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Couverture de Philippe Claudel : écrire et rêver les images (M. Joqueviel-Bourjea, A. Strasser, dirs) Show/hide cover

L’anatomie de la prison selon François Bon et Philippe Claudel : regards croisés

Introduction

Deux hommes, deux expériences existentielles, deux écritures résolument distinctes… F. Bon et P. Claudel partagent pourtant certains espaces qu’explorent pareillement leurs écritures : la Lorraine, le cinéma, mais aussi la prison. Étroitement liés dans leurs œuvres, ces trois espaces permettent d’associer les deux écrivains et justifient l’objectif de cette étude, à savoir relever les singularités aussi bien que les analogies dans leurs façons singulières d’aborder le milieu carcéral, qui confronte celui qui le fréquente à des vies à l’opposé de celles des hommes illustres. Vies invisibles qui ne laissent pas d’intéresser la littérature romanesque contemporaine – cette littérature exigeante que Dominique Viart qualifie de « déconcertante » (Viart et Vercier, 2005, p. 10) et qui cherche plutôt sa matière aux antipodes des vies idéales. C’est ainsi l’espace d’une prison lorraine qui motive l’écriture des deux livres qui vont nous occuper, Prison de F. Bon et Le Bruit des trousseaux de P. Claudel.

Pour l’un, la Lorraine est un lieu de vie, de travail voire d’inspiration. Dans la mesure où certaines tragédies humaines du 20e siècle s’y sont déroulées, la région offre aux premiers romans de P. Claudel (Meuse l’oubli, Les Âmes grises, plus tard Le Rapport de Brodeck) un espace d’observation minutieuse des gestes et des pulsions humaines. Pour l’autre, la région Grand Est représente un lieu de mémoire rappelant un passé récent, radicalement moderne et social. En effet, après avoir visité les aciéries de Longwy, F. Bon avoue avoir subi un profond choc esthétique et humain1, qui a donné lieu à ses premiers livres inspirés du monde sidérurgique : Sortie d’usine (1982) et, plus tard, Paysage fer (2000). Ce dernier s’offre comme la contemplation chaque semaine reconduite d’un paysage aperçu derrière les vitres d’un train Paris-Nancy. Pour l’auteur de Daewoo (2004), la Lorraine a le statut d’un « lieu de mémoire » emblématique en raison de son passé industriel, l’usine « propre » des temps postmodernes et de l’électroménager y remplaçant la « préhistoire » sidérurgique, et censée compenser la fin des aciéries dans cette symbolique vallée de la Fensch, toutefois devenue, à cause de mauvaises décisions managériales et politiques, le symbole des espaces désindustrialisés.

La Lorraine, telle qu’elle s’écrit dans les livres de ces deux auteurs, mais également dans de nombreux autres, s’apparente à une « terre perdue » (Jérusalem, 2007), soit une terre en passe de se transformer en une partie du patrimoine national. Certains parlent même d’une « patrimonialisation » (ibid., p. 54) du passé et du territoire national, entamée justement dans ces années 1980 où F. Bon et P. Claudel entrent en littérature. C’est à ce moment-là que les concepts de « lieux de mémoire » et de « mémoire collective » s’introduisent progressivement, grâce à Pierre Noradans, dans le vocabulaire historique et commun.

Or ces deux écritures partagent une même vue sur ces terres à l’abandon, que cristallise l’espace de la prison et du milieu pénitentiaire. Nous nous proposons par là même de réfléchir aux modes de textualisation du milieu carcéral que les deux livres proposent. L’un est issu d’une expérience d’animation d’ateliers d’écriture, l’autre d’une expérience d’enseignement du français, F. Bon et P. Claudel ayant tous deux laissé un témoignage littérarisé de leurs deux expériences professionnelles en milieu carcéral.

Notons cependant que leurs écritures apparaissent très différentes de l’écriture de la prison telle qu’elle a pu se pratiquer à des époques antérieures : que l’on songe à François Villon, au marquis de Sade, à Fiodor Dostoïevski, à Paul Verlaine, à Oscar Wilde, à Guillaume Apollinaire, à Louis-Ferdinand Céline, à Alexandre Soljenitsyne ou à Jean Genet – pour ne citer que les auteurs les plus célèbres, auxquels il faudrait ajouter les écrivains poursuivis par les régimes totalitaires d’Amérique latine ou de l’espace ex-soviétique, mais aussi des régimes démocratiques (ainsi de ceux pourchassés sous l’Occupation ou la guerre d’Algérie). Chez tous ces écrivains, il s’agit en effet toujours de relater une expérience personnelle en tant que détenu, dans la majorité des cas portée par un narrateur intra- et homodiégétique. Chez F. Bon et P. Claudel en revanche, l’optique change profondément, dans la mesure où l’expérience relatée est celle d’un individu extérieur à la prison, qui observe, écoute et laisse parler les autres – détenus ou gardiens –, donnant ainsi la parole à ceux qui se retrouvent de l’autre côté de la frontière imaginaire aussi bien que réelle entre deux univers aux lois radicalement différentes.

