu est autant livré à l’homme-monde qu’au concitoyen dont le Jura est fier d’être le berceau. Enfin un circuit urbain est proposé par la ville d’Arbois11. Sur près de 2,5 kilomètres, les curieux marchent véritablement sur les étapes de la vie jurassienne du citoyen L. Pasteur : « maison, collège, cave, maison Vercel, cimetière en passant aussi par les musées ». Cette boucle ancre un peu plus l’appropriation arboisienne d’un homme dont toute la vie serait possiblement résumée ici, une mise en récit qui fait le choix d’une quasi-exhaustivité.

En somme, ces différentes inscriptions territoriales sont autant de pratiques même de l’espace vécu, au sens géographique du terme12 et une identification directe d’un territoire à un homme dont la notoriété dépasse ce cadre administratif13. Pourtant avec un L. Pasteur homme-monde, la communication départementale tente de rappeler par différents moyens que son territoire d’origine reste actif au-delà de ces hommages multiples. Si l’objectif reste touristique, il n’est pas cantonné dans un tourisme de mémoire mais est, de façon originale, au cœur d’activités culturelles et sportives plébiscitées au 21e siècle.

De fait, L. Pasteur lui-même invitait le monde à Arbois : il emmenait en promenade et en calèche près de la cascade des Planches (à quatre kilomètres) ses visiteurs notamment peintres, et organisait des déjeuners sur l’herbe. En mars 1883, L. Pasteur porta le toast lors de la réunion de l’association des Francs-Comtois de Paris : « Ce qu’on aime là-bas, vous l’offrez ici. Vous nous donnez des gaudes, ce plat du terroir de mémoire si grande que vous l’avez élevé à la hauteur d’une institution ». Il évoque ainsi les gaudes, des galettes à base de maïs torréfié qu’il adorait particulièrement. Que dire aussi des bouteilles de vins d’Arbois qu’il servait à ses invités ? En toute occasion... Il n’y a rien à ajouter : L. Pasteur se faisait lui-même ambassadeur, porteur de la marque de son territoire, du « Made in Jura ». Mieux : il le conscientise avant qu’elle n’existe.

On l’aura compris, le patrimoine « Pasteur » convoque la marque et le territoire de trois manières différentes. Les relations entre patrimoine et territoire sont « marquées », dans notre cas, au point d’ailleurs de pouvoir parler de patrimoine territorial, défini comme « l’ensemble des structures de longue durée produite par la coévolution entre milieu naturel et implantations humaines » (Magnaghi, 2014) représenté par des éléments matériels mais également immatériels. Le patrimoine peut intervenir sans difficulté de base dans le développement du territoire et il apparaît en réalité comme une ressource particulière qui « […] parce qu’il se réfère aux héritages, crée la personnalité du territoire » (Guérin, 2001) et « Pasteur » y est un acteur majeur. Guy Di Méo (1994) avait déjà envisagé le rapprochement du patrimoine et du territoire en ce qu’ils partagent de nombreux éléments communs : « On ne peut se dispenser de lui (le territoire) attribuer une valeur patrimoniale » : le cas Pasteur en est une validation. Patrimoine et territoire sont dans des dynamiques qui se recomposent sans cesse, de multiples manières et donnent du sens à un espace social qui se module également autour de la figure de L. Pasteur. Mais, on l’aura vu tout au long de cette partie, cette approche nécessite un retour « culturaliste », « holistique » sur l’homme et son territoire qui, seul, peut en sortir tous les indices.