Nous essaierons ainsi d’apporter des éléments de réponse à la question de savoir comment ces deux écritures de la fin du 20e siècle s’emparent du vécu de la prison. Peut-on parler d’une « esthétisation », voire d’une « poétisation » du milieu pénitentiaire à la manière du roman traditionnel ? Comment figurer les êtres marginalisés ou/et perdus de vue ? Comment cadrer et ne pas juger2 ? Autant de questions que posent des récits qui donnent à voir ce qui reste caché au regard des hommes ordinaires, ou qu’ils ne veulent pas voir.

À ce sujet, revenons brièvement sur ce qu’est devenue la prison à la fin du 20e siècle. Dans son rapport sur l’état des établissements pénitentiaires canadiens au début du 21e siècle intitulé Anatomie de la prison contemporaine, la spécialiste des politiques et pratiques pénales québécoises et canadiennes de l’Université de Montréal, Marion Vacheret, constate :

Le milieu carcéral, est-il encore utile de le rappeler, constitue toujours une négation de la démocratie. Bien que plusieurs forteresses sécuritaires aient été remplacées par des espaces agréables à l’œil et qu’à la promiscuité malodorante ait souvent succédé une commodité aseptisée, le problème crucial persiste. Une cage, quels qu’en soient les parures et le confort, demeure une cage. L’incarcération, état en quelque sorte contre nature, reste un problème insoluble. On peut certes justifier la privation de liberté par la nécessité de la sanction, de la neutralisation ou de la dissuasion, mais nous sommes encore loin de pouvoir apporter une réponse définitive à la question suivante : est-il possible de former des citoyens libres et responsables en les privant de liberté ? Ou encore, peut-on espérer que de l’irresponsabilité sortira la responsabilisation ? (Vacheret, 2007, p. 171)

Ce constat préliminaire permet de souligner certains aspects du milieu carcéral contemporain qui seront mis en relief dans les récits respectifs de P. Claudel et F. Bon : l’incarcération synonyme de déshumanisation ; l’exclusion comme forme de distanciation de deux modes d’existence ; le difficile franchissement de la frontière paradoxale entre deux univers pourtant imbriqués. Les trois parties à suivre, qui abordent la question de l’écriture de l’espace carcéral et du réel de la prison avant de s’interroger sur la possibilité d’une parole ‘enfermée’, sont en effet diversement traversées par cette triple dynamique spatiale d’incarcération, d’exclusion et de séparation.

L’espace de la prison : du dehors au dedans

S’il y a un classique de la littérature qui a essayé de voir la prison comme un espace en marge de la société, avec ses propres lois et où la parole du détenu est réduite au silence, c’est celui d’Edmond de Goncourt qui écrit dans la préface de son roman La Fille Élisa3en 1877 :

Mais la prostitution et la prostituée, ce n’est qu’un épisode, la prison et la prisonnière : voilà l’intérêt de mon livre. Ici, je ne me cache pas d’avoir, au moyen du plaidoyer permis du roman, tenté de toucher, de remuer, de donner à réfléchir. Oui ! cette pénalité du silence continu, ce perfectionnement pénitentiaire, auquel l’Europe n’a pas osé cependant emprunter ses coups de fouet sur les épaules nues de la femme, cette torture sèche, ce châtiment hypocrite allant au-delà de la peine édictée par les magistrats et tuant pour toujours la raison de la femme condamnée à un nombre limité d’années de prison, ce régime américain et non français, ce système Auburn, j’ai travaillé à le combattre avec un peu de l’encre indignée qui, au XVIIIe siècle, a fait rayer la torture de notre ancien droit criminel. Et mon ambition, je l’avoue, serait que mon livre donnât la curiosité de lire les travaux sur la folie pénitentiaire, amenât à rechercher le chiffre des imbéciles qui existent aujourd’hui dans les prisons de Clermont, de Montpellier, de Cadillac, de Doullens, de Rennes, d’Auberive, fît, en dernier ressort, examiner et juger la belle illusion de l’amendement moral par le silence, que mon livre enfin eût l’art de parler au cœur et à l’émotion de nos législateurs. (Goncourt, 1877, p. V-IX )

Sans avoir la même ambition militante, les deux livres à l’étude témoignent effectivement d’une institution et d’un système érigés par l’homme aux fins de se protéger par la « correction » de ce que la société humaine, qui se considère supérieure à tout autre communauté vivante, juge fautif et potentiellement nuisible pour elle.

Ainsi, la limite entre mondes du dehors et du dedans est-elle systématiquement rappelée dans les deux récits, qui témoignent cependant de sa possible transgression dans la mesure où elle constitue un emblème du lien défait au sein de la communauté des hommes. Dans l’excipit de son récit qui prend la forme d’un envoi, F. Bon rend hommage aux détenus qui ont permis l’écriture de son ouvrage, soulignant que l’égalité qui est « responsable dans le lien défait de la ville et ceux qui la constituent » (Bon, 1997, p. 122) est mise en cause par l’institution pénitentiaire. Car c’est au sein de la ville que se creuse la faille presque invisible entre ceux du dedans et du dehors, dont la prison entérine l’existence. L’incarcération est une forme d’exclusion, que P. Claudel, de son côté, rapproche de manière très intéressante de la situation de communication cinématographique : « Tout était ainsi amorti par une distance quasi cinématographique, je rejetais l’horreur de l’autre côté d’un écran » (BT, p. 84). Ce parallèle avec le schéma communicationnel filmique est d’autant plus éloquent qu’il met l’accent sur la problématique du double énoncé et de la distance ainsi induite entre celui qui vit « dedans », en l’occurrence le prisonnier, et celui qui parle du « dehors », le narrateur autodiégétique observant le premier et lui donnant la parole. D’où le problème de légitimité de la démarche scripturale, constamment rappelée :