La situation de deux Maisons sur le même territoire est, par ailleurs, intéressante à considérer. Les deux villes, Arbois et Dole, distantes de 30 kilomètres, « rivalisent » sur le front pasteurien. Les deux Maisons ont des histoires et des situations dans l’histoire de L. Pasteur fort différentes tant et si bien que les deux villes ont construit une certaine forme de compétition territoriale avec, chacune, leur bras armé : la société des Amis de Pasteur (SAP) pour Dole, la plus ancienne, créée en 1927, quelques années après le centenaire de la naissance de L. Pasteur avec, à sa tête, le maire de l’époque, Marius Peyre, et avec, comme président d’honneur, René Vallery-Radot, gendre de L. Pasteur ; Pasteur patrimoine arboisien (PPA) résulte de la fusion, en 1996, soit un an après le centenaire de la mort de L. Pasteur, de deux associations, Le Vieil Arbois, pilotée par le commandant Grand et Jacques Gillard, deux historiens locaux, et Arbois Pasteur, née à l’occasion du centenaire et qui a donc eu une vie courte – PPA est donc une sorte de synthèse entre le territoire (petit) d’Arbois et de la figure tutélaire. SAP et PPA ont à peu près les mêmes mots pour définir leurs missions. Le statut des deux maisons n’a fait qu’amplifier la guerre des territoires. Un indice ne trompe pas : la maison familiale d'Arbois a été léguée à l'Académie des sciences en 1992 par la société des Amis de Pasteur qui a alors conservé la gestion de celle de Dole. De fait, pour dépasser ces contradictions, l’Académie des sciences a piloté la mise en place de Terre de Louis Pasteur, un établissement public de coopération culturelle créé en 2013 pour mettre en valeur l’image et le rôle de L. Pasteur dans le Jura. À partir d’une volonté de rassemblement des sites liés à L. Pasteur à travers le territoire, le projet Terre de Louis Pasteur se donne trois objectifs : « le développement de l’attractivité touristique du Jura autour des pôles de Dole et d’Arbois » grâce, en particulier, à son offre en termes de médiation culturelle, « l’éducation aux sciences et à la méthode expérimentale, issues de l’héritage de Louis Pasteur, dans leur prolongement et à travers la recherche contemporaine » et « le rayonnement de Louis Pasteur au-delà des frontières du Jura »14. Il a aussi, pour principe, de développer de nouvelles formes de médiation et de construire des actions avec différents partenaires ; la construction des formes de médiation est ainsi pensée pour faire travailler un ensemble d’acteurs sociaux : chercheurs, professionnels de la culture et de la médiation muséale, étudiants, enseignants, élèves, médiateurs. Terre de Louis Pasteur inscrit dans le marbre l’installation de L. Pasteur dans l’ensemble des problématiques territoriales avec un focus particulier sur le jeu des acteurs impliqués dans la construction territoriale de la marque « Pasteur ».

« Pasteur », patrimoine, « marque »
et déterritorialisation

Aider au « rayonnement de Louis Pasteur au-delà des frontières du Jura » est le mot d’ordre de l’EPCC. De fait, « Pasteur » est un homme-monde : il quitte ou on lui fait quitter son territoire. Lui-même est acteur de cette déterritorialisation.

Déterritorialisation spatiale

Le « souci » avec L. Pasteur, c’est qu’il est aussi une marque, une « vraie ». Privilège de son installation dans le monde de son vivant… Il n’y a pas de marque Flaubert, Balzac ou Hugo… Le processus de mise en marque de L. Pasteur relève, en effet, du type de recherches menées par lui-même : une recherche enchâssée dans les techniques. S’il ne convient pas ici de discuter de cette relation entre science et technique, notons tout de même que L. Pasteur n’a pas donné naissance ni à une unité de mesure ni à une loi de la nature. Il y a bien un « effet Pasteur » mais il est en relation avec les processus de fermentation. L. Pasteur invente une « pipette pasteur » dont nous ne savons pas, à ce jour, qui l’a qualifiée ainsi, mais dont nous savons qu’elle perd son P majuscule. La pasteurisation arrive dans les années 1870 et, dans ce cas, nous savons : ce sont des vignerons hongrois produisant du Tokaj, le mot ayant transité dans la littérature scientifique et technique allemande avant d’atteindre la France, essentiellement, d’ailleurs, grâce à l’objet technique, le pasteurisateur – le tout étant bien évidemment réservé à la technologie du vin.

À sa manière, le mot « patrimonialise » L. Pasteur, « il l’éparpille façon puzzle aux quatre coins de la Terre » et, en même temps, le déterritorialise : le Jura disparaît sous « Pasteur ». Comble de l’ironie des langues, « pipette pasteur » se traduit en anglais par « pasteur pipette » (toujours sans majuscule) et « pasteurisation » se traduit en chinois, vietnamien ou thaï, certes différemment, mais en signifiant dans l’une ou l’autre langue : « Pasteur, méthode, tuer, microbes ».