Voilà, je crois que j’ai tout dit. […] Ce peut être un témoignage ou, plus exactement, un faux témoignage, car il me manque quelque chose d’essentiel pour parler de la prison, c’est d’y avoir passé une nuit. Je ne sais pas au fond si l’on peut parler de la prison quand on n’y a jamais dormi. […] Et puis, ce qui alourdit mon faux témoignage, c’est que je n’ai connu la prison que d’un seul côté. (ibid., p. 120)

Étroitement liée à la perspective narrative, la question de la légitimité d’une parole « extérieure » à un univers qu’elle prétend connaître révèle le caractère infranchissable d’une frontière à sens unique. Du reste, la prison génère des instances qui, en creusant davantage la faille entre le dehors et le dedans et empêchant par là même la communication entre les deux univers, interdisent toute porosité : « C’était peut-être à cela que servait le service social : à aider ceux du dehors à oublier ceux du dedans » (ibid., p. 87-88).

Le réel de la prison : des constantes à la fiction

Depuis la deuxième moitié du 20e siècle, des constantes peuvent être repérées dans l’écriture de la prison, que répertorient Florence Aubenas4 et Philippe Zoummeroff5 dans un entretien avec Michèle Sacquin en 2010 pour la Revue de la Bibliothèque nationale de France (Sacquin, 2010, p. 48-54). Cette écriture permet notamment une identification de l’écrivain avec le détenu en ce qu’il fait de lui un innocent broyé par une justice aveugle. Ce point est effectivement mis en avant dans les deux textes analysés. En outre, l’écriture de la prison invite à réfléchir à la détention des plus jeunes, la prison fonctionnant dans la majorité des cas comme une école du crime :

Un jour, dans la cour de promenade qui leur était réservée, sept mineurs frappèrent un autre mineur, plus faible et plus jeune. Ils se mirent en cercle autour de lui et lui donnèrent des coups de pied, de poing, pendant de longues minutes. « Pour rire, sans haine », me dirent-ils ensuite. « C’était un nouveau », ajouta un autre. La victime eut les deux bras cassés, ainsi que le nez, et la rate éclatée. (BT, p. 28)

Un nouveau quartier fut construit pour les mineurs : propre, aéré, pourvu d’équipements et de salles agréables. Mais, prévu pour douze détenus, il resta vide et inutilisé car le nombre des mineurs incarcérés était toujours supérieur à ce chiffre. Les mineurs restèrent donc dans leur ancien quartier qui était un des plus vétustes de la prison. » (ibid., p. 36)

Les mineurs étaient les seuls à supporter difficilement les cours car ils étaient obligés d’y assister, à l’inverse des adultes qui venaient de leur plein gré. Bien souvent, les mineurs incarcérés étaient en rupture scolaire depuis des années. Être emprisonné sonnait donc comme une double punition : d’une part ne plus être libre ; d’autre part refaire des mathématiques, de l’histoire, du français, des langues. Mais c’est bien ce second versant de la punition qui leur pesait le plus. (ibid., p. 83-84)

L’écriture de la prison met également en relief les inégalités entre les sexes, tant sur le plan des effectifs qu’au niveau des traitements. Enfin, les récits sur la prison posent la question de la réinsertion des détenus, particulièrement difficile y compris dans les pays les plus développés6. Finalement, les écritures de la prison posent deux questions : la première, proprement littéraire, touche aux choix de stratégie scripturale de l’auteur. La seconde, qui relève plutôt du champ pédagogique, interroge le positionnement des détenus vis-à-vis de l’écriture : en cela, elle rejoint la première, dans la mesure où les ouvrages relatent, stylistiquement comme narrativement, l’écriture des prisonniers. Inexistante ou problématique dans les institutions pénitentiaires en raison d’un taux d’illettrisme très élevé, la relation qu’ils ont avec la langue, en particulier écrite, intéresse particulièrement l’écrivain pour qui elle est matière à et de création :

Beaucoup de détenus ne savaient pas lire. Il y avait des cours d’alphabétisation. Il y avait aussi des cours de code de la route. Au quartier femmes, une coiffeuse venait une fois par semaine, ainsi qu’une esthéticienne. (ibid., p. 90)

« Avant, je ne savais pas écrire, et maintenant j’apprends à écrire. Quand je suis sorti de l’école, je ne savais écrire que mon nom et mon prénom et ma date de naissance. Avant, je ne savais pas écrire » (Bon, 1997, p. 78-79)

Comme le souligne Florence Aubenas, la population considère la détention comme une réclusion nécessaire afin de protéger la société des aberrations et malformations sociales qui ne la concernent pas :

La plupart des gens ne croient pas que « la prison, ça n’arrive pas qu’aux autres » : ils sont, pour la plupart, certains de ne jamais s’y retrouver, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il est si difficile de les sensibiliser aujourd’hui au problème des conditions de détention. (Sacquin, 2010, p. 48)