Déterritorialisation intrinsèque, si l’on peut dire ainsi, de la création des Instituts Pasteur de par le monde, initiés du vivant même de L. Pasteur et par ses lieutenants qui sont allés quasiment partout : on trouve des rues Pasteur à Hanoï, Hô-Chi-Minh-Ville (et même un Phô Pasteur) et un village Pasteur en Algérie près de Constantine (avant qu’il ne soit renommé), on trouve aussi des bateaux « Pasteur » qui font le lien. On saisit bien la circulation de cet « être culturel » (Jeanneret, 2008) grâce aux autres formes culturelles qui portent son nom, même si les champs sont multiples, dans des espaces où les réappropriations deviennent quasi infinies 15. L. Pasteur est plus wonderful que la pile Wonder : non seulement il ne s’use pas si l’on s’en sert, mais il augmente, pour paraphraser la philosophe Barbara Cassin (1990).

Pasteur circule partout sous les formes les plus triviales comme les plus scientifiques : le travail de L. Pasteur sur les maladies des vers à soie dans les années 1880 amène un expôt au musée national de la Soie à Hangzhou (Zhejiang, Chine) et, après qu’il eut un timbre à son effigie, le premier « laïc » après Napoléon III, L. Pasteur est sans doute l’homme le plus timbré au monde (Cameroun, Côte d’Ivoire, Monaco, Brésil, Nicaragua, République centrafricaine). Et, au bout du bout du raisonnement, Alice Dautry (2011, p. 14), ancienne directrice générale de l’Institut Pasteur, peut alors déclarer : « Pasteur est une marque déposée. Ainsi Sanofi Pasteur nous verse une redevance pour l’utilisation du nom ». Même la marque « Pasteurdon » a été déposée en 2009… Circulation des objets, des idées, des hommes mais pas circulation du territoire, son territoire-princeps, le Jura. Les nationalités d’origine des visiteurs des maisons de L. Pasteur sont intéressantes : 10 % seulement des visiteurs sont étrangers !16 Le Jura est sans doute plus connu par le comté que par L. Pasteur.

Déterritorialisation temporelle

Cette dimension spatiale forte qui relie L. Pasteur à son territoire puis à d’autres, voire à tous, qui font disparaître son territoire-princeps, est accompagnée, dans le processus de déterritorialisation, par des dimensions temporelles. Nous avons vu que, de façon assez étonnante, L. Pasteur a participé à l’inauguration de la plaque commémorative de sa maison natale le 14 juillet 1883 à Dole. Une plaque à la mémoire de ses parents est ainsi apposée. L. Pasteur lui-même prend la parole dans un discours pendant lequel les sanglots lui montent à la gorge. Tout faisant sens dans cette histoire, il conviendrait de s’arrêter aussi sur cette date du 14 juillet, peu de temps après que celle-ci avait été considérée comme fête nationale, et sur la place de « La Marseillaise », sachant que L. Pasteur était plutôt du côté napoléonien et que Rosa Bordas a été emprisonnée après la Commune parce qu’elle chantait les Gueux et la Marseillaise. Les célébrations font partie de la patrimonialisation. Mais les célébrations sont aussi des inscriptions dans les temporalités et, dans le cas de L. Pasteur, elles déterritorialisent puisque nous avons un homme-monde qui sera fêté dans tous les territoires : dès 1923, année du centenaire de sa naissance, le président Alexandre Millerand effectue une tournée dans le Jura mais les festivités se déroulent partout et notamment dans les pays ayant un Institut Pasteur. Comment alors installer le territoire (le Jura) dans le monde, par rapport aux autres célébrations qui se déroulent dans des ailleurs17 ? D’autant que, dans l’imaginaire du public, la notoriété de L. Pasteur repose très particulièrement sur le vaccin contre la rage qui aura construit l’Institut Pasteur, puis tous les instituts appelés souvent « Centres de vaccination contre la rage » : le territoire de la rage est l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et, très rapidement, l’Institut Pasteur, tous les deux à Paris – le fait que le deuxième garçon vacciné, malgré tous les efforts de L. Pasteur, soit un enfant du Jura n’a pas pu lutté. Les cérémonies commémoratives de la mort de L. Pasteur en 1995, consacrées mondialement par l’Unesco en devenant « année Pasteur », ont écrasé le Jura, malgré quelques réussites comme la reconstitution collective et dont le code vestimentaire était daté de la journée du 14 juillet 1883 à Dole, qui a engagé, à travers la société des Amis de Pasteur, de nombreux dolois. À Paris, il était question de la rage et d’un L. Pasteur ayant triomphé scientifiquement. À Dole, il était question d’un homme. De fait, l’Institut Pasteur a largement contribué à la sacralisation du personnage (Perrey, 2005) Pasteur, ce qui contribue dans une certaine mesure à créer un lieu de concurrence patrimoniale.

Face à cette concurrence scientifique, symbolique et, finalement, territoriale, alors que se profile le bicentenaire de la naissance de L. Pasteur (1822), l’établissement public de coopération culturelle Terre de Louis Pasteur s’est donc attaché à fêter le bicentenaire de sa naissance avec, comme principe directeur, le rattachement direct de L. Pasteur à son territoire, le Jura, et, plus généralement la Franche-Comté. Le programme a pour thématique générale : « Louis Pasteur (1822-1842), jeunesse et genèse d’un scientifique ». En effet, de 1822 à 1843, L. Pasteur est né à Dole, a vécu à Arbois, a été élève et maître à Besançon (en Lettres), élève en bac Sciences à Dijon (1842, au Collège royal devenu collège Marcelle Pardé), avant de rejoindre l’École normale supérieure à Paris en 1843. Ses amis, Jules Marcou et M. Claudet, sont tous originaires de Salins-les-Bains et c’est aux alentours de Salins que L. Pasteur allait faire, avec J. Marcou et le docteur Claude-Marie Germain, initiateur des thermes de Salins, des courses botaniques et géologiques, comme sur le mont Poupet où, plus tard, il fera des expériences sur la génération spontanée. Il s’agit de montrer que le scientifique L. Pasteur s’est construit jeune dans le Jura, qu’il s’y est aussi formé à une certaine approche de la science. Pour ne prendre qu’un seul exemple, on s’interrogeait depuis longtemps sur cette histoire de cristaux asymétriques qui devient la lumière polarisée. Récemment, un collègue américain (Gal, 2017) a émis l’hypothèse que, comme il avait fait de la lithographie quand il était jeune, il avait probablement l’aptitude à voir en miroir et donc de voir plus facilement cette asymétrie cristalline que d’autres n’arrivaient pas à voir. C’est à Arbois qu’il a eu un professeur qui lui a fait connaître la lithographie, et c’est à Besançon qu’il a commencé à manipuler la pierre lithographique en calcaire du Jurassique, la presse à bras, le brou de noix. Cette hypothèse de travail permet de construire un programme riche mobilisant les villes, les élus et les associations du territoire, amenant à des innovations touristiques (promenades patrimoniales, cabarets de chansons 1822-1922, exposition Pasteur et les dinosaures, enquête sur un passionné de géologie, Maison natale, Dole).

Reterritorialisation communicationnelle

Ces deux dimensions, spatiale et temporelle, rencontrent une troisième dimension, que nous allons qualifier par pragmatisme « une dimension communicationnelle ». Si nous posons ici le personnage L. Pasteur dans son cadre particulier – une de ses Maisons d’Illustres, l’ensemble qui entoure le personnage complexifie quelque peu la donne. Cela installe la communication dans le processus de patrimonialisation : l’événement communicationnel fait objectivement partie du processus. On peut aisément élargir cette dimension aux objets patrimoniaux qui sont autant d’objets communicants et qui deviennent des objets patrimoniaux parce qu’ils portent (et surtout parce qu’ils portent, peut-être) des valeurs communicationnelles.

Prendre un nouvel exemple des objets suffit pour s’interroger sur la valeur communicationnelle de l’objet à patrimonialiser et, aussi, les conséquences de cette patrimonialisation communicationnelle. L. Pasteur dépose un brevet sur les méthodes pour améliorer la production de bière. Ce brevet part en Allemagne et un brasseur allemand émigre aux États-Unis avec ledit brevet. Ce « brevet communicant » n’est pas sans rappeler la diffusion du Percheron dans le monde des éleveurs américains après que les Américains ont pris connaissance du tableau de Rosa Bonheur : Le Marché aux chevaux, toujours au Metropolitan Museum of Art (New York). Le tableau communiquant… Les objets patrimoniaux évoqués plus haut portent aussi, chacun à sa manière, des valences communicationnelles : le daguerréotype est un média, l’acacia de la boîte de vaccin a produit des effets communicationnels sur les vignerons qui refusaient de voir leurs vignes détruites, le menu convoque le repas, moment communicationnel s’il en est.