En effet, les temps sont loin où il était possible de se retrouver derrière les barreaux en raison d’actes politiques, comme l’engagement dans la Résistance ou contre la guerre d’Algérie, et la population ne voit plus la prison comme un instrument d’oppression de la part de l’État. Les réformes des conditions de détention consécutives à Mai 68 se sont évaporées à la fin des années 19707, évacuant toute empathie envers les détenus. Dès lors, selon la journaliste, c’est la fiction qui a pris le relais : « […] l’identification continue parfois à se faire à travers la fiction : littérature ou surtout cinéma. Je pense au succès d’un film comme Le Prophète8, de Jacques Audiard » (Sacquin, 2010, p. 50). Les fictions dont parle Florence Aubenas offrent une image fragmentée et disparate de la prison, que ne renierait certainement pas P. Claudel, qui précise dans un entretien pour la revue FiXXion, à propos d’un projet de film qu’il aurait voulu réaliser avec Yves Angelo à partir du Bruit des trousseaux : « Le texte est constitué de fragments qui sont comme des vues, des instantanés de la vie en prison. Il n’y a aucune continuité, aucune histoire » (Jeannelle, 2021). Cette forme particulière permet de saisir un réel difficile à cerner, dans la mesure où il ne peut être maîtrisé par un discours cohérent et uniforme. Mêlant des textes composites, le récit accumule des fragments et procède par évocations courtes et juxtaposées : c’est cette accumulation de fragments disparates qui finit par faire sens. Ainsi P. Claudel a-t-il dès son titre recours aux attributs de la prison, attributs qui hantent le narrateur autodiégétique :

Parfois, je rêvais de la prison. Ce n’étaient pas des scènes précises mais plutôt des bruits, notamment ces bruits de clefs et de serrures, si particuliers, que je n’ai jamais entendus ailleurs. Je rêvais de sons, d’odeurs aussi, d’appels criés et qui résonnaient dans le quartier. Dans ces rêves-là, je ne savais pas si j’étais un détenu, ou autre chose. (BT, p. 29)

L’identification en passe par l’évocation d’éléments caractéristiques de la condition de détenu. C’est leur accumulation dépourvue de toute hiérarchie qui constitue le moyen le plus efficace pour saisir la spécificité de l’univers carcéral. Ainsi, notée par les deux narrateurs, l’odeur devient-elle un élément essentiel qui finit par constituer l’une des caractéristiques les plus frappantes du lieu : « C’est toujours un peu crasseux, même s’il y a toujours le détenu affecté au nettoyage avec sa serpillière et son seau. Il y a l’odeur d’eau de Javel » (Bon, 1997, p. 97). F. Bon ajoute dans la rubrique « Écrire en prison » du Tiers livre : « Ce qui reste de Bordeaux-Gradignan : l’odeur de cuisine et de Javel mêlées, et puis à l’étage les sacs Leclerc amenés par les familles, sur la table de fouille9 ». P. Claudel, quant à lui, saisit cette dimension de la prison de manière plus prégnante encore, en évoquant les relents de la cuisine « où l’ail, le lard frit et le chou dominaient » avec l’odeur du tabac et « des sueurs mijotées, d’haleines des centaines d’hommes, serrés les uns contre les autres » (BT, p. 10). La prison offre tout un éventail de perceptions olfactives qui s’inscrivent durablement dans la conscience du narrateur : « Ailleurs, partout ailleurs, quand je sentais une odeur saturée de tabac, je pensais à la prison »(ibid., p. 58). Elles vont même, mêlées à d’autres sensations, jusqu’à s’inviter dans ses rêves : « Je rêvais de sons, de bruits, d’odeurs aussi, d’appels criés et qui résonnaient dans le quartier » (ibid., p. 29). Aussi la vie au jour le jour des détenus est-elle évoquée pour corriger certains clichés circulant au sein de la société :

Se laver devant les autres, déféquer devant les autres, vivre devant les autres, partager avec les autres – souvent trois ou quatre – moins de dix mètres carrés. Parfois être dans une cellule de quatorze, muni d’un seul lavabo où ne venait que de l’eau froide. (ibid., p. 34).

La prison devient par endroits une sorte d’enfer sartrien où ce sont les autres qui représentent le pire du sort du détenu : « Entendre les rêves des autres, leurs cauchemars, leurs pets, leurs pleurs, leurs haines, subir l’autre, se faire violer par l’autre quand on était très faible et qu’il y avait un fort qui avait des désirs » (ibid.).

Prison, chez F. Bon, déjoue en revanche les attentes que le titre suscite chez un lecteur non avisé. On n’y trouve pas de description du monde carcéral, même fragmentaire, aucun des topoï usuels : ni dans la symbolique des objets (serrures, clefs, grilles), ni dans les lieux (l’étroitesse des cellules, la promiscuité des détenus, la routine des horaires). À la différence de P. Claudel, l’identification avec les détenus en passe chez F. Bon par d’autres moyens : c’est le non-dit qui s’impose. Ainsi, le narrateur de Prison constate-t-il à propos de la sobriété du récit d’un des prisonniers (Ciao), qui raconte ses péripéties entre monde de la prison et monde du dehors : « ma surprise à voir quelqu’un parler ainsi, pour cet état minimum des mots, de ceux qu’habituellement on met sur sa pierre tombale » (Bon, 1997, p. 79). Le non-dit, ou plutôt l’ineffable voire l’inénarrable, est une dimension de la détention que la rencontre avec l’écriture et la lecture permet de déjouer. C’est toujours Ciao qui parle du changement que l’alphabétisation en prison a facilité :

Maintenant, je sais écrire mon nom et des mots que j’écris un peu. Il y a des choses que je ne savais pas, et que maintenant je sais. ça m’apprend à réfléchir dans ma tête, des choses que j’avais dans ma tête et que je ne pouvais pas dire avant, et ça sort mieux, maintenant ça va. (ibid.)