En suivant J. Davallon (2016) pour qui la conception communicationnelle du patrimoine « ne se réduit pas à être exclusivement une action fonctionnelle, technique et instrumentale, mais qui prend en compte la production de situations, d’ensembles signifiants et de dispositifs », cela inclut donc une nouvelle problématique dans cette conception communicationnelle. Il conviendra donc d’envisager doublement ce phénomène pour le patrimoine immatériel – pour faire simple, un phénomène communicationnel avant et un après. Et, bien sûr, un croisement des deux.

Dans le cadre de cette approche située, il s’agira d’explorer et d’expliciter la construction de ce patrimoine pasteurien comme un fait communicationnel qui peut être défini, selon J. Davallon (2016), comme « une situation sociale qui met en jeu conjointement des protagonistes (des sujets sociaux producteurs), des processus de signification (une production de sens) et la mise en forme de supports (des dispositifs et des médias) ». De fait, continue J. Davallon, « cette situation sociale prend des formes différentes mais suppose toujours plus ou moins des interactions entre des sujets dotés d’une compétence communicationnelle qui leur permet d’agir notamment en réponse aux actions des autres ». Installer le fait communicationnel conduit à définitivement installer la notion de patrimoine et de patrimonialisation dans une dynamique permanente et achève le processus de mise de côté de valeurs uniquement associées au passé qui sont très prégnantes. Elles transforment le patrimoine en un « écosystème » (Morisset, 2009, p. 18), car le patrimoine n’est plus une collection extensible d’objets matériels ou immatériels et prend en compte le processus qui le constitue (Deschepper, 2021), probablement par la convocation de sa ou ses dimensions communicationnelles.

Penser le patrimoine selon une perspective communicationnelle (Davallon, 2006) permet aussi d’envisager la médiation comme la manifestation de la dimension communicationnelle du patrimoine car cette dimension implique nécessairement la relation entre l’objet, les dispositifs et les publics. Dans le cadre de la médiation scientifique, Serge Chaumier et François Mairesse (2013, p. 32-33) soulignent que le médiateur culturel explicite l’objet mais doit aussi créer une relation entre l’objet et le public, afin de lui faite vivre une expérience personnelle :

Ce qui est visé est de permettre par l’action elle-même à des hommes et des femmes de mieux s’appartenir en se saisissant d’une opportunité de confrontation à eux-mêmes et aux autres, au travers d’un médium, par exemple une œuvre […]. Dès lors et dans l’absolu, le travail du médiateur ne vient pas en prolongement, comme approfondissement ou comme explication du travail de l’artiste, il le situe ailleurs, pour produire fondamentalement autre chose.

Cette valorisation communicationnelle fournit des éléments narratifs polymorphes mais distincts qui se complètent et pourront s’étendre à divers supports médiatiques (Favard, 2016), favorisant le renouvellement de la médiation patrimoniale. Ainsi, dans le cadre du bicentenaire, ces valeurs seront opérationnalisées sous forme d’un dispositif de médiation culturel et digital : « Quand un Illustre (Louis Pasteur) en invite d’autres chez lui ». Le projet est de sortir les Illustres des sentiers battus en repeuplant leur vie domestique et culturelle à travers des rencontres parfois banales, parfois peu banales, et des objets-trésors des Illustres racontant un autre Illustre, L. Pasteur : une lettre, une affiche, une photo, un article de journal, un buvard, un bibelot, un menu. Des objets, pauvres ou riches, modestes ou ampoulés, fades ou remarquables, universels ou particuliers, de savants ou d’ignorants, de registre familier, courant ou soutenu, passeurs de mémoire, des objets étant ou devenant sujets de rencontres. Rencontres et objets permettent d’élaborer un storytelling innovant, qui fera entrer le public (Bruner, 2002) dans la culture. Les regards croisés portés sur les objets tisseront une pluralité de relations entre les hommes peu commune. Ils deviennent donc des leviers de médiation pouvant susciter la curiosité et amener à une véritable ouverture culturelle. Le public pourra « naviguer » librement entre ces éléments, choisir son propre cheminement au gré de ses propres intérêts, envies et des territoires de chacun des Illustres (Gustave Flaubert, Jules Verne, Edmond Rostand, Claude Bernard, Rosa Bonheur, Alphonse de Lamartine…).Pour chaque Maison des Illustres dont l’Illustre est en relation de convivialité avec L. Pasteur, il conviendra de découvrir/choisir un objet-trésor. Quatre situations de convivialité seront aussi des axes de mise en relation : « Mangeons avec les Illustres », « Chantons avec les Illustres », « Allons au jardin avec les Illustres », « Écrivons avec les Illustres ». Les récits que ces objets et ces situations portent produiront, à leur tour, le récit même du dispositif structuré par le fil « des objets, des hommes, des lieux, des liens ». Entre médiation et narrativité. À travers des territoires qui seront alors identifiés à leur Illustre.