En prison : de la parole empêchée à la parole retrouvée

La défaillance d’une parole permettant de saisir son « être-là » – pour utiliser les termes de l’existentialisme sartrien – est constatée par les deux narrateurs. Elle représente en effet un pont entre le narrateur professeur de français et le prisonnier, le rôle de l’enseignant (devenu narrateur) consistant justement à stimuler l’appropriation de la parole. Dominique Viart remarque que cette parole est particulièrement fructueuse, dans la mesure où c’est sa défaillance même constatée par le narrateur qui institue le sens (Viart, 2008). Et c’est le narrateur assumant le rôle de « Prof10 » de français (P. Claudel) ou celui d’animateur d’ateliers d’écriture (F. Bon) qui se charge d’accoucher une parole malformée voire empêchée. Cette tâche est facilitée non seulement par l’échange confiant11, mais surtout par le biais de la littérature qui libère une parole problématique : « non bien sûr par imitation ni conformation à un modèle idéal d’expression, mais grâce aux failles qu’autorise la langue de certains écrivains. » (Viart, 2008)

Dans un entretien donné au journal Le Monde en 1996, F. Bon dresse un parallèle intéressant entre le travail avec les détenus dans le cadre d’ateliers d’écriture animés dans plusieurs maisons d’arrêt (à la Santé de Paris, à Poitiers, à Bordeaux-Gradignan, à Grasse ou à Tours) et l’écriture de certains écrivains :

Dans l’atelier, ça doit marcher par courts-circuits, dit François Bon. Eux sont en situation extrême. Ce qu’ils écrivent va participer de cette situation. Quel que soit le niveau de mutilation de la syntaxe ou du vocabulaire, il va se retranscrire dans les textes. Moi, j’ai besoin de toute la langue pour les rejoindre. Spécialement dans ses formes les plus radicales : Artaud, Beckett, Jabès. Je sais trouver dans Jabès une phrase qui me paraît communiquer avec l’extrême qu’il y a en eux. Et l’écluse va s’ouvrir. Je leur cite la phrase de Michaux : « Homme aux appuis secrets fusant loin de son avilissante vie. » Avilissante : ils comprennent aussitôt. Et appuis. Et secrets. Ils vont pouvoir écrire à partir de ça en renversant positivement leur identité. Et cela conduit à lire autrement. À renvoyer la lecture sur le réel avec une nécessité qui n’était pas pensable avant12.

Ainsi la parole, jusque-là muette, se voit-elle progressivement libérée par le truchement de rencontres avec des œuvres exigeantes. Chez P. Claudel, la lecture de Verlaine, Apollinaire, Éluard, Proust, Levi, Joyce, Borges ou Céline permet de libérer ce que la prison avait réussi à refouler. Et même si cela s’avère malaisé, il arrive qu’un détenu retienne des vers isolés d’un poème trouvés dans une anthologie : « Jean-Yves B., par exemple, qui ne parvenait pas à se remettre de l’ ‘‘unique cordeau des trompettes marines’’ d’Apollinaire, et le répétait souvent, en disant : ‘‘Je comprends pas, mais parfois, c’est beau de pas comprendre’’ » (BT, p. 47). De cette façon, le narrateur réussit à débloquer une pensée qui va au-delà du sens premier des mots, comme dans cette scène où c’est le « prof » qui ne saisit pas immédiatement la réaction d’un détenu à l’extrait tiré de Si c’était un homme de Primo Levi :

« Vous savez, vos livres, c’est trop dur. J’ai essayé… mais c’est trop dur. » Et moi, me méprenant, pensant qu’il me parlait de la difficulté littéraire. « Non, c’est pas ça, quand je dis trop dur, c’est pas pour le cerveau, c’est pour le reste. » (BT, p. 62)

Cette scène est emblématique dans la mesure où elle montre que le rapport au texte littéraire est un moyen efficace de rétablir le lien avec le réel. Or c’est à travers cette pratique de lecture-écriture que l’identification entre le narrateur-professeur-écrivain et les personnages-prisonniers devient naturelle. Les réflexions des détenus sur la langue, et notamment sur la signification des mots à partir des textes poétiques, transforment le silence en une forme d’expression originale qui rejaillit sur le discours du narrateur. Celui-ci finit par adopter les mêmes expressions, une syntaxe similaire. Le récit de celui qui est censé remédier à la détresse linguistique des détenus s’adapte à leur parole, voire se transforme à leur contact. Le renversement des rôles permet ainsi à l’écrivain d’identifier ce en quoi le langage interdit la socialisation : tout écart vis-à-vis de la norme étant sanctionné, a fortiori en prison, il est évident que l’ordre linguistique, susceptible de conduire à ce que la sociolinguistique appelle « insécurité linguistique13 » quand il est malmené, est le reflet d’un ordre social global. Or la prison, « qui agi[t] comme un lavage qui emport[e] les fonctions intellectuelles même les plus rudimentaires »(BT, p. 107), permet de voir à quel point l’ordre grammatical reflète des systèmes normatifs auxquels les détenus peinent à se conformer. User librement de la langue selon son propre désir sans tenir compte dudit « bon usage », ouvre la voie à l’expression de sentiments et d’émotions jusque-là réduits au silence en raison d’une auto-censure basée sur un sentiment d’infraction. En ce sens la scène évoquée par P. Claudel, dans laquelle Georges R. – meurtrier d’une mère qui ne cessait de lui répéter qu’il n’était bon à rien – se décide à écrire son histoire sur les conseils du narrateur, illustre parfaitement la rencontre permise par l’écriture :

Il avait une pension d’invalidité qu’il buvait dans les deux cafés du bourg. Un soir, il tira deux balles dans la nuque de sa mère qui regardait la télévision : « Elle a rien senti, moi non plus ». Georges avait quarante-sept ans. Il se plaisait bien en prison. Les autres le considéraient comme un homme. C’était la première fois. Il avait des problèmes de varices. Il s’était mis à écrire son histoire, sur mes conseils. Il me faisait lire. Cela s’appelait Mes années prison. C’était comme une rédaction d’un enfant de dix ans : il y avait des lavandières, des sœurs en cornette, des parties de cachettes, des goûters fumants et des hivers pleins de neige. C’était rempli de fautes. J’aimais beaucoup. (BT, p. 116)

L’écriture des détenus leur offre finalement la possibilité de mettre à distance un destin pour tenter de s’en libérer. Et même si toutes les tentatives du narrateur ne sont pas couronnées de succès, projets d’écriture et réflexions sur la langue invitent les détenus à comprendre le fonctionnement de la prison ainsi que son impact sur leur condition. Cette compréhension est en effet toujours libératrice, comme le montre la scène où l’idée du narrateur d’écrire une pièce de théâtre est ab ovo vouée à l’échec en raison même des conditions de vie carcérales :

Ils avaient choisi le sujet : décrire la vie dans une cellule, « pour que les gens se rendent compte vraiment », m'avaient-ils dit. Nous travaillâmes quelques semaines sur cela. Certains voulaient introduire de la drôlerie, d’autres étaient contre. Il y eut des débats, des discussions. Dans ce texte, il y avait une attention extrême aux choses du quotidien, aux menus faits qui concernaient la vie contrainte, le manque de place, les boissons chauffées sur des cartouches de paraffine qui ressemblaient à des bougies de Noël, les corvées, la toilette et l’hygiène, la cigarette, la télévision. Et puis, un jour, les détenus décidèrent d’arrêter l’écriture : « La cellule, on est toujours dedans, et on est encore dedans en écrivant ça, on n’en sort jamais. » (BT, p. 57)

Cette scène s’offre comme une belle mise en abyme du travail d’écriture : elle nous met en garde contre une lecture trop réductrice des textes, tels ceux de P. Claudel et F. Bon qui ne sauraient rendre pleinement compte de l’expérience carcérale. De fait, Prison et Le Bruit des trousseaux peuvent se lire comme des tentatives de déjouer les stéréotypes sur la prison, en montrant l’envers du décor. D’ailleurs, les deux auteurs n’ont pas omis de souligner cette dimension ; P. Claudel, directement dans son récit, qui saisit dans un style quasi télégraphique l’irréalité de la mise en scène cinématographique typique de la sortie de prison :

Dans bien des films, lorsqu’un détenu sort de la prison, il y a un café, juste en face. Et dans ce café, il rentre immanquablement, pose sa valise sous le regard du patron qui comprend tout de suite et le regarde d’un air complice, lui sert un demi, sans même lui demander ce qu’il veut. (ibid., p. 98)

Or rien de tel ici, la description de la sortie de prison est beaucoup plus réaliste, et pourrait se dérouler dans n’importe quelle ville européenne : juste une rue en pente où passent très vite des voitures, un parking et un hospice « où l’on aper[çoit] parfois, à travers les fenêtres, des vieillards que des brancardiers prom [ènent] sur des tables à roulettes » (ibid., p. 98). F. Bon, pour sa part, souligne dans la rubrique précédemment citée dédiée à l’écriture de la prison la dimension littéraire de son travail, qui prime sur celle, sociale, du témoignage engagé :

Mon livre paru chez Verdier, Prison, n’est pas un compte rendu d’expérience : j’ai tenté d’isoler un certain nombre de paramètres concernant la langue, le statut du sujet, et la façon dont la ville, les repères géographiques, les circulations, se traduisaient dans la narration. Partant de ces quelques phrases emblématiques, j’ai construit des situations fictives, des personnages fictifs, pour être à même de mieux comprendre en quoi cette expérience m’avait brutalement dépassé14.

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Notre propos était d’interroger des écritures de la fin du 20e siècle ayant pour objet de saisir le vécu de la prison et de ses effets, afin de sauver de l’oubli la vie invisibilisée voire évitée des détenus. Cette mise à l’écart du monde « du dehors » se traduit par un mutisme que les deux narrateurs visent à transformer en une parole originale par le biais d’un travail de lecture et d’écriture. Et même si l’écriture des détenus ne débouche pas sur un texte cohérent, elle leur permet de saisir un être-là et de libérer des sentiments jusqu’alors refoulés dans un mutisme préventif. Ce projet est ainsi résumé par F. Bon : il s’agit de « parler pour ceux qui ne veulent pas entendre […] », car il importe d’ « avoir ajouté un nom à la si longue liste qu’on se fait chacun des absents au monde » (Bon, 1997, p. 19).