Conclusion : des recherches pour une reliance

Il s’agit ainsi de faire converger patrimoine matériel (bâti), patrimoine scientifique, patrimoine immatériel pour faire vivre et réenraciner l’image d’un homme, ici L. Pasteur. Sur son cas, nous émettons l’hypothèse alors que c’est en rassemblant ce qui est épars, en creusant l’existant pour aller vers l’insolite que nous pouvons revitaliser l’approche du patrimoine. Cette mise en lien des objets, des lieux et de l’homme ouvre sur une démarche holistique de la recherche appliquée pouvant faire émerger une modélisation.

Mais, au-delà, du fait de la reconnaissance de L. Pasteur comme homme scientifique majeur jouissant d’une notoriété internationale et si on admet qu’il fait partie du patrimoine d’une société qui se transmet par l’histoire et la culture, comment s’appuyer sur ce rayonnement pour faire connaître l’homme et le citoyen en rapport avec son territoire ? Comment dépasser le statut du scientifique et/ou inscrire le scientifique dans son patrimoine territorial ? Comment cet « homme-monde » peut-il être appréhendé comme concept de marque dans le cadre d’un marketing territorial, le « Made in Jura » ? Quelles stratégies construites ou à construire les protagonistes institutionnels18 vont-ils déployer et sur quels supports ? Comment développer les interactions entre les présentations et les représentations et l’ensemble des parties prenantes (institutions, publics) ? Des actions déjà nombreuses existent, on les a vues, qu’il conviendrait désormais d’analyser et d’interpréter en profondeur. L’histoire de l’établissement public de coopération culturelle Terre de Louis Pasteur, de création récente (2013) représente un terrain majeur d’observations et de recherches. Les collaborations, dans la construction et l’organisation d’événements, avec, précisément, les acteurs de la recherche en sciences humaines mais aussi en sciences de la vie et de la santé, se mettent en place progressivement et installent le cadre d’un programme de recherches impliquées dans la pratique pour suivre Gérard Mendel (1982), où la pratique joue alors deux rôles complémentaires : elle est à la fois une source de problèmes et un lieu d'épreuve, l'épreuve à laquelle doit être soumise la recherche n'étant pas de l'ordre de l'expérimentation mais de l'ordre de l'invention de nouveau dans les pratiques. De telles recherches permettraient d’expliciter en particulier les modes de vivre avec L. Pasteur, des acteurs du territoire entrant en scène : élus comme habitants, opérateurs touristiques comme touristes, commerçants et chercheurs.

Cette invention du « nouveau » dans les pratiques peut être aussi portée par les trois dimensions – espace, temps, communication – agissant conjointement et s’entremêlant pour définir de nouvelles expériences, conduit à proposer de nouvelles narrations et de nouvelles pratiques communicationnelles, en particulier dans le cadre de la communication territoriale numérique. Les nouvelles narrations réfléchissant, de leur côté, aux stratégies de captation et de fidélisation des publics cibles et utilisant les réseaux sociaux ainsi que les techniques de community management afférentes peuvent permettre d’envisager la participation des publics cibles de plus en plus souhaitée afin de provoquer la prise de contact, de mobiliser des communautés d’intérêts, et de maintenir la relation une fois la visite effectuée. Alors que le numérique déterritorialise, il pourrait alors reterritorialiser face à une mondialisation qui bouscule les frontières spatiotemporelles et aux identités qui réaffirment un besoin d’enracinement.