À la question de savoir si l’on peut parler d’une esthétisation, voire d’une poétisation du milieu pénitentiaire, on peut répondre par l’affirmative, tout en précisant que ces écritures optent néanmoins pour une approche qui les différencie radicalement du roman sur la prison des époques précédentes. Si l’on peut parler d’une esthétisation de l’écriture de l’espace carcéral, c’est par le truchement du traitement spécifique de la langue qui reflète l’usage de la parole des détenus, effacée à moins qu’elle ne soit ressaisie dans un travail d’écriture. Ainsi F. Bon fait-il le choix de ne jamais employer le terme « prisonnier », lui préférant l’expression « celui qui avait dit/écrit ». Chez P. Claudel, le constat est similaire : « […] la prison incite à gommer les hommes et à ne voir en eux que des fonctions : ‘‘prof’’, ‘‘surveillant’’, ‘‘chef’’, ‘‘détenu’’ » (BT, p. 110).

Incontestablement, à la fin du 20e siècle, la figuration de l’univers carcéral procède par identification entre narrateur et (personnage du) détenu. Cette dernière est rendue possible par le truchement de la parole, des textes et de la littérature. Tout passe par les mots qui viennent contrer les effets délétères de la prison. Il va sans dire que ces récits optent pour un style fragmentaire, une syntaxe malmenée et un mélange générique (descriptions, énumérations, bribes de récits…) afin de donner une image la plus réaliste possible d’un univers carcéral si difficile à cerner.

Références

Bon François, 1997, Prison, Lagrasse, Verdier.

Darbelnet Jean, 1970, « Le bilinguisme », Le français en France et hors de France II. Les français régionaux, le français en contact. Actes du colloque sur les ethnies francophones, Nice, 26-30 avril 1968, Nice, Institut d’études et de recherches interethniques et interculturelles. Disponible sur : www.persee.fr/doc/oeide_0549-1533_1970_act_12_1_872 [consulté le 17 juil. 2022).

Davis Angela, La Prison, est-elle obsolète ?, 2014 [2003], traduit de l’anglais (États-Unis) par N. Perrony, Vauvert, Au diable Vauvert.

Goncourt Edmond (de), 1877, préface à La Fille Élisa, Paris, Charpentier. Disponible sur : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Fille_Élisa/Préface [consulté le 17 juil. 2022].

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Jeannelle Jean-Louis, 2021, « Entretien avec Philippe Claudel », Revue critique de FiXXion française contemporaine, n° 6. Disponible sur : http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx07.12/766 [consulté le 17 juil. 2022].

Jérusalem Christine, « Terre, terrain, territoire. Variations historiques et géographiques dans le roman français contemporain », dans Guichard Thierry, Jérusalem Christine, Mongo-Mboussa Boniface et Peras Delphine (dirs), 2007, Le Roman français contemporain, Paris, ministère des Affaires étrangères, Culturesfrance.

Le Tiers Livre. Disponible sur : https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3569[consulté le 17 juill. 2022].

Sacquin Michèle, 2010, « Écriture et prison. Regards croisés. Entretien avec Florence Aubenas et Philippe Zoummeroff », Revue de la Bibliothèque nationale de France, n° 35, vol. 2.

Vacheret Marion, 2007, Anatomie de la prison contemporaine, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal.

Viart Dominique, Vercier Bruno, 2005, La Littérature française au présent : héritage, modernité, mutations, Paris, Bordas.

Viart Dominique, 2008, François Bon. Étude de l’œuvre, Paris, Bordas.

Zoummeroff Philippe, Guibert Nathalie, 2006, La Prison, ça n’arrive pas qu’aux autres, Paris, Albin Michel.

Œuvre de Philippe Claudel citée

Le Bruit des Trousseaux [BT], Paris, Stock, 2002.

  • 1 Voir le site internet Le Tiers Livre, fondé par F. Bon : http://www.tierslivre.net [consulté le 12 juil. 2022].
  • 2 Cette question est reprise de l’argumentaire du colloque.
  • 3 Racontant l’histoire d’une prostituée condamnée dès sa naissance à l’effacement et à la déréliction, devenue criminelle pour avoir tué son amant et dont la brève existence s’achève précocement dans une prison où elle est progressivement rongée par la folie, ce roman à thèse d’Edmond de Goncourt est une tentative d’instruire le public sur la cruauté du système carcéral en vigueur dans les maisons d’arrêt, qui impose la règle du silence continu. Or même si La Fille Élisa remporte dès sa parution un succès qu’aucun des romans antérieurs des deux frères Goncourt n’avait connu, la critique littéraire se refuse à le lire autrement que comme un roman sur la prostitution, voire en sa faveur, traînant son auteur dans la boue. Voir à ce sujet l’article de Gabrielle Houbre, 1991, p. 87-96.
  • 4 La journaliste Florence Aubenas effectue la plus grande partie de sa carrière au sein du quotidien Libération comme grand reporter, jusqu’à son départ en 2006 où elle rejoint l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur puis Le Monde à partir de 2012. En 2005, à l’occasion d’un reportage en Irak, elle est retenue en otage pendant cinq mois.
  • 5 Collectionneur français et membre de l’Association française de criminologie, Philippe Zoummeroff a rassemblé une collection de plus de 15 000 livres imprimés, 1 000 manuscrits, et 5 000 images rares (photographies, dessins, gravures) relatifs à la justice pénale. En 2006, il publie avec Nathalie Guibert La Prison, ça n’arrive pas qu’aux autres, enquête nourrie de sources officielles et « au hasard de rencontres improbables » (quatrième de couverture). Selon les auteurs, les prisons françaises ne jouent plus leur rôle, celui qui consiste à réinsérer les êtres en marge de la société, mais « encouragent au contraire à la récidive ».
  • 6 Voir l’essai d’Angela Davis qui critique ouvertement le système carcéral américain. L’autrice n’appelle pas seulement à réformer la prison mais, radicalement, à ouvrir de nouveaux terrains pour la justice : « Le démantèlement des ateliers d’écriture et autres programmes éducatifs carcéraux est significatif du mépris actuel envers les stratégies de réinsertion, notamment celles qui encouragent les détenus à acquérir une certaine autonomie de pensée » (Davis, 2014,p. 41).
  • 7 « L’emprisonnement n’est pas une peine mineure, il s’en faut, et malheureusement les abolitionnistes de la fin des années 1970 se sont trompés : la prison donne aujourd’hui des signes indéniables de bonne santé » (Vacheret, 2007, p. 7).
  • 8 Un prophète est un film réalisé par Jacques Audiard en 2009. Il obtient le Grand Prix du jury au Festival de Cannes la même année. L’année suivante, il obtient neuf distinctions, dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur.
  • 9 « Prison, ce qui reste » [article, en ligne]. Disponible sur : www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1062 [consulté le 17 juill. 2022].
  • 10 « Les détenus m’appelaient ‘‘Prof’’. Venant d’eux, cela ne m’a jamais irrité. Je détestais ce nom pourtant. » (BT, p. 110).
  • 11 « Je ne me suis jamais senti en danger en prison, comme je peux parfois avoir l’impression de l’être dans la rue, dans le métro, face à des chiens énormes aux têtes hideuses, ou encore à leurs maîtres » (BT, p. 17).
  • 12 « Entretien avec François Bon, l’écrit électrochoc », propos recueillis par Jean-Louis Perrier, Le Monde, 31 mai 1996. Disponible en ligne : https://www.lemonde.fr/archives/article/1996/05/31/entretien-francois-bon-l-ecrit-electrochoc_3732168_1819218.html [consulté le 17 juil. 2022].
  • 13 L’ « insécurité linguistique » est caractérisée par l’absence de sentiment de confort linguistique chez le locuteur. Pour Jean Darbelnet, « l’insécurité linguistique, c’est le flottement, l’hésitation entre un mode d’expression et un autre » (Darbelnet, 1970, p. 117).
  • 14 « Prison, ce qui reste », art. cit.
  • Références

    Bon François, 1997, Prison, Lagrasse, Verdier.
    Darbelnet Jean, 1970, « Le bilinguisme », Le français en France et hors de France II. Les français régionaux, le français en contact. Actes du colloque sur les ethnies francophones, Nice, 26-30 avril 1968, Nice, Institut d’études et de recherches interethniques et interculturelles. Disponible sur : www.persee.fr/doc/oeide_0549-1533_1970_act_12_1_872 [consulté le 17 juil. 2022).
    Davis Angela, La Prison, est-elle obsolète ?, 2014 [2003], traduit de l’anglais (États-Unis) par N. Perrony, Vauvert, Au diable Vauvert.
    Goncourt Edmond (de), 1877, préface à La Fille Élisa, Paris, Charpentier. Disponible sur : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Fille_Élisa/Préface [consulté le 17 juil. 2022].
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    Jeannelle Jean-Louis, 2021, « Entretien avec Philippe Claudel », Revue critique de FiXXion française contemporaine, n° 6. Disponible sur : http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx07.12/766 [consulté le 17 juil. 2022].
    Jérusalem Christine, « Terre, terrain, territoire. Variations historiques et géographiques dans le roman français contemporain », dans Guichard Thierry, Jérusalem Christine, Mongo-Mboussa Boniface et Peras Delphine (dirs), 2007, Le Roman français contemporain, Paris, ministère des Affaires étrangères, Culturesfrance.
    Le Tiers Livre. Disponible sur : https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3569[consulté le 17 juill. 2022].
    Sacquin Michèle, 2010, « Écriture et prison. Regards croisés. Entretien avec Florence Aubenas et Philippe Zoummeroff », Revue de la Bibliothèque nationale de France, n° 35, vol. 2.
    Vacheret Marion, 2007, Anatomie de la prison contemporaine, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal.
    Viart Dominique, Vercier Bruno, 2005, La Littérature française au présent : héritage, modernité, mutations, Paris, Bordas.
    Viart Dominique, 2008, François Bon. Étude de l’œuvre, Paris, Bordas.
    Zoummeroff Philippe, Guibert Nathalie, 2006, La Prison, ça n’arrive pas qu’aux autres, Paris, Albin Michel.
    Œuvre de Philippe Claudel citée
    Le Bruit des Trousseaux [BT], Paris, Stock, 2002.