L. Pasteur, homme-monde et homme d’un territoire, est, peut-être, l’emblème de ce Grand Œuvre : tenir ensemble le « ici » et le « là », le particulier et l’universel, une reliance entre les temporalités passées, présentes et futures mais également entre l’ensemble des parties prenantes et des relations avec le public. Il importe que cela soit tenté. Tout un programme pour un établissement public de coopération culturelle Terre de Louis Pasteur19. Tout un programme pour le bicentenaire de Louis Pasteur-le-Jeune. Tout un programme de recherches avec des allers et des retours entre territoire et laboratoire. Comme la démarche pasteurienne.

Références

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  • 1La fête du Biou est traditionnellement célébrée le premier dimanche de septembre à Arbois. Les vignerons sélectionnent les plus belles grappes de leurs vignes avant les vendanges et les assemblent pour en former une géante.
  • 2L’appellation « Homme-Monde » est une expression employée lors de discussions à l'EPCC, notamment entre Sylvie Morel, sa directrice, et Daniel Raichvarg, chargé de mission auprès de l’EPCC, pour préciser l'axe de travail du Bicentenaire dans le Jura : Pasteur est né à Dole et est parti à 20 ans, tel un « Rastignac des sciences » et est devenu un homme-monde. Comment donc parler au monde à partir du Jura et parler du Jura dans le monde à partir de la formation d'un jeune scientifique. Cette appellation a été notamment choisie pour les documents de demande de financements.
  • 3Le daguerréotype est un procédé photographique qui produit une image sans négatif sur une surface d’argent exposée directement à la lumière.
  • 4Louis Pasteur partage cette particularité avec Victor Hugo, dont l’image figée le montre barbu et les traits ridés, même si le romancier avait réfléchi et construit lui-même ce « style ».
  • 5Cela soulève déjà la question de met-on en communication le patrimoine en gardant ou faisant évoluer son existence symbolique.
  • 6L'inauguration de la plaque commémorative de la Maison natale de Dole a été longuement relatée dans la République du Jura le 18 juillet 1883.
  • 7On imagine déjà sans peine des jeux d’acteurs institutionnels et locaux, parfois en opposition (voir plus bas).
  • 8Disponible sur : https://www.culture.gouv.fr/Aides-demarches/Protections-labels-et-appellations/Label-Maisons-des-illustres [consulté le 21 oct. 2022].
  • 9Disponible sur : https://www.jura-tourism.com/evenements/evenements-sportifs/le-marathon-pasteur/ [consulté le 21 oct. 2022].
  • 10Disponible sur : https://www.jura-tourism.com/vivre-le-jura/pratiquer/routes-voies-touristiques/route-pasteur/ [consulté le 21 oct. 2022].
  • 11Disponible sur : https://www.jura-tourism.com/patrimoine-culturel/circuit-pasteur/ [consulté le 21 oct. 2022].
  • 12Frémond A., 2005, Aimez-vous la géographie ?, Paris. Flammarion.
  • 13Certains viticulteurs prennent comme référence de localisation de leur entreprise ces vignes. Voir la brochure publicitaire 2021 du Domaine Jacques Tissot à Arbois qui situe son chai « Les bruyères » face aux vignes de Louis Pasteur.
  • 14Disponible sur : https://www.terredelouispasteur.fr/textes-importants/ [consulté le 21 oct. 2022].
  • 15En France aussi, cela dit. Darty en fait sa publicité : « M. Pasteur, on a trouvé un vaccin contre la rage des prix ». Ou bien, ce tract d’un mouvement surréaliste de 1968 : « Pas de Pasteurs pour cette rage ».
  • 16La répartition des Les nationalités d’origine des visiteurs des maisons de L. Pasteur est 30% Belges, 20% Suisses, 30 % Néerlandais, 10% Allemands, 5% Britanniques. Chinois, Américains, Australiens.
  • 17On peut cependant mentionner les livres pour enfants : ceux-ci insistent beaucoup sur l’origine modeste et jurassienne de Pasteur. Le plus emblématique de ces ouvrages est celui écrit par le médecin et pédagogue polonais Janusz Korczak qui mourut à Auschwitz : Un garçon obstiné en 1938 et édité récemment en Israël.
  • 18Office du tourisme et Communauté de communes Cœur du Jura (Arbois-Poligny-Salins), Établissement public de Coopération Culturelle Terre de Louis Pasteur, Association Made in Jura, associations professionnelles de vignerons.
  • 19Nos plus sincères remerciements vont à l’équipe de l’EPCC et à sa directrice, Sylvie Morel qui, sans hésitation, ouvre son territoire à notre laboratoire.
  • Références

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